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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2200741

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2200741

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2200741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAMBROSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2022, Mme C A, représentée par Me Ambrosi, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2021 par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse du Grand Est l'a placée en congé de maladie ordinaire du 21 octobre 2019 au 20 octobre 2020 en tant que cette décision ne reconnait pas l'imputabilité au service des arrêts et soins prescrits pour la période en litige ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale et de désigner un expert aux fins, notamment de se prononcer sur l'imputabilité au service des arrêts et soins prescrits du 21 octobre 2019 au 21 octobre 2020 ;

3°) d'enjoindre au directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand Est de prendre, dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, une nouvelle décision reconnaissant l'imputabilité des arrêts et soins prescrits du 21 octobre 2019 au 21 octobre 2020 à l'accident de service du 18 février 2019 et, en conséquence, de procéder à la reconstitution de sa carrière ou à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'administration a commis une erreur d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le Garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva,

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A exerce les fonctions d'éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse au sein de l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) de Sarreguemines depuis le 1er septembre 2014. Le 18 février 2019, elle a été agressée par une mineure dont elle avait la charge dans le cadre de ses fonctions. Le même jour, elle a été placée en arrêt de maladie jusqu'au 21 février suivant étant constaté qu'elle subissait un choc psychologique et était en état de stress aigu. Par un arrêté du 20 février 2019, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 18 février 2019. L'arrêt de travail initial de Mme A a été renouvelé jusqu'au 24 mars 2019, date à laquelle elle a repris ses fonctions avec une prolongation de la prise en charge des soins au titre de l'accident de service jusqu'au

20 mars 2020. Par un arrêté du 3 juin 2019, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est a prolongé pour la période portant du 25 mai 2019 au 21 juin 2019 la prise en charge de l'accident du 18 février 2019 au titre de la législation relative aux accidents de service, en précisant qu'en l'absence d'arrêt de travail pour cette période, celle-ci n'impliquait que la prise en charge des frais médicaux directement entraînés par l'accident. Le 21 octobre 2019, la requérante a été placée en congé de maladie, congé renouvelé jusqu'au 19 octobre 2020. Après avoir recueilli l'avis émis le 20 septembre 2020 par la commission de réforme, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est a, par une décision du

28 septembre 2020, notifiée le 29 septembre suivant, requalifié les congés de maladie de la requérante, à compter du 21 octobre 2019, en congés de maladie ordinaires. Cette décision du

28 septembre 2020 a été annulée pour défaut de motivation en droit par jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 18 novembre 2021. En exécution de l'injonction de réexaminer la situation de Mme A, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est a, par une décision du 7 décembre 2021, placé Mme A en congé de maladie ordinaire à compter du 21 octobre 2019. Mme A demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle ne reconnaît pas l'imputabilité au service des arrêts et soins prescrits pour la période en litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35 ". Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif (). / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

3. D'une part, lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice de ces dispositions est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec l'accident de service. D'autre part, la rechute d'un accident de service se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure. Enfin, la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident initial ouvre les mêmes droits au fonctionnaire que la reconnaissance d'une rechute consécutive à un accident de service.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'en se fondant sur les conclusions du rapport de l'expertise médicale conduite par le docteur B, médecin généraliste, l'administration a fixé à la date non contestée du 18 février 2019 la date de la consolidation de l'état de santé de Mme A à la suite de l'accident de service subi le 18 février 2019 et a fixé au 27 mai 2019 la date de sa guérison. Mme A soutient qu'elle a été victime d'une rechute le 21 octobre 2019 de l'accident de service survenu le 18 février 2019 et que les arrêts de travail dont elle a bénéficié pour la période du 21 octobre 2019 au 21 juin 2020 sont en lien direct avec le service. Toutefois, si les pièces produites par la requérante font état d'une souffrance au travail et de difficultés relationnelles avec sa hiérarchie, il ne ressort pas des certificats médicaux produits que les troubles qu'elle a présentés à compter du 21 octobre 2019 sont en lien direct avec l'accident de service subi le 18 février 2019. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme A a pu présenter, devant la commission de réforme, ses observations écrites, assorties des pièces médicales dont elle entendait se prévaloir. Ces éléments ne permettent pas d'infirmer les constatations du médecin expert, suivies par la commission de réforme. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que le médecin expert aurait manqué d'impartialité ou que l'avis d'un médecin spécialiste aurait été indispensable pour éclairer les membres de la commission de réforme. Les éléments versés par la requérante dans la présente instance ne permettent pas de considérer que les arrêts de travail de Mme A à compter du 21 octobre 2019 relevaient d'une rechute de l'accident de service du 18 février 2019. Par suite, en retenant l'absence de lien direct entre les arrêts de travail fournis depuis le 21 octobre 2019 et l'accident de service du 18 février 2019, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse Grand-Est n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, une somme demandée par Mme A sur le fondement de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au Garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

La rapporteure,

S. JORDAN-SELVA

La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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