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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2200777

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2200777

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2200777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS JPCD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a annulé la décision du 6 décembre 2021 par laquelle le président de l’université de Lorraine avait interdit à M. B, étudiant, l’accès au campus du Saulcy jusqu’au 5 janvier 2022. La juridiction a jugé que cette mesure de police, prise sur le fondement de l’article R. 712-8 du code de l’éducation, devait être précédée d’une procédure contradictoire en application des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. L’université n’ayant pas démontré l’existence d’une urgence ou de circonstances exceptionnelles justifiant une dérogation à cette obligation, la décision a été annulée pour vice de procédure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 février et 22 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Duchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle le président de l'université de Lorraine lui a interdit l'accès aux enceintes et locaux de l'université de Lorraine situés sur le campus du Saulcy jusqu'au 5 janvier 2022 inclus ;

2°) de mettre à la charge de l'université de Lorraine la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est irrégulière faute d'avoir été précédée d'une procédure disciplinaire ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnaît le droit au respect de la présomption d'innocence ;

- les faits justifiant la mesure ne sont pas établis ;

- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article R. 712-8 du code de l'éducation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juin et 16 décembre 2022, l'université de Lorraine conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision contestée a terminé de produire ses effets et l'examen de la requête a ainsi perdu tout intérêt pratique ;

- elle ne constitue pas une sanction mais une mesure de police prise sur le fondement de l'article R. 712-8 du code de l'éducation ;

- l'absence de procédure contradictoire préalable est justifiée par l'urgence et les circonstances exceptionnelles ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, étudiant inscrit en 3ème année de licence d'histoire à l'université de Lorraine au cours de l'année universitaire 2021/2022, a fait l'objet le 6 décembre 2021 d'une décision du président de l'université lui interdisant l'accès aux enceintes et locaux du campus du Saulcy jusqu'au 5 janvier 2022 inclus. Par la présente requête, il conteste la décision ainsi prise à son encontre.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Dès lors que la décision contestée a produit des effets, la circonstance que son exécution soit désormais achevée n'est pas de nature à priver la présente requête de son objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ". L'article L. 211-2 du même code dispose enfin que : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

4. D'autre part, l'article R. 712-1 du code de l'éducation dispose que : " Le président d'université est responsable de l'ordre et de la sécurité dans les enceintes et locaux affectés à titre principal à l'établissement dont il a la charge. () ". Aux termes de l'article R. 712-8 du même code : " En cas de désordre ou de menace de désordre dans les enceintes et locaux définis à l'article R. 712-1, l'autorité responsable désignée à cet article en informe immédiatement le recteur chancelier. / Dans les cas mentionnés au premier alinéa : / 1° La même autorité peut interdire à toute personne et, notamment, à des membres du personnel et à des usagers de l'établissement ou des autres services ou organismes qui y sont installés l'accès de ces enceintes et locaux. () ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que l'interdiction, faite par le président d'une université à un usager, d'accéder à l'enceinte et aux locaux universitaires, constitue une mesure de police et doit, par suite, faire l'objet d'une procédure contradictoire préalable.

6. L'université de Lorraine, qui n'établit pas qu'une telle procédure contradictoire a été mise en œuvre préalablement à l'édiction de la décision contestée, soutient que cette dernière a été prise en urgence et au regard des circonstances exceptionnelles. Elle invoque le caractère particulièrement grave des faits reprochés, à savoir la tenue de propos racistes, antisémites et homophobes sur un groupe de discussion en ligne, et les craintes des étudiants et personnels. Toutefois, ces circonstances, en l'absence d'autre précision et alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'université en a pris connaissance au moins plusieurs jours avant de prendre la décision contestée, ne permettent pas de caractériser une situation d'urgence ou des circonstances exceptionnelles telles que cette décision ait pu être prise sans chercher à obtenir au préalable les observations de l'intéressé. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 6 décembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du président de l'université de Lorraine du 6 décembre 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'université de Lorraine.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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