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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108420

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108420

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 décembre 2021, le 16 décembre 2022, le 9 mars 2023, le 12 juin 2023 et le 13 décembre 2023, les sociétés SCI GJH Bischheim, Centrale automobile Strasbourg et SVO Center, représentées par la SELAS Olszak et Lévy, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le maire de Bischheim a délivré à la Société PKA 14 REM un permis de construire pour la réalisation d'une concession automobile sur un terrain situé 14, rue Émile Mathis sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bischheim une somme de 7 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le projet méconnaît l'article R. 111-22 du code de l'environnement ;

- le pétitionnaire ne justifie pas de l'existence d'une servitude d'accès au projet ;

- le projet méconnaît l'article 3 des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg applicables à toutes les zones dès lors qu'il ne bénéficie pas d'une voie de desserte suffisamment dimensionnée ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le permis délivré ne respecte pas les normes minimales de stationnement, fixées à l'article 12 du titre II du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- il a été délivré en méconnaissance des règles relatives aux établissements recevant du public (ERP).

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, la commune de Bischheim conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 mars 2022, le 23 janvier 2023, le 6 avril 2023, le 29 juin 2023, le 31 octobre 2023 et le 5 janvier 2024, la SCI PKA 14 REM, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public.

- les observations de Me Olszak, avocat des requérants,

- les observations de Me Erkel, avocat de la société PKA 14 REM,

- les observations de Mme B, représentant la ville de Bischheim.

Une note en délibéré, présentée pour les sociétés SCI GJH Bischheim, Centrale automobile Strasbourg et SVO Center M, a été enregistrée le 12 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande déposée le 30 juin 2021, la Société PKA 14 REM a sollicité la délivrance d'un permis de construire pour la réalisation d'une concession automobile Porsche sur un terrain sis 14, rue Émile Mathis à Bischeim. Par un arrêté du 6 octobre 2021, la maire de Bischheim a délivré ce permis de construire. Les sociétés SCI GJH Bischheim, Centrale automobile Strasbourg et SVO Center demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021.

Sur la légalité de l'arrêté du 6 octobre 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 122-2 du code de l'environnement : " I. - Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. / A titre dérogatoire, les projets soumis à évaluation environnementale systématique qui servent exclusivement ou essentiellement à la mise au point et à l'essai de nouveaux procédés ou de nouvelles méthodes, pendant une période qui ne dépasse pas deux ans, font l'objet d'une évaluation environnementale après examen au cas par cas ".

3. Les Sociétés SCI GJH Bischeim, Centrale Automobile Strasbourg et SVO Center soutiennent que le dossier de permis de construire est incomplet en ce qu'il ne comporte pas d'évaluation environnementale, ou à tout le moins de décision de dispense d'une telle évaluation, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 122-2 du code de l'environnement. Selon elles, le projet fait partie de ceux mentionnés à la rubrique 41 du tableau annexé à l'article, qui prévoit que sont soumis à évaluation au cas par cas les projets consistant notamment en des " b) Dépôts de véhicules et garages collectifs de caravanes ou de résidences mobiles de loisirs de 50 unités et plus ", dès lors que le projet prévoit 39 places de dépôt et stockage de véhicules neufs ou d'occasion dans le sous-sol et 52 places de dépôt et stockage de véhicules d'exposition, après-vente, accidentés ou de courtoisie en extérieur. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que les 39 places de dépôt et stockage situées en sous-sol sont par définition couvertes et n'entrent ainsi pas dans les prévisions du b) de la rubrique 41 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement qui ne régit que les dépôts de véhicule en extérieur. D'autre part, il n'est pas contesté que sur les 52 places prévues en extérieur, 36 sont destinées à l'activité de service après-vente, et 6 destinées aux véhicules de courtoisie, de sorte que ces 42 véhicules ont vocation à être déplacés et n'entrent pas dans la catégorie de véhicules faisant l'objet d'un dépôt au sens de l'annexe précitée. Il s'ensuit que le moyen tiré la méconnaissance de l'article R. 122-2 du code de l'environnement et de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si les sociétés requérantes ont invoqué, dans leur requête introductive d'instance, le moyen tiré de ce que le pétitionnaire ne justifie pas de l'existence d'une servitude d'accès au projet, ils ont explicitement abandonné ce moyen dans leur mémoire du 9 mars 2023.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicables à toutes les zones : " Conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au publics / 1. Voirie / Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficiles la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie, de service hivernal ou d'enlèvement des ordures ménagères. / 2. Accès / 2.1 Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers, des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. L'autorisation de construire peut être subordonnée à la réalisation d'aménagements particuliers. / 2.2 Tout accès carrossable doit avoir une largeur minimale de 3 mètres. Les stationnements y sont interdits. / 2.3 Le terrain ne doit pas disposer de plus de deux accès carrossables sur la voie qui assure sa desserte. () Les opérations portant sur une assiette foncière supérieure à 5 hectares doivent justifier d'un nombre d'accès suffisant eu égard à leur projet. ".

