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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108564

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108564

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantAMBROSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2021 et 1er mars 2022, M. C A, représenté par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Sélestat-Obernai l'a affecté comme responsable du service biomédical en lieu et place du service des ateliers généraux ;

2°) d'enjoindre au directeur du groupe hospitalier Sélestat-Obernai de le réintégrer dans ses précédentes fonctions dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Sélestat-Obernai la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans qu'il n'y ait eu communication de son dossier au préalable ;

- elle n'a pas été prise dans le respect de la procédure disciplinaire puisqu'il n'a pas eu la possibilité de bénéficier des droits garantis à la défense, et notamment de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision ;

- elle n'a pas été prise dans le respect de la procédure disciplinaire puisque la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline n'a pas été saisie pour avis préalable ;

- aucun manquement ne peut lui être reproché.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2022, le groupe hospitalier Sélestat-Obernai, représenté par la SCP Racine, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la décision en litige est une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours pour excès de pouvoir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 mars 2022.

Un mémoire présenté pour le groupe hospitalier Sélestat-Obernai a été enregistré le 25 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Par une lettre en date du 25 octobre 2022, le groupe hospitalier Sélestat-Obernai a été invité à produire, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'organigramme nominatif complet avec intitulé de fonction avant réorganisation et l'organigramme nominatif complet avec intitulé de fonction après réorganisation, l'audit réalisé au sein du groupe hospitalier Sélestat Obernai, les éléments relatifs au programme d'investissement immobilier de trente-trois millions d'euros et la justification des projets de travaux planifiés. L'organigramme nominatif complet avec intitulé de fonction avant réorganisation, l'organigramme nominatif complet avec intitulé de fonctions après réorganisation, les éléments relatifs au programme d'investissement immobilier de trente-trois millions d'euros et la justification des projets de travaux planifiés, enregistrés le 28 octobre 2022, ont été communiqués en application des mêmes dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de de Me Ambrosi, représentant M. A, et de Me Muller-Pistré, représentant le groupe hospitalier Sélestat-Obernai.

Considérant ce qui suit :

1.M. C A, ingénieur en chef de classe normale, occupait depuis le 1er juin 2004, le poste de responsable des ateliers généraux au sein du groupe hospitalier Sélestat-Obernai (GHSO). Le 15 octobre 2021, il a été convoqué par son responsable hiérarchique qui l'a informé oralement que la responsabilité des services techniques lui était retirée le jour même et qu'il devenait responsable du service biomédical dans le cadre d'une réorganisation de la direction à laquelle il était rattaché. Cette décision orale du 15 octobre 2021 lui a été confirmée par une décision écrite du même jour, reçue par M. A le 26 octobre 2021. Par sa requête, M. A sollicite l'annulation de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée :

2.Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre une telle mesure, à moins qu'elle ne traduise une discrimination, est irrecevable, alors même que la mesure de changement d'affectation aurait été prise pour des motifs tenant au comportement de l'agent public concerné.

3.Il est constant que le directeur du GHSO a déchargé M. A de ses fonctions de responsable des ateliers généraux, impliquant l'encadrement de vingt-trois agents au sein de cinq services dont le service biomédical, pour lui confier à la place l'encadrement du seul service biomédical, n'impliquant plus que l'encadrement de deux agents. Ainsi, et alors même que le changement d'affectation en litige ne porte pas atteinte aux droits statutaires ou aux droits et libertés fondamentaux de M. A, il a diminué de manière très sensible ses attributions et son niveau de responsabilité. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la décision du 15 octobre 2021 ne peut être qualifiée de simple mesure d'ordre intérieur. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée en défense par le GHSO.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4.Un changement d'affectation ordonné d'office revêt le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

5.D'une part, compte-tenu de ce qui a été exposé aux points 2 et 3, le requérant est fondé à soutenir que son changement d'affectation a entraîné une perte d'attributions et de responsabilités importante et, par voie de conséquence, une dégradation de sa situation professionnelle.

