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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2200466

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2200466

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2200466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCHEBBALE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 janvier et 11 février 2022 sous le n° 2200466, M. A E, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration de le faire bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 19 novembre 2021, dès notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 25 septembre 2020 par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 5 mars 2024, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 23 mars 2022 enregistrée sous le n° 2201522, M. A E, représenté par Me Chebbale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2022 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui faire bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 19 novembre 2021, dès notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 25 septembre 2020 par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 5 mars 2024, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

III - Par une requête enregistrée le 26 décembre 2022 enregistrée sous le n° 2208625, M. A E, représenté par Me Chavkhalov, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 5 mars 2024, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclu au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par des décisions des 14 et 31 mars 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romain Cormier,

- et les conclusions de Mme Hélène Bronnenkant, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant russe, né le 19 août 1986, a présenté une demande d'asile le 13 février 2020 et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par un jugement devenu définitif du 24 mai 2022, le tribunal a rejeté son recours contre la décision du 25 septembre 2020 de l'OFII de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielle d'accueil. Le 24 novembre 2021 M E a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. En l'absence de réponse dans un délai de deux mois, une décision implicite de rejet est intervenue le 24 janvier 2022. Par une décision explicite du 3 décembre 2021, le directeur général de l'OFII a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités les 9 et 27 juillet 2020. Par une ordonnance n° 2200467 du 8 février 2022, le juge des référés du tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a prononcé la suspension de l'exécution de cette décision et a enjoint au défendeur de réexaminer la situation de M. E. Par des décisions des 21 février et 27 octobre 2022, le directeur général de l'OFII a de nouveau refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. E.

2. Les requêtes n° 2200466, 2201522 et 2208625 présentent des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Si M. E sollicite, dans le cadre des requêtes n° 2200466 et 2201522, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par des décisions du président du bureau de l'aide juridictionnelle en date des 14 et 31 mars 2022. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

4. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait présenté une demande d'aide juridictionnelle dans la requête n° 2208625. Par suite, il n'y pas lieu de l'admettre d'office à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le cadre du litige :

6. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 3 décembre 2021, le directeur général de l'OFII a expressément rejeté la demande présentée par M. E le 24 novembre 2021 tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Cette décision lui a été notifiée en lettre recommandée avec accusé de réception. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision implicite de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil née le 24 janvier 2022 doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du directeur général de l'OFII du 3 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 3 décembre 2021 :

7. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, M. E était le père d'un enfant né le 3 mars 2021 et se trouvait dans une situation de grande précarité dépourvu de ressources et d'hébergement. Ainsi, M. E est fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII n'a pas pris en compte sa situation personnelle avant de prendre la décision en litige. Par suite, la décision du 3 décembre 2021 doit être annulée.

En ce qui concerne la décision du 21 février 2022 :

9. En premier lieu, par une décision du 14 octobre 2020, publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme G D, directrice territoriale de Strasbourg, et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme F, adjointe, à l'effet de signer, dans le cadre des instructions qui leur sont données et dans la limite de leurs attributions, tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Strasbourg. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni même n'est allégué que Mme D n'était pas absente ou empêchée à la date d'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier ainsi que des termes mêmes de la décision en litige que l'office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen particulier de la situation de M. E et n'a relevé aucun facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième lieu, par un jugement n° 2007841 du 24 mai 2022, la requête de M. E contre la décision du 25 septembre 2020 par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été rejetée. Par suite M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision du 25 septembre 2020.

13. En cinquième lieu, M. E fait valoir qu'il s'est toujours tenu à la disposition des autorités et qu'il s'est présenté à toutes les convocations qui lui ont été adressées et qu'il est le père d'un enfant né le 3 mars 2021 en France. Toutefois, ainsi que l'a jugé le tribunal dans le jugement n° 2007841 il est constant qu'une convocation à un rendez-vous fixé au 27 juillet 2020 lui a été envoyée par courrier le 10 juillet 2020 à sa dernière adresse connue et que ce courrier est resté disponible au bureau de poste pendant une durée de 15 jours pour être retiré. Par conséquent, cette convocation doit être regardée comme lui ayant été régulièrement notifiée. Dans ces conditions, M. E ne peut qu'être regardé comme ne s'étant pas présenté aux autorités chargées de l'asile après une convocation régulière. De plus, alors que son enfant était âgé d'un an à la date de la décision en litige, le réexamen de sa situation de vulnérabilité du 16 février 2022 n'a pas révélé une situation de vulnérabilité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'office français de l'immigration et de l'intégration aurait entaché sa décision de suspension des conditions matérielles d'accueil d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision du 27 octobre 2022 :

14. En premier lieu, par une décision du 30 mars 2022, publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme G D, directrice territoriale de Strasbourg, et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. B C, adjoint, à l'effet de signer, dans le cadre des instructions qui leur sont données et dans la limite de leurs attributions, tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Strasbourg. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni même n'est allégué, que Mme D n'était pas absente ou empêchée à la date d'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

16. Pour les mêmes raisons qu'au point 10 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 551-16 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2201522 et 2208625 présentées par M. E ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Les conclusions à fin d'annulation des décisions des 21 février et 27 octobre 2022 ayant été rejetées, l'annulation de la décision du 3 décembre 2021 n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais des litiges :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. E tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle dans les requêtes n° 220466 et 2201522.

Article 2 : La décision du 3 décembre 2021 du directeur général de l'OFII est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Chebbale et au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

A. Laubriat

La greffière,

B. Delage

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,, 2201522, 2208625

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