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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108651

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108651

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 décembre 2021 et 30 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Ponseele, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2021 par laquelle la directrice de l'Offre départementale d'accompagnement social et médico-social (ODAS) de Moselle Est a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa contamination au virus de la COVID-19, ensemble la décision du 14 octobre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la directrice de l'ODAS de Moselle Est de réexaminer sa demande et de reconnaître l'imputabilité au service de sa contamination en tant qu'accident ;

3°) de mettre à la charge de l'ODAS de Moselle Est une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 14 octobre 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 35-2 et 35-3 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- sa contamination au virus de la COVID-19 remplit les critères de l'accident imputable au service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, l'Offre départementale d'accompagnement social et médico-social, représentée par la SELARL Cossalter, De Zolt et Couronne, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de Mme B d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- les observations de Me Grascoeur, substituant Me Ponseele et représentant Mme B et de Me Bizzarri, représentant l'ODAS de Moselle-Est.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B exerce les fonctions d'aide-soignante au sein de l'ODAS de Moselle Est. Elle est affectée à la maison d'accueil spécialisée de Petite-Rosselle, qui accueille des personnes adultes en situation de handicap intellectuel, moteur ou somatique. Le 16 mars 2021, elle a été testée positive au virus de la COVID-19 et placée en congé de maladie jusqu'au 31 mars 2021. Le 13 juillet 2021, elle a demandé à son employeur la reconnaissance de sa contamination en accident imputable au service. Par une décision du 21 juillet 2021, la directrice de l'ODAS de Moselle Est a rejeté sa demande. Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté par une lettre du 14 octobre 2021. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions des 21 juillet 2021 et 14 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 21 juillet 2021 :

2. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision du 21 juillet 2021 méconnaît les dispositions du décret susvisé du 19 avril 1988 dès lors que sa demande de déclaration d'accident de service n'était pas tardive, il ne ressort pas des termes de cette décision qu'un tel motif lui aurait été opposé. Il s'ensuit que le moyen ainsi soulevé doit être écarté comme inopérant.

3. En second lieu, aux termes du I de l'article 21 bis de la loi susvisée du 13 juillet 1983, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. ".

4. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision du 21 juillet 2021 a été prise au seul motif que : " s'agissant d'une maladie et non d'une lésion, la Covid ne peut être reconnue en accident de service. ". Mme B fait valoir qu'au regard des conditions dans lesquelles elle a exercé ses fonctions le week-end du 6 au 7 mars 2021 et de la temporalité de son infection par le virus de la COVID-19, cette contamination doit être regardée comme un accident imputable au service. Toutefois, ni la contraction du virus de la COVID-19, ni les complications qui en ont résulté pour la requérante, ne peuvent être regardées comme un évènement survenu à une date certaine, de nature à leur conférer la qualification d'accident de service telle que définie au point 4 du présent jugement. Ainsi, dans ces circonstances, c'est à bon droit que l'administration a refusé, par la décision du 21 juillet 2021, de reconnaître que Mme B avait été victime d'un accident de service.

En ce qui concerne la décision du 14 octobre 2021 :

6. En premier lieu, dès lors que les vices propres d'une décision rejetant un recours gracieux ne peuvent être utilement contestés, le moyen tiré de ce que la décision du 14 octobre 2021 est insuffisamment motivée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article 35-3 du décret susvisé du 19 avril 1988 : " La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 35-2 est adressée à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont relève le fonctionnaire, dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 35-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. ". L'article 35-2 du même décret dispose que : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont il relève une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Ce formulaire est transmis par l'autorité investie du pouvoir de nomination à l'agent qui en fait la demande, dans un délai de quarante-huit heures suivant celle-ci et, le cas échéant, par voie dématérialisée, si la demande le précise ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. ".

8. Mme B fait grief à la décision du 14 octobre 2021 de considérer comme tardive sa déclaration d'accident de service au regard des dispositions précitées du décret susvisé du 19 avril 1988. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le certificat médical produit par la requérante à son employeur, au titre de sa contamination par le virus de la COVID-19, date du 17 mars 2021 et que sa déclaration d'accident de service, établie sur le même fondement, date du 13 juillet 2021, soit plus de quinze jours après. Si la requérante soutient qu'elle n'a été affectée que début juillet par des symptômes spécifiques liés à sa contamination par la COVID-19 et matérialisés par des hématomes douloureux aux bras et aux jambes, aucun des documents médicaux qu'elle produit à cet égard, datés des 5, 6 et 22 juillet 2021, ne peut être regardé comme faisant office de certificat médical au sens du 2° de l'article 35-2 du décret du 19 avril 1988. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces documents médicaux auraient été joint à la déclaration d'accident de service du 13 juillet 2021. Il s'ensuit que la directrice de l'ODAS Moselle Est a pu légalement, dans la décision du 14 octobre 2021, lui opposer la tardiveté de sa déclaration d'accident de service.

9. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que la décision du 14 octobre 2021 rejetant le recours gracieux de Mme B est fondée sur l'absence de lien entre sa contamination et son service, elle lui oppose également l'unique motif retenu dans la décision du 21 juillet 2021, tiré de ce que la contraction de la COVID-19 ne saurait être assimilée à un accident. Or ce motif, ainsi qu'il a été dit au point 5, pouvait légalement justifier à lui seul la décision du 14 octobre 2021 en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'administration a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il n'existait pas de lien exclusif entre la contamination de Mme B par le virus de la COVID-19 et son service est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ODAS Moselle Est, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B une somme au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'ODAS Moselle Est en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Offre départementale d'accompagnement social et médico-social de Moselle Est.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

C. DUEZ-GÜNDEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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