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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201127

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201127

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROMMELAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2022, M. B C A, représenté par Me Rommelaere, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que les motifs de cette décision ne lui ont pas été communiqués ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens sont infondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Olivier Biget a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe né le 13 septembre 1950, est entré en France le 3 août 2014 selon ses dires. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 25 janvier 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 4 novembre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 26 janvier 2017, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qui a été rejetée par un arrêté du 23 novembre 2018 de la préfète du Bas-Rhin lui faisant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 2 juillet 2019 du tribunal administratif de Strasbourg, confirmé par une ordonnance du 18 décembre 2019 de la cour administrative d'appel de Nancy. Par un courrier du 2 juin 2021 réceptionné le 4 suivant, M. A a de nouveau sollicité son admission au séjour. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois par l'administration.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

3. Si le silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 29 avril 2022 notifié le 5 mai 2022, la préfète du Bas-Rhin a explicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination d'un éventuel éloignement d'office. Dès lors, les conclusions du requérant dirigées contre la décision implicite née le 4 octobre 2021 du silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur sa demande d'admission au séjour doivent être regardées comme dirigées contre la décision de refus de séjour contenue dans l'arrêté du 29 avril 2022. Il suit de là que l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par la préfète du Bas-Rhin ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée :

5. En premier lieu, l'arrêté du 29 avril 2022 énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus d'admission de M. A au séjour. Cette décision est ainsi suffisamment motivée. Le requérant ne peut, à cet égard, utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 232-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif pris de l'absence de communication des motifs de la décision implicite initialement contestée, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la décision expresse du 29 avril 2022 l'a remplacée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. M. A soutient qu'à la date de la décision attaquée, il réside en France depuis près de huit ans, que son épouse et leurs enfants nés en 1985, 1986, 1989, 1995 et 1997 y bénéficient du statut de réfugié, que les deux plus jeunes enfants ont acquis la nationalité française, qu'il a repris une vie commune avec son épouse en janvier 2020 et qu'il est pris en charge financièrement par plusieurs de ses enfants qui travaillent. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a vécu jusqu'à l'âge de soixante-trois ans dans son pays d'origine, que son épouse et leurs enfants ont quitté la Russie en 2007 bien avant qu'il ne se rende lui aussi en France et s'y maintienne irrégulièrement, et que la réalité de la reprise d'une vie commune avec son épouse, au demeurant récente, et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants, tous majeurs et indépendants, depuis son arrivée en France en 2014 reposent sur des éléments essentiellement déclaratifs des intéressés qui sont dépourvus de valeur suffisamment probante à cet égard. En outre, il a vécu l'essentiel de son existence en Russie, où il a, dès lors, nécessairement conservé de solides attaches et où résident notamment sa sœur et son frère. Dans ces conditions, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision de refus de séjour contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

8. En troisième lieu, la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comporte des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation des étrangers en situation irrégulière, mesures de faveur au bénéfice desquelles ceux-ci ne peuvent faire valoir aucun droit. Les intéressés ne peuvent donc utilement se prévaloir de telles orientations à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision préfectorale refusant de régulariser leur situation par la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, à supposer que le requérant ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance des énonciations de cette circulaire, celui-ci doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. M. A, qui n'invoque à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucun élément autre que ceux précédemment exposés, ne justifie d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour attaquée aurait été prise en méconnaissance de ces dispositions.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction, au besoin sous astreinte, ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

DECIDE:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Bronnenkant, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

O. Biget

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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