lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SABATAKAKIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, M. A B et Mme C B, représentés par Me Sabatakakis, demandent au tribunal :
1°) d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 24 décembre 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a rejeté leur demande de titre de séjour comme étant irrecevable ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer leur demande de titre de séjour et de leur délivrer un récépissé avec autorisation de travailler dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- la préfète a commis une erreur de droit en s'estimant liée par le fait que les requérants ont fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La préfète soutient que les moyens invoqués par M. et Mme B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, ressortissants albanais, sont respectivement entrés en France le 4 novembre 2016 et le 4 février 2018, selon leurs déclarations. Le 13 novembre 2019, ils ont présenté une demande de titre de séjour en faisant valoir leur appartenance à la communauté Emmaüs. Leurs demandes ont été rejetées par deux arrêtés du 17 août 2020 portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 1er décembre 2020 du tribunal administratif de Strasbourg. Par deux arrêtés du 13 septembre 2021, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 4 octobre 2021 et la cour administrative d'appel de Nancy le 13 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin leur a fait interdiction de retour sur le territoire français. Le 22 novembre 2021, M. et Mme B ont présenté une nouvelle demande de titre de séjour " salarié ", sur le même fondement. Par une décision du 24 décembre 2021, dont M. et Mme B demandent l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a estimé que leur demande était irrecevable et l'a rejetée pour ce motif.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle le 31 mars 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour () est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture ". L'article R. 431-12 du même code précise que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". L'article R. 431-14 de ce code précise enfin que : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention salarié () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ou une interdiction de retour sur le territoire français ne suffit pas à le caractériser.
5. En l'espèce, M. et Mme B ont présenté une première demande de titre de séjour le 13 novembre 2019, qui a été rejetée le 17 août 2020. Le 22 novembre 2021, ils ont présenté une nouvelle demande de titre sur le même fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais en faisant valoir de nouveaux éléments d'insertion professionnelle de M. B, notamment les justificatifs de formations suivies en " diagnostic et intervention sur fours et tables de cuisson " et afin d'obtenir une habilitation électrique, ainsi qu'une promesse d'embauche de la communauté Emmaüs. En ce qui concerne Mme B, celle-ci entendait se prévaloir de ce qu'elle justifiait désormais de trois années d'activité ininterrompue au sein de la communauté Emmaüs, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et bénéficiait également d'une promesse d'embauche.
6. D'une part, contrairement à ce qu'indique la préfète du Bas-Rhin dans sa décision, l'interdiction de retour sur le territoire prise à l'encontre des requérants ne la plaçait pas dans une situation de compétence liée pour déclarer leur demande de titre de séjour irrecevable, alors même que les intéressés n'avaient pas quitté le territoire national ni sollicité l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire. D'autre part, compte tenu des éléments nouveaux que font valoir les requérants, et à supposer que la préfète ait entendu demander une substitution de motifs sur ce point, la demande de titre de séjour de M. et Mme B n'apparaissait pas abusive ou dilatoire.
7. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que c'est à tort que la préfète du Bas-Rhin a déclaré que leur demande était irrecevable et a refusé de l'instruire.
8. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la décision attaquée doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Enfin, aux termes de l'article L.911-3 de ce code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".
10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète du Bas-Rhin procède à l'examen de la demande de M. et Mme B et leur remette, dans l'intervalle, un récépissé de demande de titre de séjour les autorisant à travailler.
11. Dès lors, il y a lieu d'ordonner à la préfète du Bas-Rhin d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Sabatakakis, avocate de M. et Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 000 euros hors taxes.
D É C I D E :
Article 1 : La décision du 24 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de procéder à l'examen de la demande de M. et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'intervalle, un récépissé de demande de titre de séjour les autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sabatakakis la somme de 1 000 euros hors taxes, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B, à Me Sabatakakis et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la république de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 mai 2024.
La rapporteure,
L. KALT
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
4
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026