lundi 3 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2200876 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GUYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 23 février 2022, Mme B D, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la directrice du groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA) l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la covid-19, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au GHRMSA de procéder à sa réintégration ou, subsidiairement, au réexamen de sa situation, et de lui verser sa rémunération, y compris de manière rétroactive, dans tous ses éléments et accessoires, sous astreinte de 400 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du GHRMSA une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- elle n'est pas un personnel soignant soumis à l'obligation vaccinale en raison de sa profession, dès lors qu'elle n'exerce pas au contact des personnes vulnérables et des personnels soignants, au surplus dans un bâtiment distinct des lieux de soins ;
- la décision de suspension est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle était placée en arrêt de maladie et ne pouvait faire l'objet d'une suspension ;
- elle méconnaît le champ d'application de l'obligation vaccinale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article 82 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, dès lors que la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline n'a pas été saisie préalablement à la sanction qui lui a été infligée ;
- la décision de suspension en litige ne respecte pas le principe des droits de la défense et les articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et méconnaît les dispositions des articles 12, 13 et 14 de la loi du 5 août 2021, dès lors qu'elle était rétablie et devait être réintégrée ; par voie de conséquence, l'administration a commis une erreur de droit en n'abrogeant pas la décision attaquée, en méconnaissance des articles L. 242-2 et L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision constitue une sanction disciplinaire déguisée ;
- elle méconnaît l'article 81 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- elle méconnaît l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la décision constitue une mesure de police administrative illégale car disproportionnée ;
- elle porte atteinte au principe de continuité du service public hospitalier ;
- elle méconnaît le principe d'égalité ;
- elle constitue une discrimination illégale ;
- elle méconnaît les articles 2, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le droit à la santé et le principe de respect de l'intégrité physique du corps humain ;
- elle méconnaît le principe de précaution posé par l'article 5 de la charte de l'environnement ;
- elle méconnaît le droit au respect du secret médical ;
- elle méconnaît la liberté individuelle garantie par l'article 66 de la Constitution ;
- elle méconnaît la liberté d'entreprendre et la liberté du commerce et de l'industrie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 avril et 15 juillet 2022, le GHRMSA, représenté par la SELARL CM. Affaires publiques, conclut au non-lieu à statuer en raison du retrait de la décision attaquée et à ce que le tribunal ordonne à Mme D de communiquer le décompte des indemnités journalières qu'elle a perçues pour la période du 14 septembre 2021 au 20 mars 2022.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par un courrier du 3 février 2025, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de relever d'office le moyen tiré de ce qu'il n'entre pas dans l'office du juge de faire droit à des conclusions présentées à titre principal telles celles présentées pour le compte du GHRMSA tendant à ce qu'il soit enjoint à Mme D de communiquer le décompte des indemnités journalières qu'elle a perçues pendant la période du 14 septembre 2021 au 20 mars 2022.
Le 6 février 2025, Mme D a présenté ses observations au courrier du 3 février 2025 du tribunal, ainsi qu'un mémoire complémentaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 2021-1059 du 7 aout 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Laetitia Kalt,
- les conclusions de M. Laurent Guth,
- et les observations de Me Le Tily, représentant le GHRMSA.
Une note en délibéré a été enregistrée pour le compte de Mme D le 12 février 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, médecin au sein du GHRMSA, demande au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la directrice du groupe hospitalier l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 15 septembre 2021, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la covid-19, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 13 avril 2022, la directrice du GHRMSA a retiré la décision du 15 septembre 2021 en tant qu'elle a suspendu la requérante de ses fonctions avec effet immédiat, alors qu'elle était en arrêt de travail à cette date. Par une décision du 14 avril 2022, la directrice du GHRMSA a précisé que la décision du 15 septembre 2021 était retirée, en tant qu'elle a produit des effets jusqu'au 20 mars 2022, date à partir de laquelle Mme D n'a plus produit d'arrêt de travail. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 15 septembre 2021, en tant qu'elles portent sur la période du 15 septembre 2021 au 20 mars 2022.
3. En revanche, la décision attaquée ayant continué à produire ses effets au-delà du 20 mars 2022, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ne sont pas privées d'objet, en tant qu'elles portent sur la période postérieure à cette date. Par suite, le GHRMSA n'est pas fondé à soutenir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur l'ensemble de la requête de Mme D et l'exception de non-lieu soulevée en ce sens doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique / () / II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. / Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 ".
5. Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1° ".
6. Aux termes du I de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret ". Aux termes du III de cet article : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
7. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il résulte des dispositions précitées de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire que la suspension susceptible d'être prononcée par son employeur s'accompagne d'une suspension de rémunération. Mme A C, nommée directrice du GHRMSA par un arrêté du 4 décembre 2018 du centre national de gestion des praticiens et directeurs de la fonction publique hospitalière, était donc bien compétente pour suspendre Mme D de ses fonctions avec privation de rémunération. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision du 15 septembre 2021 vise la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, et notamment ses articles 12, 13 et 14. En outre, en précisant que Mme D est suspendue jusqu'à la production de justificatifs prévus par le I de l'article 13 de cette loi, elle met l'intéressée à même de comprendre les considérations de faits tirées du non-respect de l'obligation vaccinale sur laquelle elle se fonde. Dans ces conditions, elle est suffisamment motivée et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
9. En troisième lieu, en adoptant, pour l'ensemble des personnes exerçant leur activité dans les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique, à l'exception de celles y effectuant une tâche ponctuelle, le principe d'une obligation vaccinale à compter du 15 septembre 2021, le législateur a entendu, dans un contexte de progression rapide de l'épidémie de covid-19 accompagné de l'émergence de nouveaux variants et compte tenu d'un niveau encore incomplet de la couverture vaccinale de certains professionnels de santé, garantir le bon fonctionnement des services hospitaliers publics grâce à la protection offerte par les vaccins disponibles et protéger, par l'effet de la moindre transmission du virus par les personnes vaccinées, la santé des personnes qui y étaient hospitalisées. Il en résulte que l'obligation vaccinale prévue par les dispositions législatives citées au point précédent s'impose à toute personne travaillant régulièrement au sein de locaux relevant d'un établissement de santé mentionné à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique, quel que soit l'emplacement des locaux en question et que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des personnes hospitalisées ou des professionnels de santé.
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D exerçait, à la date de la décision attaquée, les fonctions de médecin assistante spécialiste au sein du GHRMSA, qui relève des établissements dont les personnels sont soumis à l'obligation vaccinale prévue par le a) du 1° du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021, sans que la circonstance qu'elle exerçait ses fonctions dans un bâtiment distinct et sans lien direct avec des patients puisse y faire obstacle. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
11. En quatrième lieu, si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
12. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a été placée en congé de maladie le 14 septembre 2021. La décision de suspension attaquée du 15 septembre 2021 ne pouvait donc être d'effet immédiat et devait voir son entrée en vigueur différée au terme du congé de maladie. Il ressort toutefois également des pièces du dossier que par une décision du 14 avril 2022, la directrice du GHRMSA a retiré la décision du 15 septembre 2021, en tant qu'elle a produit des effets jusqu'au 20 mars 2022. Par suite, Mme D, qui n'établit pas avoir été en arrêt de travail postérieurement au 20 mars 2022, n'est pas fondée à soutenir que l'administration a méconnu les conséquences juridiques attachées à son congé de maladie. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
13. En cinquième lieu, lorsque l'autorité administrative suspend un agent public de ses fonctions ou de son contrat de travail en application de la loi du 5 août 2021 et interrompt, en conséquence, le versement de sa rémunération, elle se borne à constater que l'agent ne remplit plus les conditions légales pour exercer son activité, sans prononcer de sanction. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision attaquée constituerait une sanction disciplinaire, qu'elle méconnaîtrait à ce titre les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, celles des articles 81 et 82 de la loi du 9 janvier 1986, et qu'elle serait constitutive d'une sanction disciplinaire déguisée, ne peuvent être utilement soulevés et doivent être écartés.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Le dernier alinéa de l'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents ".