6. Les sociétés requérantes font valoir que les caractéristiques physiques de la voie de desserte ne sont pas adaptées, eu égard à la destination et à l'importance du projet de construction litigieux, destiné à accueillir de nombreux véhicules automobiles, pour la plupart acheminés par des camions. Il ressort des pièces du dossier que la voie en question présente une largeur d'au moins 5,57 mètres, selon les propres constatations des requérantes, sur une longueur de 42 mètres. Contrairement à ce qui est soutenu, une telle largeur est suffisante pour permettre le croisement de deux véhicules dans des conditions satisfaisantes. Si les requérantes soutiennent qu'il convient de retrancher de cette largeur une bande de 1,57 mètres réservée au cheminement des piétons, faute de quoi les véhicules empièteraient sur le périmètre qui leur est réservé, il est toutefois constant que cette voie de desserte a été aménagée en une " zone de rencontre " limitée à 20km/h, donnant la priorité aux piétons qui circulent sur cette chaussée partagée sans aménagement particulier hormis un simple marquage au sol. Par ailleurs, si la concession autorisée par le permis litigieux a vocation à accueillir une trentaine de salariés ainsi que des clients et des livraisons de véhicules, les flux de circulation engendrés par ces déplacements resteront adaptés aux caractéristiques de la voie, située dans une zone où sont déjà implantées des concessions automobiles. En outre, la voie de desserte dont il est question est parfaitement rectiligne et permet ainsi une excellente visibilité. Enfin, si les requérantes font valoir qu'une aire de retournement située au Nord de cette voie, d'une surface de 717 m², est régulièrement utilisée pour décharger les camions ou comme aires sauvages de stationnement, ce qui accentuera les difficultés pour accéder à la concession, cette circonstance, qui relève de la police de la circulation et du stationnement et non des règles d'urbanisme, est sans incidence sur le fait que les caractéristiques de la voie de desserte sont adaptées à la nature et l'importance de la concession automobile autorisée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance par le permis de construire litigieux de l'article 3 du titre II du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

8. D'une part, si les requérantes font valoir que la voie de desserte ne permettra pas aux véhicules de se croiser dans des conditions de sécurité satisfaisantes, cet argument sera écarté pour les motifs que ceux exposés au point 6. En outre, leur allégation selon laquelle les congestions déjà importantes des voies de circulation dans le secteur seront aggravées par le projet, qui ne prévoit pas de zone de déchargement ou de retournement sur le terrain d'assiette, ne sont pas établies par les pièces du dossier, alors que le projet litigieux n'engendrera pas, eu égard à sa nature et ainsi qu'il a été dit, une augmentation significative des flux de circulation dans le secteur. D'autre part, les sociétés requérantes soutiennent que le terrain d'assiette du projet est identifié en zone de remontée de nappe phréatique de 5 à 10 mètres sur la carte de la profondeur de la nappe phréatique en période des hautes eaux centennales intégrée au Plan de Prévention du risque inondation de l'Eurométropole de Strasbourg approuvé le 20 avril 2018, alors que le pétitionnaire prévoit un sous-sol dont les fondations descendent à plus de 5 mètres sous le niveau du terrain naturel. Toutefois, il ressort des éléments produits par la commune de Bischheim en défense que la côte piézométrique du terrain d'assiette est de 136,5 m, et qu'aucun élément de construction n'est situé en deçà de la cote 142,25 m. A s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté dans ses deux branches.

