jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | WEISS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, Mme D C, représentée par Me Weiss, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée, ensemble la décision du 6 octobre 2021 de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en faisant application le cas échéant de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur le refus de séjour :
- la signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur la désignation du pays de renvoi :
- le signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale la décision fixant le pays de destination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 19 janvier 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Olivier Biget a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante ivoirienne née le 27 février 2000, est, selon ses dires, arrivée en Italie en 2015 pour y rejoindre ses parents puis est entrée en France le 27 décembre 2015 pour y poursuivre sa scolarité avant de retourner en Italie en 2017 puis de regagner la France en 2018. Elle s'est vu délivrer, au titre de la vie privée et familiale, une carte de séjour italienne valable du 23 octobre 2019 au 15 janvier 2022. Le 10 juin 2021, elle a sollicité son admission au séjour en France sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de sa vie privée et familiale et de sa volonté d'y poursuivre ses études. Par un arrêté du 17 septembre 2021, le préfet du Haut-Rhin a refusé de faire droit à sa demande et a décidé de remettre l'intéressée aux autorités italiennes. Mme C a présenté des observations écrites sur cette décision de remise avant qu'elle ne devienne effective, ainsi que l'y invitait l'arrêté, et a, par là même, demandé au préfet de reconsidérer ses décisions. Par une lettre du 6 octobre 2021, le préfet du Haut-Rhin a rejeté ce recours gracieux. La requérante doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions de refus de séjour et de remise aux autorités italiennes contenues dans l'arrêté du 17 septembre 2021, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de la signataire des décisions contenues dans l'arrêté attaqué :
2. Par un arrêté du 6 septembre 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, directement accessible au public en ligne, le préfet du Haut-Rhin a donné à Mme B A, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire des décisions contestées, délégation à l'effet de signer les décisions de la nature de celles contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de ces décisions manquent en fait et doivent être écartés.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Mme C soutient qu'elle a toujours suivi une scolarité francophone, jusqu'au brevet des collèges dans son pays d'origine puis en France à compter du 1er février 2016, qu'elle y a obtenu son baccalauréat professionnel en juin 2020 et qu'elle a commencé une formation complémentaire dans un lycée hôtelier avant d'être admise en alternance à une formation de brevet de technicien supérieur en " management commercial opérationnel " puis, n'ayant pas trouvé d'employeur, s'est réorientée vers une formation de brevet de technicien supérieur en " support à l'action managériale ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date des décisions attaquées, la requérante est titulaire d'un titre de séjour pluriannuel italien depuis 2019, dont elle a d'ailleurs sollicité le renouvellement, que sa mère, son beau-père et ses trois demi-frères résident en Italie, où elle a elle-même vécu durant l'année scolaire 2017 - 2018 et s'y rend durant les vacances scolaires, et qu'elle est célibataire et sans charge de famille en France où elle a vécu moins de cinq ans au total. Au surplus, la requérante n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de poursuivre des études en Italie, au seul motif qu'elle a suivi une scolarité francophone, voire dans son pays d'origine, où elle n'allègue pas être dépourvue d'attaches familiales pour y avoir vécu, sans sa mère, jusqu'à l'âge de quinze ans. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision de refus de séjour contestée n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les arguments exposés à l'appui du moyen précédent, lesquels ne sont pas de nature à caractériser l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de cet article, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1/ () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
7. En l'espèce, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a pas suivi sa scolarité en France au cours de l'année scolaire 2017 - 2018, durant laquelle elle a vécu en Italie auprès de sa famille. Elle ne peut, dès lors, utilement se prévaloir du cas, prévu à l'article L. 422-1, dans lequel l'étranger ayant suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures peut se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " malgré l'absence de visa de long séjour. Au surplus, dans un tel cas, si un préfet peut délivrer un tel titre de séjour malgré l'absence du visa de long séjour, il n'en a pas l'obligation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la remise aux autorités italiennes :
8. L'arrêté attaqué ne comporte ni obligation de quitter le territoire français ni désignation du pays de destination de la mesure d'éloignement mais une décision de remise aux autorités italiennes prise sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens dirigés contre de prétendues décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de destination doivent donc être regardés comme dirigés contre cette décision unique de remise aux autorités italiennes.
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".
10. En l'espèce, la mesure d'éloignement contenue dans l'arrêté du 17 septembre 2021 attaqué a été prise en application des dispositions citées au point précédent. Elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement spécifique. Elle est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement contestée doit être écarté.
11. En second lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
DECIDE:
Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
M. Biget, premier conseiller,
Mme Bronnenkant, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
O. Biget
Le président,
S. Dhers
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026