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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2200360

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2200360

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2200360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantANTONIAZZI-SCHOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, la commune de Francaltroff, représentée par Me Antoniazzi-Schoen, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de constater la résiliation de la convention qui autorisait Mme A à occuper un appartement sis 2 rue des jardins appartenant au domaine public communal et de l'autoriser à procéder à l'expulsion de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique ;

2°) de condamner Mme A à payer la somme de 8 888,88 euros au titre des arriérés de redevance dus à la date du 4 janvier 2022 et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du jugement ;

3°) de condamner en outre Mme A à payer une indemnité d'occupation d'un montant de 441,92 euros par mois à compter du 11 juillet 2021, date à laquelle un délai de deux mois était écoulé depuis la signification du commandement de payer les arriérés de redevances ;

4°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- alors qu'elle s'était engagée à payer une redevance mensuelle fixée à 436,68 euros en application de la convention modifiée d'occupation du domaine public communal, Mme A ne s'est pas acquittée de cette obligation et cumulait à la date du 11 mai 2021 un arriéré de loyers d'un montant de 7 419,68 euros, en l'absence de paiement en dépit du commandement de payer qui lui a été notifié par voie d'huissier, Mme A occupe sans droit ni titre une dépendance du domaine public communal ;

- la convention liant Mme A et la commune doit être regardée comme résolue de plein droit en application de la clause résolutoire figurant à l'article 12.

La procédure a été communiquée à Mme A qui n'a pas produit d'observations en défense.

Une mise en demeure a été adressée le 27 avril 2023 à Mme A.

Par ordonnance du 13 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juillet 2023.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office les moyens suivants tirés de :

- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions présentées par la commune de Francaltroff, la circonstance que la convention d'occupation indique que le bien loué appartient au domaine public de la commune n'étant pas, à elle-seule, de nature à établir la domanialité publique du logement, lequel n'est pas affecté au service public et est loué à Mme A en qualité de personne privée ;

- l'irrecevabilité des conclusions tendant à la résiliation de la convention d'occupation, ces conclusions étant dépourvues d'objet en raison de la caducité de la convention à la date d'enregistrement de la requête.

La commune de Francaltroff a présenté des observations sur ces moyens susceptibles d'être relevés d'office le 7 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- et les conclusions de M. Guth, rapporteur public.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention signée le 25 novembre 2018, la commune de Francaltroff a mis à la disposition de Mme A épouse B et de M. B un logement sis 2 rue des jardins, en contrepartie du versement par ceux-ci d'une redevance mensuelle de 436,68 euros. A la suite du divorce des intéressés, Mme A a demandé à la commune de pouvoir continuer à occuper seule le logement mis à disposition. Un avenant à la convention du 25 novembre 2018 a été signé à cet effet le 6 juin 2019. Par un acte signifié par voie d'huissier le 11 mai 2021, la commune de Francaltroff a exigé le paiement par Mme A de la somme de 7 419,58 euros correspondant aux montants cumulés des redevances mensuelles impayées. Par la présente requête, le maire de la commune doit être regardé comme demandant au tribunal de constater la résiliation de la convention, d'ordonner en conséquence à Mme A d'évacuer le domaine public et d'autoriser la commune à procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique, de la condamner à payer la somme de 8 888,88 euros avec intérêts au taux légal à compter du jugement au titre des redevances mensuelles impayées et de la condamner en outre à payer une indemnité d'occupation d'un montant de 441,92 euros par mois à compter du 11 juillet 2021, soit deux mois après la date de signification du commandement de payer les arriérés de redevances.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Selon les dispositions de l'article L. 2331-1 du code général de la propriété des personnes publiques, sont portées devant la juridiction administrative les litiges relatifs aux autorisation ou contrats comportant occupation du domaine public, quelle que soit leur forme ou leur dénomination, accordées ou conclus par les personnes publiques ou leurs concessionnaires. Aux termes de l'article L. 2111-1 du même code : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".

3. Il ne résulte pas de l'instruction que, avant l'entrée en vigueur du code général de la propriété des personnes publiques, le logement appartenant à la commune de Francaltroff et donné en location à Mme A par la convention du 25 novembre 2018 était affecté à un service public et avait fait l'objet d'un aménagement spécial en vue du service public auquel il aurait été destiné. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que ce bien aurait fait l'objet depuis le

1er juillet 2006 d'un aménagement indispensable à l'exécution d'une mission de service public. Dans ces conditions, le bien en cause ne peut être regardé comme faisant partie du domaine public de la collectivité. La convention susmentionnée ne comporte par ailleurs aucune clause exorbitante du droit commun. Si la commune de Francaltroff fait valoir que le logement loué à Mme A appartient au domaine public au seul motif que les parties ont entendu donner un caractère administratif au contrat de location qui les lie, les éléments qu'elle produit ne permettent pas de retenir l'appartenance du bien au domaine public ni le caractère administratif de la convention. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du litige relatif à l'occupation irrégulière de ce logement par Mme A.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Francaltroff est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Francaltroff et à Mme C A. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Iggert, président,

M. Bouzar, premier conseiller,

Mme Jordan-Selva, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La rapporteure,

Stéphanie JORDAN-SELVA

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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