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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108468

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108468

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSAROSDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 10 décembre 2021 et 9 mai 2022, M. C D, représenté par Me Dulmet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mars 2021 par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité départementale du Bas-Rhin de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Grand Est a autorisé son licenciement, ensemble la décision du 11 octobre 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions litigieuses ne sont pas justifiées, notamment en raison du conflit qui l'oppose à son employeur et qui porte sur le paiement de ses heures de délégations d'octobre à décembre 2020 et des circonstances qu'il n'a jamais été sanctionné auparavant, qu'il a été dispensé pendant six ans de tout travail, que cette dispense n'a jamais désorganisé le fonctionnement de la SARL Alpaci qui ne lui a jamais proposé de formation ou d'accompagnement pour la reprise de son activité, que des négociations entre cette société et la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT étaient en cours pour que cette dernière finance les périodes non couvertes par ses heures de délégation et qu'il a travaillé jusqu'au 30 mars 2021, date de son licenciement, en occupant un poste de personne volante au détriment de son poste de conducteur de ligne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est irrecevable et qu'aucun des moyens soulevés par

M. D n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 avril 2022, 18 mai 2022 et 16 novembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Alpaci, représentée par Me Sarosdi, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. D le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable et qu'aucun des moyens soulevés par

M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A,

- les conclusions de M. Arnaud Lusset, rapporteur public,

- les observations de Me Dulmet, représentant M. D,

- et les observations de Me Sarosdi, représentant la SARL Alpaci.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 22 janvier 2021, la SARL Alpaci a sollicité l'autorisation de licencier M. D, tenant sa qualité de salarié protégé de son statut de membre titulaire au comité social et économique et de délégué syndical. Par une décision du 22 mars 2021, l'inspecteur du travail de l'unité départementale du Bas-Rhin de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Grand Est a fait droit à cette demande. Le requérant a formé un recours hiérarchique qui a été explicitement rejeté par une décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 11 octobre 2021. M. D demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2421-5 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée () ". En l'espèce, les décisions contestées visent les dispositions pertinentes du code du travail, indiquent les dates des courriers par lesquels la SARL Alpaci a demandé à M. D de regagner son travail et de celles par lesquels le requérant a répondu à la société. Elles précisent également que la demande d'autorisation de licenciement ne présente pas de lien avec les mandats exercés par ce dernier. Elles comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, à le supposer exposé, être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2411-1 du code du travail : " Bénéficie de la protection contre le licenciement prévue par le présent chapitre, y compris lors d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, le salarié investi de l'un des mandats suivants : 1° Délégué syndical ; 2° Membre élu à la délégation du personnel du comité social et économique ; 3° Représentant syndical au comité social et économique () ". Aux termes de l'article L. 2411-3 de ce code : " Le licenciement d'un délégué syndical ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail () ". Aux termes de l'article L. 2411-5 du même code : " Le licenciement d'un membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique, ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail () ". En vertu de ces dispositions, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

4. M. D, salarié de la SARL Alpaci depuis le 25 juin 2003, bénéficiait d'un crédit de trente-trois heures mensuelles de délégation en qualité de délégué syndical et de membre du comité économique et social, auquel s'ajoutaient quatre jours mensuels de délégation en application d'une convention de détachement syndical signée entre la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie CGT et son employeur le 22 décembre 2011 et qui a été reconduite jusqu'au 31 décembre 2020. Il ressort des pièces du dossier qu'à compter de 2013, le requérant a cessé d'occuper son poste de conducteur de ligne au sein de la SARL Alpaci qui a néanmoins continué à le rémunérer. Par courrier du 22 juin 2020, la société lui a demandé de reprendre son travail à compter du 1er octobre suivant, en-dehors des périodes de délégation qui lui sont dues. Le requérant n'y ayant pas donné suite, la société a réitéré sa demande par des courriers des 8 octobre 2020, 21 octobre 2020 et 26 novembre 2020, puis a sollicité, le 22 janvier 2021, l'autorisation de le licencier, ce qu'elle a obtenu par les décisions litigieuses.

5. Pour soutenir que ces décisions sont illégales, M. D fait essentiellement valoir qu'il a été dispensé de tout travail par la SARL Alpaci pendant sept ans, que cette exemption n'a jamais désorganisé le fonctionnement de cette société, que des négociations entre son employeur et la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT étaient en cours pour que cette dernière finance le temps non couvert par ses heures de délégation et que la SARL Alpaci ne lui a jamais proposé de formation ou d'accompagnement pour la reprise de son activité. Le requérant soutient également que les décisions en cause sont, en réalité, motivées par le conflit l'opposant à son employeur qui a refusé de lui payer ses heures de délégations d'octobre à décembre 2020, ce qui l'a conduit à saisir le conseil des prud'hommes de Saverne puis la Cour de cassation, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une sanction disciplinaire et qu'il a travaillé du 5 janvier au 30 mars 2021, date de son licenciement, en occupant un poste de personne volante au détriment de son poste de conducteur de ligne. Toutefois, aucune règle ni aucun principe ne faisait obstacle à ce que la SARL Alpaci demande à M. D de réintégrer son poste, alors même que son absence pendant sept années n'a pas eu pour effet de désorganiser le fonctionnement de l'entreprise. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette société aurait demandé l'autorisation de le licencier en raison du litige l'opposant sur ses heures de délégations des mois d'octobre à décembre 2020 et que le retour du requérant dans ses effectifs nécessitait un accompagnement ou une formation, ce dernier n'alléguant pas avoir sollicité de telles mesures. Par suite, et alors même que M. D n'a jamais fait l'objet de la moindre sanction et que des négociations auraient été en cours entre son employeur et son syndicat lors de la mise en œuvre de la procédure de licenciement, ce qui n'est au demeurant pas établi, l'administration était fondée à estimer que son absence du 1er octobre 2020 au

4 janvier 2021 était injustifiée et qu'elle constitue une faute d'une gravité suffisante de nature à fonder son licenciement.

6. En troisième lieu, à supposer que M. D ait entendu faire valoir que la demande présentée par la SARL Alpaci serait en lien avec ses mandats, les pièces du dossier ne permettent pas de l'établir.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et par la SARL Alpaci, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2021, par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité départementale du Bas-Rhin de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Grand Est a autorisé son licenciement, et de celle du 11 octobre 2021, par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a confirmé cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge M. D une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Alpaci et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à la SARL Alpaci la somme de 500 euros (cinq-cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la SARL Alpaci présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la SARL Alpaci et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. A

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

J. Devys

Le greffier

P. Souhait

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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