jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2200044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 janvier 2022 et le 20 octobre 2023, M. C Baron, représenté par la SELARL Leonem Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2021 par lequel le maire de Saint-Louis ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. B A enregistrée sous le n° DP6829721F0122 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis et de M. A une somme de 3 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le maire ne pouvait légalement autoriser les travaux litigieux sans au préalable inviter M. A à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments constructions qui ont été édifiées sans les autorisations d'urbanisme requises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, la commune de Saint-Louis, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. Baron au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable faute pour M. Baron de justifier d'un intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 octobre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;
- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public.
- les observations de Me Baron, avocat de M. Baron,
- les observations de Me Vienne, avocat de la commune de Saint-Louis.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande formée le 23 juin 2021, M. B A a déposé une déclaration préalable pour l'isolation et l'étanchéification d'un toit plat sur sa maison d'habitation située 13, rue des Prés à Saint-Louis. Par un arrêté du 20 juillet 2021, le maire de Saint-Louis ne s'est pas opposé à ces travaux. M. Baron, qui réside 11 rue des Prés, a formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été explicitement rejeté le 2 novembre 2021. Par la présente requête, M. Baron demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2021.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Louis :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du même code : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. Baron justifie être propriétaire et occupant d'un bien sur une parcelle qui jouxte le terrain d'assiette du projet en cause. Dès lors, en sa qualité de voisin direct, il justifie d'un intérêt à agir contre le projet litigieux, qui consiste notamment en la végétalisation d'un toit situé à proximité immédiate de son habitation, sous une de ses fenêtres, compte tenu notamment des vues occasionnées et des nuisances liées à l'entretien de ce toit. En conséquence, la fin de non-recevoir présentée sur ce point doit être écartée.
Sur la légalité de l'arrêté du 20 juillet 2021 :
5. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. Dans l'hypothèse où un immeuble a été édifié sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, l'autorité administrative, saisie d'une demande tendant à ce que soient autorisés des travaux portant sur cet immeuble, est tenue d'inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble du bâtiment. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative envisage de refuser le permis sollicité parce que la construction dans son entier ne peut être autorisée au regard des règles d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision, elle a toutefois la faculté, dans l'hypothèse d'une construction ancienne, à l'égard de laquelle aucune action pénale ou civile n'est plus possible, après avoir apprécié les différents intérêts publics et privés en présence au vu de cette demande, d'autoriser, parmi les travaux demandés, ceux qui sont nécessaires à sa préservation et au respect des normes, alors même que son édification ne pourrait plus être régularisée au regard des règles d'urbanisme applicables.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, voisin immédiat du requérant, a procédé en 2020, sans les autorisations d'urbanisme requises, à des travaux sur un toit-terrasse attenant à sa maison d'habitation, et que la commune de Saint-Louis a refusé de régulariser ces travaux par deux arrêtés d'opposition à déclaration préalable adoptés respectivement les 12 mars et 15 juillet 2021. Il est par ailleurs constant que la déclaration préalable faisant l'objet du présent litige ne portait que sur des travaux d'isolation, d'étanchéification et de végétalisation d'un toit-plat de l'habitation de M. A, et non sur la régularisation de l'ensemble des éléments de construction précités, édifiés sans autorisation. Or, le maire de Saint-Louis était tenu, en application des principes rappelés au point précédent, d'inviter le déclarant à présenter une demande portant sur l'ensemble du bâtiment, ce quand bien même les travaux sollicités concerneraient une construction ancienne, à l'égard de laquelle il aurait pu être établi qu'aucune action pénale ou civile n'est plus possible, et que ces travaux seraient nécessaires à la préservation de cette partie du bâtiment, ce qui n'est au demeurant pas établi. Enfin, contrairement à ce que fait valoir la commune, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les travaux projetés concernent une partie de l'habitation de M. A qui prend directement appui sur les constructions réalisées ou transformées sans autorisation. Dans ces conditions, M. Baron est fondé à soutenir que le maire de Saint-Louis a entaché son arrêté d'une erreur de droit, faute, ainsi qu'il a été dit, d'avoir invité M. A à régulariser l'ensemble des constructions.
Sur la mise en œuvre des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
7. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". En outre, l'article L. 600-5-1 de ce code dispose que : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
8. Lorsque l'autorité administrative, saisie d'une demande ne portant pas sur l'ensemble des éléments qui devaient lui être soumis, a illégalement accordé l'autorisation de construire qui lui était demandée au lieu de refuser de la délivrer et de se borner à inviter le pétitionnaire à présenter une nouvelle demande portant sur l'ensemble des éléments ayant modifié ou modifiant la construction par rapport à ce qui avait été initialement autorisé, cette illégalité ne peut être regardée comme un vice susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou d'une annulation partielle en application de l'article L. 600-5 du même code. Ainsi, compte tenu du vice retenu au point 6 du présent jugement, il n'y a pas lieu de mettre en œuvre les dispositions des articles
L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 20 juillet 2021 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis et à la charge de M. A le paiement, chacun, de la somme de 1 000 euros à M. Baron. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de M. Baron, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Saint-Louis demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 : L'arrêté du 20 juillet 2021 de la commune de Saint-Louis est annulé.
Article 2 : La commune de Saint-Louis versera à M. Baron une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. A versera à M. Baron une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Louis présentées au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C Baron, à la commune de Saint-Louis et à M. B A. Copie en sera adressée au procureur de la république du tribunal judiciaire de Mulhouse en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Anne-Lise Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 décembre 2023.
Le rapporteur,
A. LUSSET
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026