mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2200810 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VUILLEMIN CORINNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, Mme C A, représentée par
Me Vuillemin, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'ordonner avant-dire droit une mesure d'expertise médicale et de réserver ses droits dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise ;
2°) d'annuler la décision du 30 novembre 2021, par laquelle la rectrice de l'académie de Strasbourg a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail consécutifs à l'évènement survenu le 10 mai 2021 et l'imputabilité au service de sa pathologie ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur le refus de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail consécutifs à l'évènement survenu le 10 mai 2021 :
- le signalement pour harcèlement scolaire effectué le 10 mai 2021 par la mère d'une élève de sa classe a constitué un évènement soudain et brutal, dont il est résulté un état
anxio-dépressif ;
- cet évènement, survenu à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, présente le caractère d'un accident de service.
Sur le refus de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie :
- la pathologie dont elle souffre est imputable et liée à son activité professionnelle ;
- la poursuite des soins plusieurs mois après les faits et l'ancienneté de l'expertise précédemment réalisée justifient la prescription avant-dire droit d'une nouvelle expertise médicale, afin de déterminer le caractère professionnel de l'affection et le taux d'incapacité permanente partielle dont elle est atteinte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, le recteur de l'académie de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
Par ordonnance du 31 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 5 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,
- et les observations de M. B, représentant le recteur de l'académie de Strasbourg.
Mme A, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, professeure des écoles, exerçait durant l'année scolaire 2020/2021 au sein de l'établissement scolaire Jacques Prévert à Dietwiller. Le 10 mai 2021, la mère d'une élève de sa classe a effectué un signalement pour harcèlement scolaire auprès de la direction académique des services de l'éducation nationale et de l'inspection académique en mettant en cause d'autres élèves de l'établissement. À la suite de cet évènement, Mme A a été placée en arrêt de travail pour un syndrome anxio-dépressif réactionnel du 14 au 31 mai 2021, renouvelé jusqu'au 18 décembre 2021. Par une décision du 30 novembre 2021, dont Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation, la rectrice de l'académie de Strasbourg, faisant sien l'avis défavorable de la commission de réforme du Haut-Rhin en date du 18 novembre 2021, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail et la pathologie de la requérante comme une maladie professionnelle.
Sur la décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail :
2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".
3. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, caractérisé par sa violence et sa soudaineté, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de
celle-ci. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.
4. En l'espèce, Mme A soutient que le signalement pour harcèlement scolaire effectué le 10 mai 2021 par la mère d'une élève de sa classe à l'encontre d'autres élèves, a généré le syndrome anxio-dépressif dont elle souffre et constitue un accident de service. Il ressort du rapport d'expertise médicale réalisée le 29 juin 2021 que Mme A a présenté, à compter du mois de mai 2021, une symptomatologie anxio-dépressive réactionnelle à ses conditions de travail. Si la dégradation de l'état de santé de la requérante est d'origine professionnelle, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'elle résulterait d'un évènement soudain ayant causé une lésion psychique. Les comptes-rendus d'année scolaire produits aux débats établissent que durant l'année scolaire 2020/2021, Mme A s'est particulièrement investie dans la prise en charge d'une élève, présentant un trouble déficitaire de l'attention et dont la gestion du comportement s'est révélée compliquée et usante au quotidien. Dans ce contexte, le signalement pour harcèlement scolaire déposé le 10 mai 2021 par la mère de cette élève que Mme A s'est épuisée à encadrer et assister, et qui n'était pas dirigé contre elle mais à l'encontre d'autres élèves de la classe, ne saurait être regardé comme un évènement soudain et violent permettant de le qualifier d'accident imputable au service. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la rectrice de l'académie de Strasbourg a refusé à tort de reconnaître l'imputabilité au service de l'évènement survenu le
10 mai 2021 et la prise en charge des arrêts de travail subséquents au titre de l'accident de service.
Sur la décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie :
5. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au présent litige : " IV. - Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État. " L'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale dispose que : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".
6. Il résulte des dispositions précitées du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 que la reconnaissance de l'imputabilité au service d'une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles est subordonnée à la réalisation de deux conditions cumulatives, tenant, d'une part, à ce que la pathologie présente un lien essentiel et direct avec l'exercice des fonctions et, d'autre part, à ce qu'elle entraîne une incapacité correspondant à un taux déterminé.
7. Le syndrome anxio-dépressif développé par Mme A à compter du mois de mai 2021 ne relève pas des tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Par ailleurs, si l'expertise médicale réalisée le 29 juin 2021 relève l'existence d'un lien de cause à effet entre la pathologie développée par Mme A et l'exercice de ses fonctions, elle écarte en revanche l'existence d'une incapacité permanente partielle au moins égale à 25 %. Pour contester ce dernier point, Mme A produit aux débats un certificat de suivi psychologique en date du 15 octobre 2021, attestant de la nécessité de poursuivre un soutien psychologique, ainsi qu'un certificat médical de son médecin généraliste en date du
8 novembre 2021, établi sur la base de ses seules déclarations et se bornant à mentionner qu'elle " présente une dépression réactionnelle faisant suite à une situation professionnelle ". Alors que la commission de réforme du Haut-Rhin a, dans sa séance du 18 novembre 2021, émis un avis défavorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle en l'absence d'incapacité permanente au moins égale à 25 %, les éléments précités dont se prévaut la requérante, qui ne font pas état de séquelles d'une particulière gravité ni en tout état de cause de l'existence d'une incapacité permanente partielle au moins égale à 25%, ne permettent pas de remettre sérieusement en cause les conclusions de l'expertise médicale et de justifier la prescription d'une nouvelle expertise. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de son état de santé, la rectrice de l'académie de Strasbourg a méconnu les dispositions légales citées au point 5.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit une nouvelle expertise médicale, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.
La rapporteure,
C. VICARD
La présidente,
A. DULMET Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026