mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201131 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ORIENS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 février 2022, le 24 août 2022 et le 16 août 2023 sous le n° 2201131, M. A B, représenté par Me Benoit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur interrégional des services pénitentiaires Est Strasbourg sur sa demande de détachement afin d'intégrer la police municipale de la commune de Thionville au 1er janvier 2022 ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de cette décision implicite de refus illégale ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le silence gardé sur sa seconde demande de détachement a fait naître une décision implicite d'acceptation ;
- à supposer que sa seconde demande de détachement soit interprétée comme un recours gracieux formé à l'encontre de la décision refusant de faire droit à sa première demande, la décision implicite née du silence gardé sur ce recours administratif est illégale du fait de l'illégalité de la décision initiale, motivée par des considérations infondées de nécessités de service ;
- l'absence de démarches de la part de l'administration pénitentiaire pour que son détachement au sein de la commune de Thionville puisse aboutir lui a causé un préjudice moral et un préjudice financier estimés à 5 000 euros et dont il est fondé à demander réparation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 avril 2022, le 24 août 2022 et le 16 août 2023 sous le n° 2202230, M. A B, représenté par Me Benoit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur interrégional des services pénitentiaires Est Strasbourg sur sa demande de détachement afin d'intégrer la police municipale de la commune de Thionville au 1er janvier 2022 ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de cette décision implicite de refus illégale ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le silence gardé sur sa seconde demande de détachement a fait naître une décision implicite d'acceptation ;
- à supposer que sa seconde demande de détachement soit interprétée comme un recours gracieux formé à l'encontre de la décision refusant de faire droit à sa première demande, la décision implicite née du silence gardé sur ce recours administratif est illégale du fait de l'illégalité de la décision initiale, motivée par des considérations infondées de nécessités de service ;
- l'absence de démarches de la part de l'administration pénitentiaire pour que son détachement au sein de la commune de Thionville puisse aboutir lui a causé un préjudice moral et un préjudice financier estimés à 5 000 euros et dont il est fondé à demander réparation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jordan-Selva,
- et les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est surveillant principal au sein de l'administration pénitentiaire et exerce ses fonctions au centre pénitentiaire de Metz-Queuleu. Par une lettre réceptionnée par l'administration le 3 septembre 2021, M. B a demandé son détachement pour occuper un poste de policier municipal au sein de la commune de Thionville à compter du 1er novembre 2021. Par une décision du 29 octobre 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à cette demande de détachement. M. B a présenté le 15 novembre 2021 une nouvelle demande de détachement dans la même collectivité au 1er janvier 2022. Par les requêtes
nos 2201131 et 2202230, M. B demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur sa seconde demande ainsi que la condamnation de l'État à lui verser une indemnité de 5 000 euros en réparation des préjudices résultant pour lui de l'absence de démarches réalisées par son employeur pour faire aboutir son détachement au sein de la commune de Thionville.