9. En cinquième lieu, selon l'article 12 du titre II du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, pour les projets situés en zone IV, comme c'est le cas de la commune Bischheim, et s'agissant de l'activité de commerces de détail avec accueil d'une clientèle, aucune place de stationnement n'est requise pour la 1ère tranche de surface de plancher entre 0 et 100m², une place de stationnement doit être prévue dans la tranche de 100 à 300m², tous les 100m², puis deux places tous les 100m² par tranche entamée au-delà de 300m². Par ailleurs, aucune norme précise en matière de stationnement n'est prévue par le plan local d'urbanisme pour les destinations de service, d'artisanat ou encore d'entrepôt, le règlement prévoyant uniquement que ces destinations doivent pouvoir disposer d'un nombre d'aires de stationnement leur permettant de répondre aux besoins nécessaires à leur fonctionnement.

10. Les sociétés requérantes soutiennent que les surfaces annoncées par le pétitionnaire dans ses écritures en défense ne correspondent pas au projet autorisé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de permis de construire, et plus particulièrement du formulaire Cerfa, que le permis litigieux autorise 4 826 m² de surface de plancher, répartis en 1 515m² dédiés à l'artisanat, 1 283m² consacrés à des activités de service avec accueil d'une clientèle et 2 082m² dédiés aux entrepôts. En application des dispositions de l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme, seule la destination consacrée aux activités de service avec accueil d'une clientèle, d'une superficie de 1 283 m2, est régie par une norme précise en matière de stationnement, et se devait de comporter un minimum de 22 places réservées aux clients, ce qui est le cas en l'espèce, ainsi que le plan de masse notamment permet de le confirmer. Par ailleurs, s'agissant des surfaces liées à l'artisanat (activité de service après-vente) et à l'entrepôt, le pétitionnaire a prévu au total 36 places de stationnement, ce qui constitue une nombre d'aires de stationnement permettant de répondre aux besoins des clients. En outre, il n'est pas établi par les requérants que l'activité d'entrepôt nécessiterait, eu égard à la nature de cette destination, des aires de stationnement. Enfin, s'agissant des places réservées aux vélos, si les sociétés requérantes critiquent le permis en ce qu'il ne prévoit que 10 places alors que le plan local d'urbanisme en imposerait 18, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier, et notamment des plans de masse, que la pétitionnaire a prévu 7 arceaux au Nord Est du terrain d'assiette et 8 arceaux à proximité des places de stationnement réservées aux employés, permettant au total à 30 vélos de pouvoir stationner. Dans ces conditions, le moyen, pris en ses deux branches, doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, les sociétés requérantes soutiennent le pétitionnaire a délibérément omis de prendre en compte une surface de plancher de 458m² située en sous-sol de la construction, situation qui permettrait au projet, à tort, d'être classé parmi les établissements recevant du public (ERP) de la Vème catégorie. Il ressort néanmoins du plan de masse du sous-sol que la mention indiquant " zone d'exposition supplémentaire véhicule d'occasion " de 458m² constitue une erreur de plume, corrigée par le fait que le plan de masse comporte un aplat bleu clair identifiant clairement la zone correspondant à un ERP, aplat qui ne figure pas sur la surface en litige. En outre, les requérantes n'apportent aucun élément sérieux permettant de remettre en cause l'appréciation portée par la sous-commission départementale de la sécurité, qui a classé l'ERP en cause dans la Vème catégorie à l'issue de sa séance du 31 août 2021. Il s'ensuit que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2021.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Bischheim une somme au titre des frais exposés par les requérantes et non compris dans les dépens.

14. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des sociétés requérantes au titre de ces frais le paiement d'une somme de 2 000 euros à verser à la SCI PKA 14 REM.

D E C I D E :

Article 1 : La requête des sociétés SCI GJH Bischheim, Centrale automobile Strasbourg et SVO Center est rejetée.

Article 2 : Les sociétés SCI GJH Bischheim, Centrale automobile Strasbourg et SVO Center verseront une somme de 2 000 euros à la SCI PKA 14 REM au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SCI GJH Bischheim, Centrale automobile Strasbourg, la société SVO Center, la société SCI PKA 14 REM et à la commune de Bischheim.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Anne-Lise Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.

Le rapporteur,

A. LUSSET

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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