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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108648

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108648

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 décembre 2021 et le 5 août 2022, M. A B, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de Metz Métropole lui a refusé le versement de la prime de service et de rendement et de l'indemnité spécifique de service ;

2°) d'enjoindre au président de Metz Métropole de procéder au réexamen de sa situation depuis sa date d'embauche et de fixer le coefficient individuel de son régime indemnitaire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui verser les primes, avec les intérêts au taux légal, dans un délai d'un mois supplémentaire ;

3°) de mettre à la charge de Metz Métropole le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par une intervention, enregistrée le 7 juillet 2022, le syndicat CFDT Interco Moselle, représenté par Me Levy, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. B.

Il soutient que :

- son intervention est recevable ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 juillet et le 14 septembre 2022, Metz Métropole, représentée par Me Olszak, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est inopérant ;

- la créance antérieure au 1er janvier 2017 est prescrite ;

- M. B a bénéficié du versement de la prime de service et de rendement et de l'indemnité spécifique de service du 1er mai 2004 au 1er janvier 2018 ;

- le décret du 15 décembre 2009 fait obstacle au versement de la prime de service et de rendement pour la période postérieure au 17 décembre 2009.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devys, rapporteure,

- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public,

- et les observations de Me Grascoeur, substituant Me Olszak, représentant Metz Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 21 juin 2021, M. B a demandé au président de Metz Métropole de lui verser l'indemnité spécifique de service et la prime de service et de rendement à compter de sa date d'embauche. Il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande.

Sur l'intervention du syndicat CFDT Interco Moselle :

2. Le syndicat CFDT Interco Moselle justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par M. B est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les créances antérieures au 1er janvier 2017 :

3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit () des communes (), toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". L'article 2 de la même loi dispose que : " la prescription est interrompue par toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance (), tout recours formé devant une juridiction relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance () ".

4. Les droits sur lesquels les créances dont se prévaut M. B ont été acquis au cours des années 2004 à 2021. En application des dispositions de la loi du 31 décembre 1968, les délais de prescription ont, pour les créances nées au cours de chacune de ces années, commencé à courir le 1er janvier de l'année suivante et ont, s'ils n'étaient pas expirés, été interrompus par la demande de paiement le 21 juin 2021. Par suite, sont prescrites les sommes dont M. B a demandé le versement pour la période antérieure au 1er janvier 2017.

En ce qui concerne les créances antérieures au 1er janvier 2017 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération en date du 26 avril 2004, la communauté d'agglomération de Metz Métropole a déterminé un régime indemnitaire de grade et de fonction comprenant d'une part une prime mensuelle fixée par référence à un montant par grade et modulée individuellement selon une évaluation portée sur la valeur professionnelle des agents au travers de la notation administrative et d'autre part, une prime de fonction attribuée aux agents occupant un poste identifié dans l'organigramme fonctionnel des services comme comportant des responsabilités ou sujétions particulières selon cinq niveaux, en indiquant la nature et les montants de référence réglementaires de ces primes et indemnités dans des tableaux présentés en annexe 1. Par la même délibération, elle a autorisé le président à fixer individuellement les montants des indemnités et primes et a ordonné les inscriptions budgétaires correspondantes. Le versement de ces primes constituant une faculté ouverte à l'autorité hiérarchique, laquelle doit essentiellement fonder sa décision sur la valeur professionnelle de l'agent, il ne constitue pas un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Dans ces conditions et en tout état de cause, la décision en litige n'avait pas à être motivée et le moyen tiré du défaut de motivation ne peut être utilement invoqué.

7. En second lieu, il ressort des fiches de paye de M. B qu'il a perçu, du 1er janvier au 31 décembre 2017, une somme de 546 euros par mois de prime mensuelle. Il ressort du tableau annexé à la délibération du 26 avril 2004 que, pour un technicien principal, le taux moyen mensuel de l'indemnité spécifique de service est de 457,76 euros et celui de la prime de service et de rendement est de 93,97 euros, soit une somme cumulée de 551,73 euros. M. B, qui a perçu une somme légèrement inférieure au taux moyen cumulé de l'indemnité et de la prime en litige, n'est dès lors pas fondé à soutenir que les sommes qu'il a perçues ne correspondent pas aux montants prévus par la délibération du 26 avril 2004. Il n'est par ailleurs pas fondé à soutenir que l'organe délibérant ne pouvait prévoir que tous les agents percevraient un taux donné dès lors que la délibération prévoit un taux moyen et un taux maximal. M. B n'établit ainsi pas que le président de Metz Métropole aurait commis une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Metz Métropole, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par Metz Métropole et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat CFDT Interco Moselle est admise.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : M. B versera à la Metz Métropole une somme de 500 (cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au syndicat CFDT Interco Moselle et à Metz Métropole.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

J. Devys

Le président,

S. DhersLe greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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