lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2200387 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHEBBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 janvier 2022 et le 28 mars 2024, M. F B, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle la directrice territoriale adjointe de Metz de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer sans délai l'allocation pour demandeur d'asile à partir du 10 février 2021, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- la compétence de la signataire de la décision n'est pas établie ;
- l'OFII ne justifie pas qu'il a effectivement bénéficié d'un examen de sa vulnérabilité ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- il n'a pas été tenu compte des éléments de vulnérabilité de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas compatible avec les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Le directeur général de l'OFII fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- et les observations de Me Chebbale, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant nigérian né en 1976, a présenté une demande d'asile enregistrée le 15 juillet 2015. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 mars 2016 et par la Cour nationale du droit d'asile le 13 février 2017. M. B a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 10 février 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Cette décision a été suspendue par ordonnance du juge des référés le 11 mai 2021, puis annulée par un jugement du tribunal du 1er octobre 2021. Après avoir réexaminé la situation de M. B, par une nouvelle décision du 20 juillet 2021, la directrice territoriale adjointe de Metz de l'OFII a refusé à l'intéressé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision du 20 juillet 2021.
2. Aux termes de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure ". Aux termes de l'article R. 531-35 du même code : " Lorsque dans les cas et conditions prévues à l'article L. 531-41, la personne intéressée entend présenter une demande de réexamen, elle doit procéder à une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent ".
3. Il résulte des dispositions précitées qu'une demande de réexamen constitue une nouvelle demande d'asile. Par suite, la légalité d'une décision refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à un étranger dans le cadre d'une demande de réexamen, doit être appréciée à la date de son édiction.
4. En premier lieu, par une décision du 1er mai 2021, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme E D et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme C A, à l'effet de signer la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence de sa signataire doit dès lors être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ". Aux termes de l'article R. 522-2 du même code : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".
6. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié d'un entretien le 10 février 2021 afin d'évaluer sa vulnérabilité. Dès lors, il ne peut utilement soutenir que les échanges de courriels en juillet 2021 entre l'OFII et la SPADA 54 ne sauraient constituer un tel entretien aux fins d'évaluation de sa vulnérabilité. Par ailleurs, M. B ne saurait davantage utilement soutenir qu'il a produit des documents à caractère médical et se prévaloir des dispositions précitées de l'article R. 522-2 du code. A cet égard, il ressort des pièces du dossier qu'il a produit à la SPADA 54, et non à l'OFII lors de l'entretien dont il a bénéficié, des éléments médicaux constitués d'un " bilan diabète " du 25 janvier 2019, d'un bilan hématologique et chimique du 11 juillet 2018 et d'une ordonnance du 13 septembre 2019. Enfin, s'il soutient que l'avis du médecin coordonnateur de zone a été émis le 6 décembre 2021, cet avis a été sollicité et examiné dans le cadre d'une autre procédure ayant abouti à une décision en date du 7 janvier 2022. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, la décision attaquée, qui est suffisamment motivée, a tenu compte de la situation personnelle et familiale de M. B en mentionnant que, après l'entretien d'évaluation ayant précédé la première décision du 10 février 2021, il ne présentait pas de vulnérabilité particulière, l'intéressé ayant déclaré bénéficié d'un hébergement stable chez sa compagne et mère de ses deux enfants, et qu'après réexamen de sa situation, aucun élément n'avait été apporté, la SPADA 54 ayant confirmé qu'il ne présentait aucune difficulté concernant sa santé et qu'il était toujours hébergé dans les mêmes conditions que celles évoquées en février 2021.
8. En quatrième lieu, il résulte du point 3 que les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers s'appliquaient à M. B et non celles antérieures à l'entrée en vigueur, le 1er mai 2021, de la recodification du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ".
10. Il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que l'OFII aurait agi en situation de compétence liée.
11. En sixième lieu, si M. B fait valoir que son épouse bénéficiait d'un titre de séjour pour soins qui n'a toutefois pas été renouvelé, qu'elle n'a pas payé ses loyers de février 2021 à octobre 2021, et qu'ils ont deux enfants, nés en 2012 et en 2019, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui n'a pas fait part d'une vulnérabilité particulière le concernant, n'a pas sollicité le bénéfice d'un hébergement d'urgence et n'a pas composé le 115 depuis sa prise en charge par la SPADA 54. Il ne produit pas par ailleurs les documents médicaux évoqués au point 6. Enfin, les deux certificats médicaux produits concernant sa compagne se bornent à mentionner que son état de santé nécessite un suivi cardiologique régulier et qu'elle souffre d'hypertension artérielle. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En septième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".
13. Il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.
14. En huitième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour objet ou pour effet d'exposer M. B aux traitements et peines prohibés par les stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour obtenir le bénéficie des conditions matérielles d'accueil.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, y compris ses conclusions d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et aux dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Chebbale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2200387
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026