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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201223

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201223

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOUKARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2022, M. A C, représenté par Me Boukara, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2022, par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui renouveler sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 10, dernier alinéa, de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 dès lors que ces stipulations ne subordonnent pas le renouvellement de la carte de résident à l'absence de menace à l'ordre public ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction et au rejet des conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête a perdu son objet, M. C s'étant vu délivrer une carte de résident, retirée par l'intéressé le 1er juillet 2022.

Un mémoire, enregistré le 12 décembre 2022, présenté pour M. C, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Un mémoire, enregistré le 13 décembre 2022, présenté par le préfet du Haut-Rhin, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, était titulaire d'une carte de résident valable du 8 octobre 2008 au 7 octobre 2018. Par une demande du 1er octobre 2018, il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident. Par une décision du 10 février 2022, dont le requérant sollicite l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Lorsque l'administration ne prend une décision faisant droit à la demande d'un administré qu'en vue d'assurer l'exécution de l'ordonnance par laquelle un juge des référés a suspendu l'exécution de la décision de refus initiale et enjoint à l'autorité administrative de faire droit à la demande de l'administré, une telle décision, qui revêt par sa nature même un caractère provisoire, n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale de refus.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin n'a délivré en juillet 2022 un certificat de résident à M. C qu'en exécution de l'ordonnance de référé du tribunal du 14 mars 2022 prononçant une telle injonction. Par suite, eu égard au caractère provisoire de cette décision, le préfet n'est pas fondé à soutenir que la requête a perdu son objet. L'exception de non-lieu doit par suite être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien susvisé : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () e) Au conjoint et aux enfants tunisiens mineurs, ou dans l'année qui suit leur dix-huitième anniversaire, d'un ressortissant tunisien titulaire d'un titre de séjour d'une durée de dix ans, qui ont été autorisés à séjourner en France au titre du regroupement familial ; () 3) Ce titre de séjour est renouvelé de plein droit pour une durée de dix ans. ".

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants tunisiens, les stipulations précitées de l'article 10 de l'accord franco-tunisien fixent les conditions dans lesquelles il est délivré aux ressortissants tunisiens une carte de résident de plein droit. Il résulte de ces stipulations qu'aucune restriction n'est prévue au renouvellement de ce titre de séjour tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public. En revanche cet engagement international ne fait pas obstacle à l'application de la réglementation générale autorisant qu'il soit procédé à l'expulsion d'un étranger suivant les modalités définies par le législateur en fonction de l'importance respective qu'il attache, d'une part, aux impératifs liés à la sauvegarde de l'ordre public et à leur degré d'exigence et, d'autre part, au but d'assurer l'insertion de catégories d'étrangers déterminées à raison de considérations humanitaires, du souci de ne pas remettre en cause l'unité de la cellule familiale ou de l'ancienneté des liens noués par les intéressés avec la France. En tout état de cause, en cas de nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique, l'administration peut prononcer l'expulsion.

6. En l'espèce, pour refuser au requérant le renouvellement de sa carte de résident de dix ans, le préfet du Haut-Rhin lui a opposé le fait que sa présence constituait une menace à l'ordre public en raison de plusieurs condamnations pénales prononcées à son encontre. Toutefois, les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ne prévoient pas de refuser à un ressortissant tunisien le renouvellement de la carte de résident dont il était titulaire au motif que sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public et, ainsi qu'il résulte du point 2, le préfet du Haut-Rhin ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, opposer au requérant les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour, inapplicables aux ressortissants tunisiens et au renouvellement de titre de séjour.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que le préfet du Haut-Rhin délivre à M. C une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du préfet du Haut-Rhin la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Haut-Rhin du 10 février 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de délivrer une carte de résident à M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le préfet du Haut-Rhin versera à M. C la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Colmar.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

La rapporteure,

V. B

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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