jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP HEMZELLEC-DAVIDSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 février, 6 octobre, 28 novembre 2022, 14 décembre et 19 décembre 2022 ainsi que le 30 janvier et 13 mars 2023, M. D, représenté par la SCP Seyve-Lorrain-Robin, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions tacites du 13 mars 2021 et du 1er août 2021 par lesquelles le maire de Ogy-Montoy Flanville ne s'est pas opposé aux déclarations préalables déposées par la SCI Ramos et M. C enregistrées respectivement sous les numéros DP 05748220M0051 et DP 05748221M0038 ;
2°) d'enjoindre à M. C l'interdiction de travaux de modification du local existant sur la parcelle cadastrée section 18 n° 136 en local d'habitation et ordonner sa remise en état antérieure au 29 avril 2021 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenu sous peine d'astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Ogy-Montoy Flanville une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- il justifie des conditions de recevabilité ;
- la décision de non-opposition à la première déclaration préalable est entachée d'un vice de procédure dès lors que la chambre d'agriculture n'a pas été consultée en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision de non-opposition à la deuxième déclaration préalable est entachée d'un vice de procédure dès lors que la chambre d'agriculture aurait dû être consultée sur les travaux autorisés, en ce que, à titre principal, ces derniers portant sur la modification de la façade et étant indivisibles de l'opération de changement de destination auraient dû faire l'objet du dépôt d'un permis de construire, à titre subsidiaire, même soumis au régime de la déclaration préalable sont régis par l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- les deux décisions de non-opposition méconnaissent l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime et l'article 153.4 du règlement sanitaire départemental de la Moselle dès lors la construction objet du litige est implantée à moins de 50 mètres de son exploitation agricole ;
- elles méconnaissent l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors le projet contesté va être exposé à des nuisances olfactives et sonores de nature à compromettre la salubrité publique et la qualité de vie des futurs occupants du projet.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 décembre 2022 et le 23 février 2023, la commune de Ogy-Montoy Flanville, représentée par la SCP Hemzellec - Davidson, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit sursis à statuer pour permettre la régularisation des déclarations préalables, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 août 2022, le 10 novembre 2022 et le 8 mars 2023, M. C, représenté par Me Ponseele, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit sursis à statuer pour permettre la régularisation des déclarations préalables, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de la Moselle a présenté ses observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A B,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Seyve, avocat de M. D,
- les observations de Me Pierré qui substitue Me Hemzellec, avocat de la commune de Ogy-Montoy Flanville,
- les observations de Me Grascoeur qui substitue Me Ponseele, avocat de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 décembre 2020, la SCI Ramos a déposé une déclaration préalable portant sur le changement de destination d'un local à usage professionnel d'entrepôt-bureau vers un usage d'habitation. Le maire de la commune d'Ogy-Montoy Flanville ne s'est pas opposé à la déclaration préalable et une décision tacite de non opposition est née le 13 mars 2021. Par un arrêté du 29 avril 2021, le maire a délivré un certificat de non-opposition à la déclaration préalable. Le 1er juillet 2021,M. C, acquéreur de la parcelle cadastrée section 18 n° 136 et du local concerné, a déposé une nouvelle déclaration préalable portant sur la rénovation de la maison et la modification des ouvertures. Le maire ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable et une décision tacite est née le 1er août 2021. Par un arrêté du 28 septembre 2021, le maire a délivré un certificat de non-opposition à cette déclaration préalable. Par la requête susvisée, M. D demande l'annulation de ces deux décisions de non opposition aux déclarations préalables de la SCI Ramos et de M. C.
