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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201069

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201069

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantAMBROSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 16 février 2022 et 19 juillet 2022, M. F E, M. B I et M. C G, représentés par Me Mathieu, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2021 par lequel le maire de Fameck a délivré à la SCCV Arnould Immobilier un permis de construire un immeuble collectif de treize logements, pour une surface de plancher de 1 144 mètres carrés, sur un terrain situé 9-11, rue de la Fensch, ainsi que les décisions par lesquelles le maire a rejeté leurs recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fameck, au bénéfice de chacun des requérants, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- le dossier de demande de permis de construire est insuffisant, dès lors qu'il ne permet pas de vérifier l'emprise au sol du projet ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles U7, U10 et U11 du règlement du plan local d'urbanisme de Fameck.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la SCCV Arnould Immobilier, représentée par Me Ambrosi, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 3 000 euros soit solidairement mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction immédiate a été fixée par une ordonnance du 18 octobre 2022.

Par un courrier du 25 novembre 2022, le tribunal a informé les parties de ce qu'il était susceptible de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, au motif que le permis de construire délivré le 1er octobre 2021 à la SCCV Arnould Immobilier est susceptible de méconnaître les dispositions de l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme, en limite ouest, ainsi que celles de l'article U10, en façade nord.

Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2022, la SCCV Arnould Immobilier a présenté ses observations en réponse au courrier du tribunal.

Par un mémoire, enregistré le 29 novembre 2022, les requérants ont présenté leurs observations en réponse au courrier du tribunal.

Par un mémoire, enregistré le 6 décembre 2022, la commune de Fameck a présenté leurs observations en réponse au courrier du tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Ambrosi, avocate de la SCCV Arnould Immobilier.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 mai 2021, la SCCV Arnould Immobilier a déposé une demande de permis de construire, complétée le 7 septembre 2021, portant sur un immeuble collectif de treize logements, pour une surface de plancher de 1 144 mètres carrés, sur un terrain situé 9-11, rue de la Fensch à Fameck. Par un arrêté du 1er octobre 2021, le maire de Fameck a délivré le permis sollicité. M. E et Mme D, M. et Mme B I, J G et M. C G ont respectivement formé des recours gracieux contre cet arrêté les 13, 15 et 14 octobre, rejetés par des décisions du 16 décembre 2021. Par la présente requête, il est demandé au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2021 et les décisions du maire rejetant les recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que les requérants sont propriétaires des parcelles immédiatement voisines du terrain d'assiette du projet ou qui n'en sont séparées que par un chemin communal. L'importance de ce projet, qui comporte treize logements collectifs à construire au sein d'un quartier d'habitation majoritairement pavillonnaire, est de nature à leur conférer un intérêt pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt pour agir doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté du 1er octobre 2021 :

5. En premier lieu, si les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire est insuffisant et ne permet pas de déterminer l'emprise au sol de la construction, ils ne précisent pas le fondement légal de leur moyen et ne permettent ainsi pas au tribunal d'en apprécier le bienfondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier de permis de construire qu'il comporte la surface cadastrale du terrain d'assiette et un plan de masse permettant d'apprécier l'emprise au sol du projet au regard de l'article U9 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de permis de construire doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " () Dans les secteurs () UD () : " 7.9. La construction sera : - soit en limite séparative (latérale et/ou fond de parcelle) / - soit à 3 mètres minimum de cette limite séparative sachant que la distance comptée horizontalement de ce bâtiment au point de la limite du terrain qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la hauteur sous égout du bâtiment projeté ". Les limites séparatives s'entendent des limites entre la propriété constituant le terrain d'assiette de la construction et la ou les propriétés qui la jouxtent, quelles que soient les caractéristiques de ces propriétés, dès lors qu'il ne s'agit pas de voies ou d'emprises publiques.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que le terrain d'assiette du projet jouxte, en limite est, un chemin communal constituant une voie publique, de sorte que les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'implantation du bâtiment projeté par rapport à ce chemin méconnaît les dispositions précitées de l'article U7, qui ne s'appliquent qu'aux limites séparatives.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment des plans des façades, que le projet a une hauteur de 11,10 mètres à l'égout de toiture, en son angle nord-ouest, et une hauteur de 8,42 mètres à l'égout de toiture, en son angle sud-ouest, alors qu'il n'est implanté qu'à une distance de 3,78 mètres au nord et 3,70 mètres au sud, inférieure à la moitié de la hauteur sous égout du bâtiment projeté. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme de Fameck.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article U10 du règlement du plan local d'urbanisme de Fameck : " Dans les zones () UD (), la hauteur de la construction projetée ne pourra excéder 9 mètres sous égout pour les toitures en pente et 10 mètres à l'acrotère pour les toitures plates ".

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans des façades, que si la façade ouest a fait l'objet d'une modification en cours d'instruction, le 6 septembre 2021, et ne présente plus qu'une hauteur sous égout de 8,42 mètres, la façade nord n'a fait l'objet d'aucune modification et continue à présenter une hauteur sous égout de 11,10 mètres, ce que confirme d'ailleurs le plan de masse modifié le 6 septembre 2021. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le projet a été autorisé en méconnaissance des dispositions de l'article U10 du règlement du plan local d'urbanisme.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article U11 du règlement du plan local d'urbanisme de Fameck, reprenant les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

12. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet doit s'implanter au sein d'un quartier majoritairement composé de maisons pavillonnaires jumelées, de type R+2+combles, construites dans les années 1950 et caractéristiques des cités ouvrières. Il ressort toutefois également des pièces du dossier que des constructions plus récentes et hétérogènes, y compris des bâtiments collectifs, ont été réalisées autour de la rue du Rhône, de l'impasse de l'Alzette et de route départementale D152C. Le projet en question, d'une hauteur sous égout qui devra être limitée à neuf mètres, de type R+3+combles, comprend les garages et les accès au rez-de-chaussée, à l'instar des maisons avoisinantes, avec les places de stationnement créées perpendiculairement à la voirie. Les matériaux et couleurs utilisés, avec des enduits de différentes teintes grises et des tuiles en terre cuite rouge, sont également de nature à favoriser une bonne insertion dans les lieux avoisinants. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que le quartier ne fait l'objet d'aucune protection particulière par le plan local d'urbanisme, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation, pour l'application de l'article U11 du règlement, en délivrant le permis sollicité. Par suite, le moyen articulé en ce sens doit être écarté.

Sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

14. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

15. En l'espèce, les illégalités tenant à la méconnaissance des articles U7 et U10 du règlement du plan local d'urbanisme de Fameck sont susceptibles d'être régularisées. Les parties ayant été mises en mesure de présenter leurs observations, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir respectivement à la SCCV Arnould Immobilière et à la commune de Fameck, un délai maximal de trois mois à compter de la notification du présent jugement, afin de solliciter et de délivrer un permis de construire de régularisation et d'en informer le tribunal.

D E C I D E :

Article 1 : Il est sursis à statuer sur la légalité de l'arrêté du 1er octobre 2021 au plus tard jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 2.

Article 2 : Le délai dans lequel la mesure de régularisation du permis de construire doit être notifiée au tribunal est fixé à trois mois maximum à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, représentant désigné, à la SCCV Arnould Immobilière et à la commune de Fameck.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

L. A

Le président,

M. H

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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