6.D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le directeur du GHSO a formulé en janvier 2021 des reproches contre M. A concernant la gestion du remplacement ponctuel de sa secrétaire de direction par une secrétaire de son service et pour un manque de confidentialité. Il est également constant que le directeur du GHSO a formulé de nouveaux reproches contre le requérant en mars 2021 concernant la gestion du local d'oncologie. Si le directeur de l'hôpital n'a pas engagé de procédure disciplinaire à l'encontre de M. A à la suite des faits susmentionnés qu'il lui reprochait, leurs relations de travail ont continué à se détériorer au cours de l'année 2021 comme le révèlent notamment les courriels des 25 juin et 16 juillet 2021, le directeur du GHSO rappelant au requérant régulièrement ces faits qu'il considérait comme fautifs. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier qu'au cours de l'année 2021, M. A a été progressivement évincé du suivi de certains projets, ses collaborateurs ont été sollicités directement par les autres directions des établissements sans qu'il n'en soit informé et il a parfois appris de manière fortuite des décisions concernant directement son service. Enfin, il est constant qu'après un arrêt de travail d'un mois, le requérant a été informé oralement à son retour, le 15 octobre 2021, de sa nouvelle affectation. Dans ce cadre, il a été invité à débarrasser ses affaires et quitter son bureau rapidement car un nouvel agent avait d'ores et déjà été installé en son absence dans ce bureau, cette nouvelle affectation se réalisant dans un contexte vexatoire. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce susrappelées, la nature des faits reprochés à M. A et l'attitude de l'administration à la suite de ces faits, révèlent une volonté de sanctionner M. A.

7. Certes, le GHSO soutient en défense que la nouvelle affectation de M. A a exclusivement été prise dans l'intérêt du service. Il fait ainsi valoir que le directeur du GHSO a décidé de procéder à une réorganisation des directions et des services de l'établissement hospitalier à la suite du résultat d'un audit et en raison d'une augmentation importante de la charge de travail attendue liée à un programme d'investissement immobilier de 33 millions d'euros avec une quinzaine de projets de travaux planifiés. Dans le cadre de cette réorganisation, M. A s'est vu attribuer la responsabilité du service biomédical compte tenu de sa formation d'ingénieur biomédical. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, malgré la demande formulée par le tribunal le 25 octobre 2022 sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, que le GHSO ait effectivement réalisé un audit ni a fortiori qu'une réorganisation des directions et des services de l'hôpital ait été préconisée par cet audit. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'une " vaste réorganisation des directions et de services " du GHSO ait eu lieu. À cet égard, les organigrammes des services produits en défense font apparaître que seule la direction des ressources économiques, logistiques et technique à laquelle était rattaché M. A, a connu certains changements et que seul M. A a subi une perte d'attributions et de responsabilités. Par ailleurs, s'il est constant qu'une augmentation importante de la charge de travail en lien au programme d'investissement immobilier planifié était prévisible, le GHSO n'apporte aucun élément de nature à justifier que la réorganisation cosmétique de la direction des ressources économiques, logistiques et techniques et le changement de poste de M. A permettaient de mieux faire face à l'accroissement de la charge de travail attendu. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, la nouvelle affectation de M. A ne peut être regardée comme ayant été prise dans l'intérêt du service. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée constitue une sanction disciplinaire déguisée.

8.Il résulte tout de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Sélestat-Obernai l'a affecté comme responsable du service biomédical.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9.Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a dès lors lieu d'enjoindre au directeur du GHSO de réaffecter M. A dans ses anciennes fonctions dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande le GHSO au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

11.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHSO le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 octobre 2021 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Sélestat-Obernai a affecté M. A sur le poste de responsable du service biomédical est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du groupe hospitalier Sélestat-Obernai de réaffecter M. A dans ses anciennes fonctions dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le groupe hospitalier Sélestat-Obernai versera à M. A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au groupe hospitalier Sélestat-Obernai.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

V. B

Le président,

C. CARRIER Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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