Sur les fins de non-recevoir invoquées à l'encontre de la requête dirigée contre la première déclaration préalable n° DP 057 482 20 M0051 portant changement de destination:
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du même code : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D est un agriculteur dont l'exploitation est composée de hangars à usage de stabulation d'une centaine de bovins et que ces hangars sont mitoyens de la parcelle où se situe le bien de M. C, dont le changement de destination et la rénovation ont été demandés. M. D a donc la qualité de voisin immédiat du projet. Le projet, qui consiste à changer la destination du local afin d'en permettre un usage d'habitation à proximité immédiate de l'exploitation agricole, entraine ainsi des contraintes susceptibles de peser sur les conditions d'exploitation de M. D dès lors que des personnes vont résider habituellement dans la maison à quelques dizaines de mètres de son exploitation sur laquelle ils auront une vue directe et qui leur occasionnera diverses nuisances auquel il sera demandé à l'exploitation de remédier. Le projet est donc susceptible d'affecter directement les conditions d'utilisation ou de jouissance du bien du requérant. Par suite, ce dernier justifie d'un intérêt à agir contre la décision contestée quand bien même M. C, lequel a acquis ce bien de la SCI Ramos déclarante, indique avoir choisi de résider à proximité immédiate de cette exploitation agricole et s'engage à ne pas se plaindre des nuisances qui en émaneraient.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre ( ) d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation () La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a notifié son recours à la commune d'Ogy-Montoy Flanville, à la SCI Ramos et à M. C par lettre recommandée le 21 février 2022, soit dans le délai prévu à l'article R. 600-1 précité. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée sur ce point par M. C doit être écartée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 600-3 : " Aucune action en vue de l'annulation d'un permis de construire ou d'aménager ou d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable n'est recevable à l'expiration d'un délai de six mois à compter de l'achèvement de la construction ou de l'aménagement. Sauf preuve contraire, la date de cet achèvement est celle de la réception de la déclaration d'achèvement mentionnée à l'article R. 462-1 ".
8. Les dispositions précitées de l'article R. 600-3 du code de l'urbanisme, qui font courir le délai de recours à compter de l'achèvement des travaux, ne peuvent trouver application, s'agissant des décisions de non-opposition à déclaration préalable, qu'aux décisions se traduisant par des travaux de construction ou d'aménagement susceptibles de faire l'objet d'une déclaration d'achèvement et ne sont donc pas applicables à une déclaration préalable ayant, comme en l'espèce, pour objet le changement de destination sans réalisation de travauxet ni M. C, ni la SCI Ramos ne produisent à l'instance l'avis de réception par la mairie de la déclaration d'achèvement des travaux. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions présentées contre la décision de non opposition du 13 mars 2021 ne peut qu'être écartée.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant ".
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un extrait du livre foncier et d'une attestation de notaire, que M. E D est propriétaire de la parcelle cadastrée section 18 n° 32 ainsi que de l'exploitation agricole qui s'y situe. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée sur ce point par M. C doit être écartée.
Sur la légalité de la première décision de non opposition à la déclaration préalable n° DP 057 482 20 M0051 relative au changement de destination :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes. () Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, une distance d'éloignement inférieure peut être autorisée par l'autorité qui délivre le permis de construire, après avis de la chambre d'agriculture, pour tenir compte des spécificités locales. Une telle dérogation n'est pas possible dans les secteurs où des règles spécifiques ont été fixées en application du deuxième alinéa ". De plus, aux termes de l'article 153.4 du règlement sanitaire départementale de la Moselle : " Sans préjudice de l'application des documents d'urbanisme existant dans la commune ou de cahiers des charges de lotissement, l'implantation des bâtiments renfermant des animaux doit respecter les règles suivantes : () - les autres élevages, à l'exception des élevages de type familial et de ceux de volailles et de lapins, ne peuvent être implantés à moins de 50 mètres des immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers, des zones de loisirs et de tout établissement recevant du public à l'exception des installations de camping à la ferme ".
12. Il résulte des dispositions précitées que le règlement sanitaire départemental de la Moselle, qui constitue un acte règlementaire pour l'application de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, soumet l'implantation d'un bâtiment agricole renfermant des animaux, autres que des élevages porcins, à une distance minimale de cinquante mètres de constructions habitées ou habituellementoccupés par des tiers. En application de la règle de réciprocité qu'instaure l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, ces dispositions interdisent tout changement de destination en vue de permettre une habitation habituelle par des tiers, à une distance inférieure à cinquante mètres d'un bâtiment renfermant des animaux. Eu égard au but de la règle de réciprocité qui vise à apporter une solution aux troubles de voisinage provoqués par la proximité d'habitation et des bâtiments agricoles, ces dispositions combinées, qui peuvent être opposables à une autorisation de lotir non expressément visée par l'article L.111-3 précité, doivent aussi être regardées comme opposables aux changements de destination soumis à déclaration préalable pour une maison non habituellement occupée au sens des dispositions citées au point 11 ayant vocation à devenir la résidence principale de ses occupants.
13. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
14. Il ressort des pièces du dossier que le projet est implanté à moins de 50 mètres d'une exploitation agricole édifiée et exploitée régulièrement. Dès lors que le changement de destination du local entend bénéficier d'une dérogationà la mise en œuvre de la règle de réciprocité découlant du règlement sanitaire départemental, la décision de non-opposition du 13 mars 2021 aurait dû être précédée de l'avis de la chambre d'agriculture afin que cette dernière se prononce à cet égard. e vice de procédure est susceptible d'avoir une incidence sur le sens de la décision attaquée et le moyen tiré de l'absence de consultation de la chambre d'agriculture est de nature à entacher d'illégalité la décision de non-opposition en litige.
15. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'exploitation régulièrement déclarée et exploitée de M. D est composée d'un hangar principal et d'une extension accolée à ce hangar qui sont affectés à la stabulation des bovins de sorte que
M. D est fondé à opposer la règle de réciprocité au projet concerné. La construction de cette exploitation ainsi que ces deux extensions ont d'ailleurs également fait l'objet de permis délivrés par le maire après avis de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales. Des bâtiments agricoles abritant les bovins se situent à une vingtaine de mètres du projet contesté. Par suite, en ne s'opposant pas à la première déclaration préalable tendant au changement de destination d'un bâtiment non habituellement occupé par un tiers se trouvant à moins de 50 mètres d'un bâtiment agricole renfermant des animaux, le maire d'Ogy-Montoy Flanville a entaché sa décision d'illégalité au regard de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime et des dispositions de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental.
16. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
17. Il ressort des pièces du dossier que la construction concernée est située à proximité immédiate de l'exploitation de M. D qui contient 120 bovins. De plus, si M. C ainsi que la commune allèguent que les nuisances olfactives et sonores que générerait l'exploitation ne sont pas étayées, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé une main courante auprès de la gendarmerie en raison d'un conflit de voisinage qui l'oppose, depuis plus de 10 ans, à un voisin dont l'habitation se situe aussi à proximité et qui se plaint des nuisances olfactives et sonores générées par la présence des vaches sur l'exploitation. Par suite, eu égard à la nature et l'importance de l'exploitation et des nuisances occasionnées ainsi qu'à la proximité avec la maison concernée, le maire de la commune d'Ogy-Montoy Flanville a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des risques d'atteinte à la salubrité publique en ne s'opposant pas sur le fondement de l'article R 111-2 du code de l'urbanisme à la déclaration préalable tendant au changement de destination d'un local professionnel en une maison d'habitation.
18. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à soutenir que la décision du maire de non-opposition à déclaration préalable n° DP 057 482 20 M0051 portant changement de destination déposée par la SCI Ramos est entachée d'illégalité.
Sur la demande tendant à la régularisation :
19. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
20. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
21. En l'espèce, les illégalités tenant à la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et R. 111-2 du code de l'urbanisme ne sont pas susceptibles d'être régularisées sans changer la nature même du projet consistant, en l'état, à permettre l'utilisation de la maison à des fins d'habitation sans l'exposer aux nuisances occasionnées par l'exploitation agricole voisine. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de régularisation sollicitée par les défendeurs.
22. Il en résulte que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 mars 2021 par laquelle le maire d'Ogy-Montoy Flanville ne s'est pas opposé au changement de destination sollicité par la SCI Ramos avec sa déclaration préalable n° DP 057 482 20 M0051.
23. En revanche, les dispositions précitées des articles L. 911-1 et L. 911-2 ne concernent que des personnes morales de droit public et des personnes privées chargées de la gestion d'un service public. Il n'est donc pas possible d'adresser des injonctions à des personnes privées non chargées de la gestion d'un tel service sur le fondement de ces dispositions en vue d'une remise en état des lieux et les demandes d'injonction sur ce point de M. D à l'encontre de M. C doivent être rejetées.
