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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2200436

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2200436

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2200436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Grün, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou subsidiairement un récépissé de demande de titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que les motifs de cette décision ne lui ont pas été communiqués ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 1er décembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Olivier Biget a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 24 juin 1971, est selon ses dires entrée en France le 22 novembre 2020 accompagnée de son fils né le 28 août 2005. Par un courrier du 15 mars 2021 réceptionné le lendemain par les services de la préfecture de la Moselle, elle a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, en se prévalant de sa qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français. La requérante demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

3. Si le silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 12 octobre 2023, le préfet de la Moselle a explicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme B. Il s'ensuit que les conclusions de la requérante dirigées contre la décision implicite née le 16 juillet 2021 du silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur sa demande d'admission au séjour doivent être regardées comme dirigées contre la décision de refus de séjour du 12 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée :

5. En premier lieu, la décision du 12 octobre 2023 contestée énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est ainsi suffisamment motivée. La requérante ne peut, à cet égard, utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 232-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pris de l'absence de communication des motifs de la décision implicite initialement contestée, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la décision expresse du 12 octobre 2023 l'a remplacée.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Moselle a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B avant d'édicter la décision attaquée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En se bornant à soutenir, sans autre précision, qu'elle a établi le centre de ses attaches privées et familiales en France, Mme B ne fait valoir aucun élément circonstancié relatif à sa situation personnelle de nature à lui conférer un droit au séjour. Au surplus, outre que sa présence en France est récente, il est constant que son fils de nationalité française est majeur, elle ne justifie pas de l'intensité de leur relation non plus que de sa prise en charge par celui-ci et elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Albanie, où résident notamment son époux, un autre fils ainsi que ses parents et où elle a vécu l'essentiel de son existence, jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision de refus de séjour contestée n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 décembre 2023.

Le rapporteur,

O. Biget

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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