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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2200517

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2200517

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2200517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantZOUAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Metallux, représentée par Me Zouaoui, demande au tribunal d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est a prononcé à son encontre cinq amendes administratives en application des articles L. 8291-1 et R. 8293-1 du code du travail d'un montant total de 4 000 euros, ou, à titre subsidiaire, d'en réduire le montant.

Elle soutient que :

- la décision méconnait l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration aurait pu notifier un avertissement.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le droit à l'erreur n'est pas applicable à l'action de l'inspection du travail et aux sanctions prononcées par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail ;

- il a pris en compte les circonstances particulières de l'espèce puisqu'une amende de 800 euros par salarié a été infligée alors que l'amende maximale est de 2 000 euros par salarié ;

- il ne pouvait pas légalement émettre un simple avertissement, car l'article L. 8291-2 du code du travail l'en empêche.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Devys, rapporteure publique ;

- les observations de M. A, représentant la DREETS du Grand-Est.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 mars 2021, lors d'un contrôle réalisé au sein d'un chantier " shopping cœur d'Alsace ", sur les communes de Reichstett et Vendenheim, un agent de contrôle de l'inspection du travail a constaté qu'aucun des cinq salariés ne disposait de sa carte d'identification des salariés du bâtiment et travaux publics (CI-BTP). Par courrier du 17 mars 2021, la société requérante a été informée qu'il avait été constaté que cinq de ses salariés n'ont pas été en mesure de présenter leur carte CI-BTP. Le 31 août 2021, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi a informé la SARL Metallux de son intention de lui infliger une amende pour les manquements constatés. Par la décision contestée du 26 novembre 2021, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est a prononcé une sanction administrative d'un montant de 4 000 euros à l'encontre de la société Metallux.

Sur le bien-fondé de la sanction :

2. La sanction administrative d'un montant de 4 000 euros a été prononcée à l'encontre de la SARL Metallux au motif que cinq de ses salariés n'avaient pas de carte d'identification des salariés du bâtiment et travaux publics (CI-BTP) prévue par les articles L. 8291-1 et R. 8293-1 du code du travail, lors du contrôle réalisé le 13 mars 2021, et qu'aucune carte à leur nom n'existait à cette date.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. / Les premier et deuxième alinéas ne sont pas applicables : 1° Aux sanctions requises pour la mise en œuvre du droit de l'Union européenne ; 2° Aux sanctions prononcées en cas de méconnaissance des règles préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement ; 3° Aux sanctions prévues par un contrat ; 4° Aux sanctions prononcées par les autorités de régulation à l'égard des professionnels soumis à leur contrôle. ".

4. Il résulte de l'instruction que la société requérante a été mise à même les 17 mars 2021 et le 3 mai 2021 de communiquer à la DREETS une copie de la carte d'indentification professionnelle de chacun des salariés dont la présence a été constatée sur le chantier le 13 mars 2021. Elle n'a jamais répondu à ces demandes. Il résulte également de l'instruction que l'entreprise n'a pas non plus délivré à ses salariés leur carte d'identification professionnelle du BTP. La SARL Metallux n'ayant pas régularisé sa situation de sa propre initiative ou dans le délai fixé par l'administration, elle ne peut donc soutenir avoir cherché à régulariser sa situation. Par suite, elle n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration aurait été méconnu.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 8291-2 du code du travail : " En cas de manquement à l'obligation de déclaration mentionnée à l'article L. 8291-1, l'employeur ou, le cas échéant, l'entreprise utilisatrice est passible d'une amende administrative. / Le manquement est passible d'une amende administrative, qui est prononcée par l'autorité administrative compétente sur le rapport motivé d'un agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1 ou d'un agent mentionné au 3° de l'article L. 8271-1-2. / Le montant maximal de l'amende est de 4 000 € par salarié et de 8 000 € en cas de récidive dans un délai de deux ans à compter du jour de la notification de la première amende. Le montant total de l'amende ne peut être supérieur à 500 000 €. / Pour fixer le montant de l'amende, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur ainsi que les ressources et les charges de ce dernier. () ". Aux termes de l'article R. 8124-27 du même code : " Lorsqu'il constate des infractions ou des manquements à la réglementation, l'agent de contrôle agit en faisant preuve de discernement et de diligence dans le choix de ses modalités d'action. / Il décide librement des suites à donner à ses interventions et aux constats qu'il a réalisés. Il peut ainsi formuler des conseils ou des observations, saisir l'autorité judiciaire ou engager des suites administratives ".

6. Il ressort des dispositions précitées de l'article R. 8124-27 du code de travail que contrairement à ce que soutient la DREETS, l'agent de contrôle pouvait choisir de ne pas proposer une amende et se contenter d'un avertissement. La SARL Metallux soutient que c'est la première fois qu'elle intervenait sur un tel chantier en France, qu'elle ignorait cette obligation et pensait que le formulaire A1 était suffisant. Elle soutient également qu'elle pensait que les formalités avaient été réalisées par le donneur d'ordre avec qui elle avait contracté. Elle s'engage enfin à se conformer à ses obligations à l'avenir. Il résulte toutefois de l'instruction que contrairement à ses affirmations, la société Metallux était déjà intervenue sur un autre chantier en France au préalable. Il résulte également de l'instruction qu'elle a reconnu la matérialité des faits, que la DREETS lui a, les 17 mars 2021, 20 avril 2021 et 3 mai 2021, demandé de lui communiquer une copie de la carte d'indentification professionnelle de chacun des salariés dont la présence avait été constatée sur le chantier le 13 mars 2021 et que la société n'a jamais répondu à ces demandes. Enfin la SARL Metallux n'a jamais procédé à la déclaration de ses salariés sur le site internet dédié. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui infligeant une amende de 800 euros pour chacun de ses cinq salariés, soit un montant total de 4 000 euros, pour défaut de déclaration en vue de la délivrance de la carte d'identification professionnelle des salariés du bâtiment et des travaux publics et défaut de présentation de ces dites cartes, soit un montant environ trois fois inférieur au montant maximal encouru, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est aurait pris à son encontre une sanction disproportionnée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Metallux n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 novembre 2021 ou la réduction du montant de l'amende prononcée à son encontre.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SARL Metallux au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête présentée par la SARL Metallux est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Metallux et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion. Une copie en sera transmise au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

A. Laubriat

La greffière,

A. Picot

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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