mercredi 6 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201031 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 février 2022, le 10 mai 2023 et le 27 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Bizzarri, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 14 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Rohrbach-lès-Bitche a autorisé la vente du chemin rural sis lieu-dit Breitwise ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rohrbach-Lès-Bitche la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir en sa qualité de propriétaire de la parcelle voisine cadastrée section 47 n° 67 sur le ban communal de Rohrbach-lès-Bitche ;
- la délibération est irrégulière en raison du caractère erroné et trompeur de la présentation des faits par le commissaire enquêteur dans son rapport ; le rapport se borne à constater que le terrain est enherbé mais omet de préciser que la seule cause de désaffectation au public du chemin est l'appropriation illégitime et forcée de ce dernier par le propriétaire des parcelles cadastrées section 47 nos 57 et 58 depuis le mois de mai 2018 ;
- en l'absence de saisine préalable pour avis du service des domaines pour déterminer le prix de vente du chemin, la délibération méconnait les dispositions de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales ;
- le chemin rural, situé dans une partie urbanisée de la commune, doit être regardé comme ayant été intégré au domaine public communal et ne peut pas être cédé ;
- la désaffectation du chemin ne résulte pas d'une cause naturelle et spontanée consécutive à un désintérêt durable du public mais d'une entrave volontaire à la circulation par un riverain qui s'en est approprié de force l'utilisation exclusive ;
- la délibération est illégale en raison du caractère irréalisable et illégal de la condition à laquelle est soumise la vente du chemin rural, à savoir la création par l'acquéreur d'une nouvelle voie d'accès à la parcelle située en section 47 n° 67 ;
- la parcelle cadastrée section 47 n° 129 n'est pas un chemin rural mais un chemin d'exploitation qui appartient aux propriétaires riverains et qui ne peut pas être cédé par la commune qui n'en est pas propriétaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2022 et le 12 juin 2023, la commune de Rohrbach-lès-Bitche, représentée par Me Waltuch, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales,
- le code rural et de la pêche maritime,
- le code général de la propriété des personnes publiques,
- le code de la voirie routière,
- l'ordonnance n° 59-115 du 7 janvier 1959 relative à la voirie des collectivités locales,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, désigné M. Bouzar, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de la première chambre.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jordan-Selva,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Burkatzki, substituant Me Bizzarri, représentant Mme A et de Me Waltuch, représentant la commune de Rohrbach-lès-Bitche.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est propriétaire de la parcelle cadastrée section 47 n° 67 sur le territoire de la commune de Rohrbach-lès-Bitche. Au nord de cette parcelle passe un chemin au lieu-dit du " Breitwise " qui s'étend sur les parcelles cadastrées section 47 nos 129 et 149. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la délibération du 14 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal a décidé d'autoriser la vente de ce chemin, sous condition suspensive de la création par l'acquéreur d'une nouvelle voie d'accès à la parcelle cadastrée section 47 n° 67.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsqu'un chemin rural cesse d'être affecté à l'usage du public, la vente peut être décidée après enquête par le conseil municipal, à moins que les intéressés groupés en association syndicale conformément à l'article L. 161-11 n'aient demandé à se charger de l'entretien dans les deux mois qui suivent l'ouverture de l'enquête. / Lorsque l'aliénation est ordonnée, les propriétaires riverains sont mis en demeure d'acquérir les terrains attenant à leurs propriétés. / Si, dans le délai d'un mois à dater de l'avertissement, les propriétaires riverains n'ont pas déposé leur soumission ou si leurs offres sont insuffisantes, il est procédé à l'aliénation des terrains selon les règles suivies pour la vente des propriétés communales. " Aux termes de l'article R. 161-27 du même code : " A l'expiration du délai d'enquête, le registre d'enquête est clos et signé par le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête qui, dans le délai d'un mois à compter de la date de clôture de l'enquête, transmet au maire ou aux maires des communes concernées par l'aliénation, le dossier et le registre accompagnés de ses conclusions motivées. () ". La règle de motivation prévue par les dispositions précitées oblige le commissaire enquêteur à apprécier les avantages et les inconvénients du projet et à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
3. Il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur a rappelé, dans son rapport du 28 mai 2019, que le projet de suppression et d'aliénation du chemin est consécutif au constat fait par la commune, par une délibération adoptée en juillet 2018, de sa désaffectation au public puisqu'il ne dessert plus que deux propriétaires. Au point 1.6.2 de son rapport, il a procédé au constat des caractéristiques physiques actuelles du chemin et de son état, sans se prononcer sur l'origine de la désaffectation constatée un an plus tôt par le conseil municipal. Ainsi, il précise que " le chemin est actuellement partiellement utilisé comme accès de chantier. Pour la partie montante vers la parcelle 67 il s'agit d'un chemin enherbé, sans traces apparentes d'utilisation ". Il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient la requérante, que les indications contenues dans le rapport du commissaire enquêteur auraient été erronées à la date à laquelle ce rapport a été rédigé. Elles ne peuvent, dès lors, avoir été de nature à induire en erreur les membres du conseil municipal sur la réalité de la désaffectation des parcelles. Le moyen tiré de l'irrégularité entachant la procédure du fait de mentions erronées et trompeuses contenues dans le rapport du commissaire enquêteur n'est ainsi pas fondé et doit par conséquent être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " () Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité. "
5. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Rohrbach-lès-Bitche a saisi, le 14 décembre 2020, le service du domaine pour émettre un avis sur la valeur vénale des parcelles dont la cession est envisagée. La commune verse à l'instance l'avis rendu le 18 décembre 2020 par le pôle d'évaluation domaniale de la direction départementale des finances publiques de Moselle. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération serait illégale en l'absence de saisine préalable de l'autorité compétente de l'Etat manque en fait, et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. ". Aux termes de l'article 12 de cette même ordonnance : " Les chemins vicinaux et les chemins ruraux reconnus autres que ceux visés à l'article 9 sont incorporés de plein droit à la voirie rurale de la commune ". Enfin, aux termes de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière : " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. () ".
