jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAPELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 février 2022 et 8 novembre et 26 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Chapelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires a rejeté son recours administratif préalable contre la sanction de quinze jours de cellule disciplinaire que lui a infligée la commission de discipline de la maison d'arrêt de Sarreguemines le 23 novembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- toute écriture produite en défense au-delà du 8 novembre 2023 à midi devra être écartée comme irrecevable et le garde des sceaux devra être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête ;
- l'anonymisation de l'identité de l'auteur du compte rendu d'incident, qu'aucun motif de sécurité ne justifie, ne permet de vérifier ni sa compétence pour établir ce compte rendu, ni la régularité de la composition de la commission de discipline ;
- la décision d'engager les poursuites disciplinaires a été prise par une personne qui n'était pas régulièrement habilitée à cette fin ; elle n'est pas motivée en fait ;
- il n'est pas établi qu'il a eu accès aux pièces de la procédure disciplinaire au moins 24 heures avant la tenue de la commission de discipline ;
- il n'est pas établi que la commission de discipline comprenait les deux assesseurs prévus par l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, qu'ils ont été désignés conformément à l'article R. 57-7-8 de ce code, que la liste dans laquelle ils figuraient a fait l'objet de l'affichage prévu par son article R. 57-7-12, et qu'ils ont pris part à la délibération ;
- la procédure disciplinaire mise en œuvre méconnaît les stipulations des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2024 :
- le rapport de M. Rees ;
- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 novembre 2021, à l'occasion d'une fouille de la cellule occupée par M. B à la maison d'arrêt de Sarreguemines, ont été trouvés, un téléphone portable, un chargeur USB, un kit oreillette, un pochon de substance verdâtre d'un poids de 0,35 gramme et un morceau de substance brunâtre d'un poids de 23,98 grammes, et sur l'intéressé, un morceau de substance brunâtre d'un poids de 8,83 grammes. Deux comptes rendus d'incidents ont été établis le jour même, à la suite desquels des poursuites disciplinaires ont été engagées. Le 23 novembre 2021, le président de la commission de discipline a infligé à M. B la sanction de quinze jours de cellule disciplinaire, assortie d'un déclassement d'emploi. Le 28 décembre 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg a rejeté le recours administratif préalable de l'intéressé contre cette sanction.
Sur la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ". Aux termes de l'article R. 57-6-9 du même code : " L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires ".
3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des explications circonstanciées fournies par le ministre, que c'est à bon droit que les comptes rendus d'incident du 20 novembre 2021, qui ne font apparaître que les initiales de leur auteur, ont été partiellement rendus anonymes. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'agent qui les a établis n'était pas présent lors de l'incident ou qu'il n'en a pas été informé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale applicable : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre de M. B a été prise le 17 novembre 2021 par l'adjoint à la cheffe d'établissement, laquelle lui avait donné habilitation à cette fin par une décision du 20 octobre 2021. La publication, le jour même, de cette délégation de signature au recueil des actes administratifs de la préfecture a suffi à lui conférer date certaine et à la rendre opposable aux tiers, y compris aux détenus de l'établissement.
6. En troisième lieu, aucune disposition légale ou réglementaire n'imposant que la décision d'engagement des poursuites disciplinaires soit motivée, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de cette décision ne peut qu'être écarté comme inopérant.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale applicable : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, () la personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures () ".
8. En se bornant à indiquer qu'il n'est pas établi qu'il a eu accès aux pièces de la procédure disciplinaire au moins vingt-quatre heures avant la tenue de la commission de discipline, sans même soutenir que ce délai aurait été méconnu, M. B ne discute pas sérieusement la régularité de la procédure à cet égard.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale applicable : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 de ce code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-12 de ce code : " Il est dressé par le chef d'établissement un tableau de roulement désignant pour une période déterminée les assesseurs extérieurs appelés à siéger à la commission de discipline ".
10. Il ressort des pièces du dossier que la commission de discipline du 23 novembre 2021 a délibéré en présence de son président et de deux assesseurs désignés par ses soins, le chef de détention et un assesseur extérieur. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas soutenu, que le chef de détention serait l'auteur des comptes rendus d'incident. Enfin, les dispositions de l'article R. 57-7-12 n'imposent aucune formalité d'affichage préalablement à l'utilisation du tableau de roulement qu'elles prévoient.
11. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Droit à un procès équitable. 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".
12. D'une part, eu égard à la nature et au degré de gravité des sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues, qui n'ont, par elles-mêmes, pas d'incidence sur la durée des peines initialement prononcées, la sanction disciplinaire contestée ne saurait être regardée comme portant sur des accusations en matière pénale au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires.
13. En septième lieu, aux termes de l'article 13 de la convention européenne des droits de l'homme : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale applicable : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. ".
14. Si l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale précité prévoit, pour la personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline, l'obligation d'un recours administratif préalable auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires, cette disposition ne fait pas obstacle au recours par cette personne aux procédures de référé prévues par le livre V du code de justice administrative, en particulier à celle de référé-suspension régie par l'article L. 521-1 de ce code et à celle de référé-liberté, régie par l'article L. 521-2, dont l'existence est par ailleurs rappelée par le dernier alinéa de l'article 726 du code de procédure pénale applicable à l'espèce. Lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, le juge des référés, d'une part, " se prononce dans un délai de quarante-huit heures ", d'autre part, a le pouvoir de prendre " toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale ", au nombre desquelles figurent la suspension de l'exécution de la décision litigieuse ainsi qu'un pouvoir d'injonction à l'égard de l'administration. L'ensemble des voies de recours ainsi offertes à la personne détenue lui garantit le droit d'exercer un recours effectif, susceptible de permettre l'intervention du juge en temps utile, alors même que son exercice est par lui-même dépourvu de caractère suspensif.
Sur la légalité interne :
15. Aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service () ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du code de procédure pénale applicable : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré () ".
16. M. B encourait une sanction maximale de vingt jours de mise en cellule disciplinaire pour les faits qui lui étaient reprochés. Alors qu'il était arrivé dans l'établissement le 14 mai 2021 et avait déjà, les 22 et 30 juin 2021, fait l'objet de sanctions pour des faits similaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que la sanction de quinze jours de mise en cellule disciplinaire qui lui a été infligée soit disproportionnée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 :La requête du M. B est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Chapelle.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Dobry, conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
P. REES
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. DOBRY
La greffière,
V. IMMELÉ
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026