Sur les fins de non-recevoir opposées aux conclusions à fin d'annulation de la décision de non opposition à la déclaration préalable n° DP 057 482 21 M0038 relative à la modification des ouvertures de la maison de M. C :
24. En premier lieu, les travaux d'agrandissement des ouvertures de la façade de de réorganisation de l'entrée afin de conforter l'usage d'habitation de la maison, quand bien même ils ne concernent que la façade adjacente à la façade donnant directement sur l'exploitation de M. D, demeurent susceptibles d'affecter les conditions d'utilisation et de jouissance de l'exploitation de l'élevage situé à quelques dizaines de mètres et la fin de non-recevoir invoquée au regard de l'article L.600-1-2 du code de l'urbanisme doit dès lors être écartée.
25. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le panneau d'affichage relatif à la déclaration préalable en cause, dont la photographie est produite par le requérant dans sa requête introductive et auquel M. C renvoie dans le cadre de sa fin de non-recevoir soulevée le 26 août 2022, ne comportait pas l'ensemble des mentions obligatoires requises, notamment en ce qui concerne la nature des travaux visés par cette déclaration préalable. Le délai n'ayant donc pu commencer à courir à l'égard des tiers, la fin de non-recevoir pour tardiveté des conclusions dirigées contre la déclaration préalable en cause soulevée par
M. C ne peut donc qu'être écartée.
26. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit s'agissant de la déclaration préalable relative au seul changement de destination que les fins de non-recevoir relatives à la méconnaissance par le requérant des dispositions des articles R.600-1 et R.600-4 du code de l'urbanisme doivent être écartées pour les mêmes motifs que précédemment.
Sur la légalité de la décision de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 057 482 21 M 0038 :
27. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire ". Aux termes de l'article R. 421-14 du même code : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, () : c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 () ". Aux termes de l'article R. 421-17 du même code : Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R. 421-14 à R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement() ".
28. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déclaré le projet de modifier les ouvertures de la maison d'habitation achetée à la SCI Ramos et présentée comme sa résidence principale. Il résulte de ce qui a été dit que la déclaration préalable portant sur le seul changement de destination effectué par la SCI Ramos est entachée d'illégalité et annulée par le présent jugement. Les travaux en litige avec la déclaration préalable tacite n° DP 057 482 21 M 0038 ayant pour effet de modifier la façade de la maison et de concrétiser son changement de destination, afin de permettre son utilisation habituelle à des fins d'habitation et non plus de locaux professionnels, est dès lors soumise à permis de construire. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le projet de M. C était soumis à l'exigence d'un permis de construire préalable et que l'arrêté de non- opposition à cette déclaration est intervenu d'une part en méconnaissance des dispositions de l'article R.421-14 du code de l'urbanisme ainsi que, d'autre part et pour les mêmes motifs que ceux prévalant à l'égard du seul changement de destination, en méconnaissance des dispositions des articles L.111-3 du code rural et de la pêche maritime et de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme.
29. Il résulte de ce qui précède et de ce qui a été dit aux points 19 à 21 qu'aucune régularisation du projet consistant à modifier les ouvertures d'une maison à usage d'habitation n'est susceptible d'intervenir au regard de la problématique de salubrité publique à laquelle il ne peut être remédié, sans changer la nature du projet.
30. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est également fondé à demander l'annulation de la décision du 1er août 2021 par laquelle le maire d'Ogy-Montoy Flanville ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n° DP 057 482 21 M0038 déposée par M. C.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. D qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. C et la commune d'Ogy-Montoy Flanville demandent au titre des frais liés au litige.
32. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune d'Ogy-Montoy Flanville le paiement d'une somme de 1500 euros à M. D.
D E C I D E :
Article 1 : Les décisions de non-opposition aux déclarations préalables déposées par la SCI Ramos et M. C sont annulées.
Article 2 : La commune d'Ogy-Montoy Flanville versa à M. D une somme de 1 500euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune d'Ogy-Montoy Flanville et de
M. C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, M. C, à la SCI Ramos et à la commune d'Ogy-Montoy Flanville. Copie en sera adressée au Préfet de la Moselle.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
Mme Kalt, première conseillère,
Mme Eymaron, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La première assesseure,
L. KALT
Le président rapporteur,
M. B
Le greffier,
J. FERNBACH
La République mande et ordonne au préfet de Moselle, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026