2. Les requêtes nos 2201131 et 2202230 présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 14 bis de la loi du 13 juillet 1983 applicable au litige : " Hormis les cas où le détachement et la mise en disponibilité sont de droit, une administration ne peut s'opposer à la demande de l'un de ses fonctionnaires tendant, avec l'accord du service, de l'administration ou de l'organisme public ou privé d'accueil, à être placé dans l'une de ces positions statutaires ou à être intégré directement dans une autre administration qu'en raison des nécessités du service ou, le cas échéant, d'un avis rendu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle peut exiger de lui qu'il respecte un délai maximal de préavis de trois mois. Son silence gardé pendant deux mois à compter de la réception de la demande du fonctionnaire vaut acceptation de cette demande. () "
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a formé le 3 septembre 2021 une demande de détachement pour occuper un poste de policier municipal au sein de la commune de Thionville à compter du 1er novembre 2021. Par une décision du 29 octobre 2021, le ministre de la justice, invoquant les nécessités du service, a informé le maire de la commune de Thionville qu'il refusait de faire droit à cette demande de détachement. Le 15 novembre 2021, M. B a déposé une nouvelle demande de détachement pour occuper le poste convoité à Thionville à compter du 1er janvier 2022. Cette seconde demande, clairement identifiée par le requérant comme étant une " deuxième demande de détachement ", à la date du 1er janvier 2022 et non plus au 1er novembre 2021 comme dans la première demande, ne saurait être regardée, contrairement à ce qu'oppose le ministre en défense, comme constituant un recours administratif à l'encontre de la décision du 29 octobre 2021 refusant d'accéder à la première demande de M. B. L'administration, qui a inexactement qualifié la demande dont elle était saisie, doit être regardée comme l'ayant implicitement rejetée alors qu'en application des dispositions précitées de l'article 14 bis de la loi du 13 juillet 1983, le silence gardé pendant deux mois à compter du
15 novembre 2021 a fait naître, le 15 janvier 2022 une décision implicite valant acceptation de la seconde demande de détachement présentée par le requérant. L'administration, qui s'est crue à tort saisie d'un recours gracieux et s'est abstenue de donner un effet utile à la décision implicite d'acceptation de la nouvelle demande de détachement à compter du 1er janvier 2022 a ainsi commis une erreur d'appréciation et une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle l'administration a rejeté sa nouvelle demande de détachement au 1er janvier 2022.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le principe de responsabilité :
6. En se considérant à tort saisie d'un recours gracieux qu'elle a entendu implicitement rejeter, alors que son silence faisait naître une décision d'acceptation implicite de la seconde demande de détachement de M. B, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité et à ouvrir droit à indemnisation de l'intéressé au titre des préjudices résultant de manière directe et certaine de cette illégalité, et notamment des préjudices résultant de l'absence de démarches de la part du ministre de la justice de nature à permettre la réalisation effective du détachement implicitement accepté.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
7. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les nécessités de service invoquées dans la décision du 29 octobre 2021 pour refuser un détachement au 1er novembre 2021 auraient également fait obstacle à la mise en œuvre de ce détachement au 1er janvier 2022. En l'absence de tels motifs, et alors que l'administration ne fait valoir aucun autre motif que celui de la qualification erronée donnée à la seconde demande du requérant, l'absence de réalisation effective de ce détachement doit être regardée comme résultant de manière directe et certaine de l'illégalité fautive commise par l'administration d'origine de M. B, entravant sa prise de fonctions dans l'administration d'accueil. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par le requérant en lui accordant une indemnité d'un montant de 1 000 euros.
8. En second lieu, il est constant que M. B était, à la date de sa demande de détachement, en arrêt de travail pour maladie depuis plusieurs mois et ne bénéficiait plus que du versement de la moitié de son traitement. S'il soutient que le comportement de l'administration pénitentiaire l'a privé de la possibilité de bénéficier, à compter du 1er janvier 2022, d'un plein traitement que lui aurait versé la commune de Thionville dans le cadre de ses nouvelles missions, l'existence d'un lien direct et certain entre la faute de l'administration et le préjudice financier invoqué n'est pas établi. Il ne résulte en effet pas de l'instruction que l'état de santé du requérant lui aurait permis de prendre ses nouvelles fonctions au 1er janvier 2022 et de prétendre ainsi au versement d'un plein traitement. Dans ces conditions, en l'absence de lien de causalité entre la faute et le préjudice invoqué, le requérant n'est pas fondé à demander une indemnité au titre du préjudice financier qu'il aurait subi.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de l'État à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral subi.
Sur les frais du litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de rejet de la demande de détachement présentée le 15 novembre 2021 par M. B est annulée.
Article 2 : L'État est condamné à verser à M. B une indemnité de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La rapporteure,
S. JORDAN-SELVA
La présidente,
A. DULMETLe greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2201131, 2202230
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026