15. La requérante ne saurait utilement soutenir que la décision en litige aurait dû être soumise à une procédure contradictoire préalable en vertu des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du même code, et dès lors également que cette décision n'est pas prise en considération de la personne. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
16. En septième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que celle-ci serait fondée sur la circonstance que la requérante s'opposerait par principe à la vaccination. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
17. En huitième lieu, si la requérante se prévaut d'un certificat de rétablissement, établi à la suite d'un résultat de test positif à la covid-19 le 4 février 2022, celui-ci est, d'une part, postérieur à la décision attaquée et demeure donc sans incidence sur sa légalité. D'autre part, si Mme D soutient que le GHRMSA aurait dû abroger cette décision, puisqu'elle aurait sollicité la levée de la suspension ainsi que la reprise de ses fonctions à compter du 14 février 2022, cette circonstance demeure également sans incidence sur la légalité de la décision de suspension, qui est la seule attaquée dans la présente requête, à l'exclusion de toute décision de refus d'abrogation ou de réintégration qu'aurait ultérieurement pu prendre le GHRMSA. Enfin, il n'est pas contesté que Mme D était en arrêt de travail jusqu'au 20 mars 2022 et n'était donc pas en mesure de reprendre ses fonctions le 14 février 2022. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
18. En neuvième lieu, dès lors que la décision de suspension en litige est prise en exécution de l'obligation vaccinale prévue aux articles 12, 13 et 14 de la loi du 5 août 2021 et ne constitue pas une mesure de police, Mme D ne peut utilement soutenir que cette mesure ne serait ni justifiée, ni nécessaire, ni proportionnée au risque contre lequel elle entend lutter.
19. En dixième lieu, Mme D soutient que la décision attaquée, en lui opposant les exigences de l'obligation de vaccination contre la Covid-19, méconnaîtrait le droit à la santé énoncé à l'article 11 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, le principe constitutionnel d'égalité garanti par les articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, le principe de précaution énoncé à l'article 5 de la Charte de l'environnement, la liberté individuelle telle que protégée par l'article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958 et qu'elle porterait atteinte aux principes constitutionnels d'égalité, de continuité du service public et de respect de l'intégrité physique et du corps humain, ainsi que la liberté d'entreprendre constitutionnellement garantie.
20. Toutefois, dès lors que cette décision se borne à faire application des dispositions de la loi du 5 août 2021, de tels moyens reviennent en réalité à contester la constitutionnalité de ces dispositions législatives. Or, en dehors des cas et conditions prévus par le chapitre II bis du titre II de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, relatif à la question prioritaire de constitutionnalité, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la constitutionnalité de la loi.
21. En onzième lieu, la requérante fait valoir que la décision litigieuse porte atteinte au principe d'égalité et constitue une discrimination au sens de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 1er du protocole n° 12 à ladite convention, du règlement n° 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 et de la résolution n° 2361 adoptée le 27 janvier 2021 par l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et du règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021.
22. Toutefois, d'une part, le principe de non-discrimination édicté par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne concerne que la jouissance des droits et libertés que cette convention et ses protocoles additionnels reconnaissent. Il appartient à toute personne qui se prévaut de la violation de ce principe d'invoquer devant le juge le droit ou la liberté dont la jouissance serait affectée par la discrimination alléguée. Pour justifier d'une discrimination, au sens de l'article 14 précité, Mme D ne saurait utilement se prévaloir de l'article 1er du protocole n° 12 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'a pas été ratifié par la France.
23. D'autre part, la résolution n° 2361, adoptée par le Conseil de l'Europe le
27 janvier 2021 ne constitue qu'une simple recommandation dépourvue par elle-même de force contraignante, et ne saurait être utilement invoquée.
24. Enfin, le règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du
14 juin 2021, pris dans le cadre de l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, n'est applicable qu'aux déplacements entre les Etats membres de l'Union européenne et ne porte pas atteinte aux compétences des Etats membres en matière de définition de la politique sanitaire, conformément au paragraphe 7 de l'article 168 du même traité. Le moyen tiré de la méconnaissance de ce règlement est donc inopérant.
25. En douzième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ".
26. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les vaccins contre la Covid-19 administrés en France ont fait l'objet d'une autorisation conditionnelle de mise sur le marché de l'Agence européenne du médicament qui procède à un contrôle strict des vaccins afin de garantir que ces derniers répondent aux normes européennes en matière de sécurité, d'efficacité et de qualité et soient fabriqués et contrôlés dans des installations agréées et certifiées. Contrairement à ce qui est soutenu, les vaccins ne sauraient dès lors être regardés comme en phase expérimentale. D'autre part, si la requérante fait valoir que la limitation des possibilités de contre-indications individuelles porterait une atteinte potentielle à ce droit en aggravant l'état de santé de certaines personnes, elle ne l'établit pas. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
27. En treizième lieu, la méconnaissance de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui consacre le droit à la liberté et à la sûreté, ne peut être utilement invoquée dans le cadre du présent litige, l'obligation vaccinale n'ayant pas pour effet de priver l'intéressée de son droit à la liberté ou à la sûreté au sens de ces stipulations. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
28. En quatorzième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
29. Une vaccination obligatoire constitue une ingérence dans ce droit, qui peut être admise si elle remplit les conditions du paragraphe 2 de l'article 8 et, notamment, si elle est justifiée par des considérations de santé publique et proportionnée à l'objectif poursuivi. Il doit ainsi exister un rapport suffisamment favorable entre, d'une part, la contrainte et le risque présentés par la vaccination pour chaque personne vaccinée et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu tant pour cet individu que pour la collectivité dans son entier, y compris ceux de ses membres qui ne peuvent être vaccinés en raison d'une contre-indication médicale, compte tenu à la fois de la gravité de la maladie, de son caractère plus ou moins contagieux, de l'efficacité du vaccin et des risques ou effets indésirables qu'il peut présenter.
