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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108417

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108417

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108417
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Dole, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2021 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché de défaut de base légale dès lors que l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants tunisiens ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- c'est à tort que le préfet de la Moselle a estimé qu'il constituait une menace pour l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Moselle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe Michel,

- et les observations de Me Dole, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, ressortissant tunisien né en 2000, a sollicité le 18 juin 2020 son admission au séjour en se prévalant de sa qualité de parent d'un enfant de nationalité française. Par un arrêté du 19 août 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à cette demande.

2.En premier lieu, par un arrêté du 31 décembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 4 janvier 2021, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. Olivier Delcayrou, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Moselle à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions prises en matière de refus de séjour et d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3.En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " () Les ressortissants tunisiens bénéficient dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 432-1 dudit code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4.Il est constant que M. B contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant qui est née le 30 novembre 2019 à Saverne de sa relation avec une ressortissante de nationalité française, elle-même née en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 20 août 2020, par le tribunal correctionnel de Metz, à six mois d'emprisonnement avec sursis, pour des violences sans incapacité par concubin commises du 1er décembre 2019 au 22 février 2020 et le 25 mars 2020. Le requérant soutient que les faits pour lesquels il a été condamné, qui s'expliquent par le stress provoqué par le confinement, et la peine prononcée, sont sans gravité. Il fait valoir qu'il a suivi un stage de sensibilisation aux violences conjugales et que sa concubine, qui lui apporte son soutien dans la présente procédure, n'a pas porté plainte. Cependant, la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, qui ont débuté plusieurs mois avant le confinement décidé par le gouvernement en raison de la crise sanitaire et qui se sont étendus sur une longue période, sont de nature à faire regarder la présence de l'intéressé comme constituant une menace à l'ordre public. Contrairement à ce que soutient M. B, l'article 7 quater de l'accord franco tunisien, qui renvoie aux conditions prévues par la législation française, ne prive pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en vertu de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de refuser la délivrance d'une carte de séjour temporaire en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Moselle aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer pour ce motif un titre de séjour.

5.En troisième lieu, si l'arrêté attaqué évoque les " infractions commises " par M. B, il ressort de ses termes que le préfet de la Moselle, qui n'a retenu, pour caractériser la menace pour l'ordre public, que la condamnation prononcée par le jugement du 20 août 2020 du tribunal correctionnel de Metz, n'a pas fondé sa décision sur des faits inexacts. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut pas être accueilli.

6.En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7.M. B fait valoir qu'il est entré en France en septembre 2016 et se prévaut de sa relation avec une ressortissante française et de sa qualité de père de l'enfant qui est née de cette union. Toutefois, il n'apporte aucun élément précis ou probant de nature à établir la durée de sa présence en France, où il s'est d'ailleurs maintenu irrégulièrement. Il n'établit pas non plus, par des attestations de proches et le seul certificat d'un médecin, la réalité de la poursuite de sa vie commune avec la mère de son enfant, qui a aussi été victime de ses violences, ou l'intensité de ses liens avec l'enfant dont il est le père. Au surplus, au regard de la gravité et de la réitération des faits de violence qui lui sont reprochés, l'atteinte portée par la décision attaquée à son droit au respect de sa vie privée et familiale n'apparaît pas disproportionnée au regard du but de préservation de l'ordre public poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8.Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2021 du préfet de la Moselle. Il y a lieu, par suite, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

C. MICHEL

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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