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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108809

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108809

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDURRLEMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 décembre 2021, 27 mai et 9 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Durrleman, doit être regardée comme demandant :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 relative à l'organisation interne du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace, entrée en vigueur le 1er octobre 2021;

2°) d'enjoindre à la directrice du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace de la réintégrer dans ses fonctions de chef de service et de lui accorder en conséquence la prime à laquelle elle a droit en tant que chef de service ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est une décision administrative lui faisant grief susceptible d'un recours en excès de pouvoir ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dans la mesure où elle aurait du pouvoir consulter en amont son dossier administratif ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été prise dans l'intérêt du service ;

- elle traduit un harcèlement moral ainsi qu'une discrimination.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mai et 1er juin 2022, le groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace, représenté par la SELARL CM.Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que la note de service datée du 8 septembre 2021 constitue une simple mesure d'ordre intérieur, insusceptible de recours en excès de pouvoir ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Tilly, représentant le groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 17 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1.Mme A a été recrutée comme praticien hospitalier contractuel par le groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA) en novembre 2019 afin d'occuper les fonctions de directrice du registre des cancers du Haut-Rhin. Le registre des cancers du Haut-Rhin était alors un service du centre hospitalier rattaché au pôle de santé publique. Le 1er octobre 2020, Mme A a été nommée praticien hospitalier titulaire. À son retour de congés, le 25 octobre 2021, Mme A a pris connaissance, par courriel du 21 octobre 2021, de la décision du 8 septembre 2021 relative à l'organisation interne du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace prise par la directrice du GHRMSA et par le président de la commission médicale de l'établissement (CME), entrée en vigueur le 1er octobre 2021. Cette note de service précisait que le registre des cancers était désormais rattaché au département d'information médicale et santé publique, lui-même rattaché au pôle pharmacie, biologie, santé publique. Par sa requête, Mme A sollicite l'annulation de la note de service susmentionnée.

2.Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou un harcèlement, est irrecevable.

3.Or, aux termes de l'article L. 6146-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'accomplissement de leurs missions, les établissements publics de santé définissent librement leur organisation interne, sous réserve des dispositions du présent chapitre. Le directeur et le président de la commission médicale d'établissement définissent conjointement l'organisation de l'établissement en pôles d'activité conformément au projet médical d'établissement, après avis, dans les centres hospitaliers universitaires, du directeur de l'unité de formation et de recherche médicale. Les pôles d'activité sont composés, d'une part, de services, de départements et d'unités fonctionnelles ou de toutes autres structures de prise en charge du malade par les équipes médicales, soignantes ou médico-techniques ainsi que, d'autre part, des services, unités, départements ou structures médico-techniques qui leur sont associés ". Aux termes de l'article R. 6146-1-1 du même code : " Les services mentionnés à l'article L. 6146-1 constituent l'échelon de référence en matière d'organisation, de pertinence, de qualité et de sécurité des soins, d'encadrement de proximité des équipes médicales et paramédicales, d'encadrement des internes et des étudiants en santé ainsi qu'en matière de qualité de vie au travail. Ils sont dirigés par un chef de service, responsable de structure interne, en étroite collaboration avec le cadre de santé. Dans les centres hospitaliers et les centres hospitaliers universitaires, le chef de service est nommé par décision conjointe du directeur d'établissement et du président de la commission médicale d'établissement, après avis du chef de pôle. Lorsque le chef de service est un praticien des armées, la décision de nomination est prise conjointement par le directeur d'établissement, le président de la commission médicale d'établissement et le ministre de la défense. La durée du mandat des chefs de service est fixée par décret. Leur mandat peut être renouvelé dans les mêmes conditions () ".

4.En application des dispositions précitées, la directrice du GHRMSA et le président de la CME ont, par décision du 8 septembre 2021, regroupé les activités de l'établissement dans des pôles composés de services, eux-mêmes comportant des unités. C'est ainsi que le pôle santé publique, qui comprenait initialement le service du registre des cancers du Haut-Rhin est devenu, par la note de service contestée, le pôle pharmacie, biologie, santé publique, comprenant le département d'information médicale et santé publique, ayant le statut de service, et intégrant le registre des cancers du Haut-Rhin. Si avant la réorganisation susmentionnée, Mme A faisait fonction de chef de service, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait été régulièrement nommée chef de service selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 6146-1-1 du code de la santé publique précitées. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la perte du statut de service du registre des cancers du Haut-Rhin, par la note de service du 8 septembre 2021, n'a pas porté atteinte à la situation statutaire de Mme A, dès lors que celle-ci, qui n'avait pas, en droit, la qualité de chef de service, n'a pu la perdre. L'intégration du registre des cancers du Haut-Rhin dans le département d'information médicale et santé publique n'a pas davantage entraîné de diminution de responsabilités ou de rémunération pour Mme A qui a continué à exercer les mêmes fonctions au sein du registre. Eu égard à ce qui précède, la mesure en litige n'a non plus porté atteinte à l'exercice des droits et libertés fondamentaux de Mme A. Enfin, la requérante n'établit pas par les pièces qu'elle produit que cette réorganisation traduirait une discrimination ou un harcèlement moral à son encontre.

5.Il résulte de tout ce qui précède que la mesure mettant fin au statut de service du registre des cancers a la portée d'une simple mesure d'ordre intérieur. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le GHRMSA.

D E C I D E :

Article 1: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du GHRMSA présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Claude Carrier, président,

M. Laurent Guth, premier conseiller,

Mme Vanessa Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La rapporteure,

V. C

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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