30. En instituant une obligation vaccinale à l'égard des personnels exerçant dans un établissement, le législateur a entendu éviter la propagation du virus par les professionnels de la santé dans l'exercice de leur activité et protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19. Mme D ne remet pas en cause le très large consensus scientifique selon lequel la vaccination contre la covid-19 prémunit contre les formes graves de contamination. Il s'ensuit que l'obligation vaccinale pesant sur le personnel exerçant dans un établissement de santé, qui ne saurait être regardée comme incohérente et disproportionnée au regard de l'objectif de santé publique poursuivi, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
31. En quinzième lieu, l'article 13 de la loi du 5 août 2021 charge les employeurs de contrôler le respect de l'obligation de vaccination par les personnes placées sous leur responsabilité. Il prévoit que les agents ou salariés présentent un certificat de statut vaccinal, ou un certificat de rétablissement, ou un certificat médical de contre-indication. Il fait obligation aux employeurs de s'assurer de la conservation sécurisée de ces documents. Les agents ou les salariés peuvent transmettre le certificat de rétablissement ou le certificat médical de contre-indication au médecin du travail compétent, qui informe l'employeur du fait que l'obligation a été satisfaite. Il résulte de ces dispositions que l'employeur ne saurait avoir accès à aucune autre donnée de santé. L'article 2-3 du décret du 1er juin 2021 dans sa rédaction issue du décret du 7 août 2021, applicable au contrôle de l'obligation vaccinale en vertu de son article 49-1, énumère limitativement les informations auxquelles les personnes et services autorisés à contrôler les justificatifs ont accès. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'est en tout état de cause pas établi que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance du secret médical protégé par l'article L. 1110-4 du code de la santé publique, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
32. En dernier lieu, aux termes de l'article 16 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " La liberté d'entreprise est reconnue conformément au droit de l'Union européenne et aux législations et pratiques nationales ".
33. Il résulte des termes de l'article 51 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne que " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives et dans le respect des limites des compétences de l'Union telles qu'elles lui sont conférées dans les traités. /2. La présente Charte n'étend pas le champ d'application du droit de l'Union au-delà des compétences de l'Union, ni ne crée aucune compétence ni aucune tâche nouvelle pour l'Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les
traités. ".
34. La décision attaquée n'a pas été adoptée pour mettre en œuvre le droit de l'Union européenne. Dès lors et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de la liberté d'entreprendre garantie par l'article 16 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et de la liberté du commerce et de l'industrie, doit être écarté.
35. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D à fin d'annulation de la décision du 15 septembre 2021 de suspension de ses fonctions doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle a présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais de justice.
Sur les conclusions du GHRMSA tendant à ce qu'il soit enjoint à Mme D de communiquer le décompte de ses indemnités journalières :
36. Il n'entre pas dans l'office du juge de faire droit à des conclusions aux fins d'injonction présentées à titre principal. Par suite, le GHRMSA n'est pas fondé à demander au tribunal qu'il ordonne à Mme D, en-dehors de tout litige sur ce point, de communiquer le décompte de ses indemnités journalières.
Sur le caractère abusif de la requête :
37. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
38. En l'espèce, la requête de Mme D présente un caractère abusif. Il y a lieu de condamner Mme D à payer une amende de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 15 septembre 2021, en tant qu'elles portent sur la période du 15 septembre 2021 au 20 mars 2022.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Mme D est condamnée à payer une amende de 1 000 (mille) euros.
Article 4 : Les conclusions aux fins d'injonction présentées par le GHRMSA sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace. Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 7 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 mars 2025.
La rapporteure,
L. KALT
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026