mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2200418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | EHUENI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier et 18 juin 2022, M. C A, représenté par Me Ehueni, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 mai 2021 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport français à l'enfant D ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de délivrer à l'enfant D une carte nationale d'identité et un passeport français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;
-elle est entachée d'erreur de fait, les pièces requises pour les documents d'identité demandés ayant été fournies ;
-elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 18 du code civil, de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité et de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports électroniques ;
-elle viole la liberté d'aller et venir et le droit à une vie privée et familiale normale ;
-les critères retenus par le préfet pour établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité, à savoir que la mère de l'enfant et lui ont eu des réponses divergentes aux questions posées lors de leur entretien par le référent fraude départemental, l'absence de communauté de vie entre lui et la mère de l'enfant, le fait que la mère de l'enfant était enceinte lorsqu'elle est entrée en France, qu'elle ne dispose pas de droit au séjour, qu'il ne participe pas réellement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant et qu'il a reconnu l'enfant de manière anticipée, sont insuffisants pour refuser la délivrance des documents d'identité demandés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports électroniques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Klipfel ;
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1.Le 23 juillet 2020, Mme B, ressortissante ivoirienne, a déposé une demande de carte nationale d'identité et de passeport français pour sa fille D, née le 27 décembre 2019 à Mulhouse. Par une lettre du 17 août 2020, le pôle fraude du centre d'expertise et de ressources des titres (CERT) a informé M. A, de nationalité française, que l'instruction de la demande de Mme B avait fait naître un doute sur la réalité du lien l'unissant à l'enfant Ajda-Ucel. Par une décision du 19 mai 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Moselle a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport français à l'enfant Ajda-Ucel.
2. En premier lieu, par un arrêté du 31 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle le 4 janvier 2021, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. Olivier Delcayrou, secrétaire général de la préfecture de la Moselle, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions prises en matière de refus de délivrance des documents d'identité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Moselle se soit fondé sur l'absence de certains documents lors de la demande des titres d'identité pour refuser la délivrance de ceux-ci. Par conséquent ce moyen est inopérant.
4. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 susvisé instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande (). ". Le II de l'article 4 du même décret dispose que : " La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au c du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. / Lorsque l'extrait d'acte de naissance mentionné à l'alinéa précédent ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, la carte nationale d'identité est délivrée sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française. (). ". Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 susvisé : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". L'article 30 du même code dispose que : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". En outre, aux termes de l'article 310-1 du même code : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété (). ". Enfin, aux termes du 1er alinéa de l'article 316 de ce code : " Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. (). ".
6. Pour l'application de l'ensemble de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de carte nationale d'identité. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.
7. Pour refuser la délivrance de la carte nationale d'identité et du passeport, le préfet de la Moselle a estimé que la reconnaissance de paternité souscrite en faveur de la fille mineure de Mme B par M. A présentait un caractère frauduleux. Si M. A est de nationalité française et a reconnu l'enfant Ajda-Ucel le 30 septembre 2019, soit environ trois mois avant sa naissance, les procès-verbaux d'audition de Mme B et du requérant des 16 octobre et 2 décembre 2020 font apparaître des déclarations imprécises et discordantes concernant leur relation. Ainsi, M. A a déclaré ne pas savoir où il se trouvait en février-mars 2019 au moment de la conception de l'enfant. Il ressort également du procès-verbal d'audition de Mme B que M. A se serait montré heureux à l'annonce de sa grossesse et qu'il lui aurait demandé de venir le rejoindre en France, alors qu'il ressort de l'entretien du requérant que sa relation avec Mme B aurait pris fin à l'annonce de la grossesse. Enfin, il ressort des procès-verbaux d'audition de Mme B et du requérant des déclarations discordantes sur les sommes versées par M. A pour l'entretien et l'éducation de l'enfant. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, au vu de ces différents éléments, le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité est suffisamment établi par l'administration. Par suite, le préfet a pu à bon droit estimer qu'il existait un doute sur le lien de filiation entre l'enfant et son père déclaré sans qu'il soit besoin d'examiner les autres circonstances prises également en considération par le préfet pour prendre la décision en litige. Il s'ensuit que le préfet a pu légalement, sans méconnaître les dispositions de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 et de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005, refuser de délivrer la carte nationale d'identité et le passeport demandés pour l'enfant compte tenu des doutes suffisamment sérieux qui pesaient sur la filiation et la nationalité française de ce dernier.
8. En quatrième lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée viole sa liberté d'aller et venir et son droit à mener une vie privée et familiale normale.
9. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de ce que les critères retenus par le préfet pour établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité reposent sur des faits matériellement contestables et sont insuffisants pour refuser la délivrance des documents d'identité demandés ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentée par M. A ne peuvent qu'être rejetées y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Gros, premier conseiller,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteure,
V. KLIPFEL
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2200418
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026