7. Il ressort du plan local d'urbanisme Ouest de la communauté de communes du Pays de Bitche adopté le 19 décembre 2019 que le chemin en litige est, en son commencement situé dans la rue des champs, partiellement situé en zone Uh2, puis se poursuit en zone agricole Ap. Contrairement à ce que soutient la requérante, la circonstance qu'une petite partie de la parcelle 149 soit classée en zone Uh2 ne permet pas, à elle seule, de considérer que le chemin aurait été intégré dans la voirie communale. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le chemin en litige, créé dans les années 2000 ainsi que le précise le commissaire enquêteur dans sa réponse aux observations de Mme A, aurait été incorporé dans la voirie communale en application de l'article 9 de l'ordonnance du 7 janvier 1959, en vigueur jusqu'à son abrogation par l'article 5 de la loi n° 89-13 du 22 juin 1989, ni qu'il aurait fait l'objet d'une décision de classement en application de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière. Il ressort au contraire des pièces du dossier que le chemin en litige est un chemin rural dont le conseil municipal pouvait légalement décider l'aliénation nonobstant la circonstance qu'il se trouvait en partie situé en zone urbaine au plan local d'urbanisme intercommunal. Le moyen doit dès lors être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. / Lorsqu'elle est ainsi présumée, cette affectation à l'usage du public ne peut être remise en cause par une décision administrative. / La destination du chemin peut être définie notamment par l'inscription sur le plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée ".
9. Lorsqu'il est soutenu que l'aliénation d'un chemin rural est possible du fait d'une désaffectation résultant d'un état de fait, caractérisé notamment par la circonstance qu'il n'est plus utilisé comme voie de passage et qu'il ne fait plus l'objet de la part de l'autorité communale d'actes réitérés de surveillance ou de voirie, il appartient au juge, qui apprécie souverainement cet état de fait, de tenir compte, pour cette appréciation, de l'éventuelle irrégularité de la situation ayant empêché l'utilisation de ce chemin et des contestations qu'elle a, le cas échéant, suscitées.
10. Mme A soutient que si le chemin rural en litige n'était plus utilisé comme voie de passage, cette situation est imputable au propriétaire des parcelles nos 57 et 58 traversées par ce chemin, dans la mesure où cette personne a installé un barriérage en entravant l'accès. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le chemin aurait fait l'objet d'actes de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale au cours des années précédant le constat de désaffectation par délibération du 9 juillet 2018. De plus, la commune fait valoir sans être contredite qu'à cette date, les parcelles en cause ne faisaient plus l'objet d'actes d'entretien ou de conservation de la part des services municipaux depuis plusieurs années. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier, qu'avant que le nouveau propriétaire des parcelles cadastrées section 47 nos 57 et 58 n'entrave, ainsi qu'il est allégué, l'accès au chemin par la pose de grille et de matériaux de chantier en mai 2018, ce chemin aurait été continuellement utilisé par les habitants des environs ou par des promeneurs. Enfin, la circonstance que ce chemin serait occasionnellement utilisé dans le cadre de l'activité d'un GAEC voisin n'est pas de nature à faire regarder le chemin comme utilisé pour la circulation générale. Dans ces conditions, le chemin ne pouvait pas être regardé comme étant antérieurement affecté à l'usage du public au sens des dispositions précitées de l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime. Le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du constat de désaffectation du chemin rural, manque en fait et doit être écarté.
11. En cinquième lieu, par la délibération attaquée, le conseil municipal a autorisé la cession du chemin rural sous condition de la création par le futur acquéreur d'une nouvelle voie d'accès à la parcelle dont Mme A est propriétaire. Mme A n'établit ni l'illégalité de cette condition ni, en tout état de cause, son caractère irréalisable. Le moyen doit dès lors être écarté.
12. En sixième et dernier lieu, Mme A soutient que si la parcelle n° 129 est un chemin rural, la parcelle n° 149, qui constitue la seconde partie du chemin en litige, est un chemin d'exploitation qui appartient aux riverains et non à la commune. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait du livre foncier produit par la commune, que celle-ci est bien propriétaire des deux parcelles en cause. Par suite, le moyen tiré de ce que la commune ne pourrait pas céder une parcelle dont elle n'est pas propriétaire manque en fait et doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 14 décembre 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que la commune de Rohrbach-lès-Bitche qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse à la requérante une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Rohrbach-lès-Bitche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera la somme de 1 500 euros à la commune de Rohrbach-lès-Bitche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Rohrbach-lès-Bitche.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bouzar, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.
La rapporteure,Le premier conseiller,
faisant fonction de président
S. JORDAN-SELVA
M. BOUZAR
Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026