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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201380

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201380

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2022, Mme B A, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la prolongation par la préfète du Bas-Rhin de son délai de transfert vers les autorités espagnoles, son refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et son refus de renouveler son attestation de demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile et un formulaire de demande d'asile dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ainsi que les dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la prolongation du délai de transfert et le refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale sont irréguliers faute de preuve de l'information des autorités espagnoles, avant l'expiration du délai de six mois, de l'impossibilité d'exécuter le transfert dans ce délai ;

- ils méconnaissent l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- ils sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant du constat de la fuite ;

- la décision de refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 531-7 et L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la prolongation du délai de transfert ne constitue pas une décision faisant grief, de sorte que les conclusions dirigées à son encontre sont irrecevables ;

- les moyens dirigés contre la prolongation du délai de transfert ne sont au demeurant pas fondés ;

- les moyens dirigés contre le refus d'enregistrement de la demande d'asile de la requérante en procédure normale et contre le refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2201881 du 5 avril 2022 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête en référé aux fins de suspension des décisions attaquées ;

- le courrier du 6 avril 2022 par lequel Mme A a indiqué maintenir sa requête.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dobry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 22 novembre 2000, a sollicité l'asile le 3 septembre 2020. Un arrêté de transfert aux autorités espagnoles a été pris à son encontre par la préfète du Bas-Rhin le 20 novembre 2020 et notifié le 18 janvier 2021. Le délai de transfert de six mois a été prolongé une première fois en raison du recours contentieux introduit par la requérante contre la décision de transfert, puis une seconde fois jusqu'au 3 août 2022 en raison d'un constat de fuite. En conséquence, l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale lui a été refusée par décision implicite du 6 octobre 2021. L'attestation de demande d'asile de Mme A n'a par ailleurs plus été renouvelée à compter du 3 juin 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la prolongation de son délai de transfert, du refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et du refus de renouveler son attestation de demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la prolongation du délai de transfert de la requérante vers l'Espagne :

2. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par conséquent, les conclusions présentées par Mme A à fin d'annulation de la décision de prolongation de son délai de transfert sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'enregistrement de la demande d'asile de Mme A en procédure normale :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités espagnoles ont été informées le 3 mars 2021 de la prolongation du délai de transfert de Mme A, de sorte que le moyen tiré de ce que cette information n'a pas été délivrée manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été assignée à résidence par un arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 18 janvier 2021 qui lui a été notifié le même jour, lui faisant obligation de se présenter les mercredis entre 9 heures et 10 heures aux autorités. A compter de la notification de son assignation à résidence et jusqu'au constat de sa fuite le 3 mars 2021, Mme A ne n'est jamais présentée aux autorités et elle s'est ainsi soustraite à son obligation de pointage à sept reprises. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le constat de sa fuite est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, ni que le refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, conséquence de la prolongation du délai de transfert, est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions précitées.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'enregistrement de la demande d'asile de Mme A en procédure normale doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile de Mme A :

7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

8. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. () ".

9. En vertu des dispositions précitées, le renouvellement de l'attestation de demande d'asile représente un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, de sorte que son refus est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée.

10. Il ressort des pièces du dossier que l'attestation de demande d'asile de Mme A expirait le 3 juin 2021, alors que la procédure de transfert vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile était en cours. Il n'est en outre pas contesté par la préfète du Bas-Rhin que la requérante s'est présentée en préfecture au début du mois de juin 2021 pour solliciter le renouvellement de son attestation de demande d'asile, qui lui a été refusé. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de refus de renouvellement opposée oralement à la requérante, née le 3 juin 2021. Aucune motivation n'ayant été apportée par la préfète du Bas-Rhin, lors de la présentation de la requérante auprès de ses services ou ultérieurement en réponse aux courriels de son avocate, la décision de refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile de Mme A est entachée de défaut de motifs.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête dirigé contre la décision de refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile, que Mme A est fondée à demander l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

13. Eu égard à ce qui précède, les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un formulaire de demande d'asile doivent être rejetées. En revanche, il y lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer le droit de la requérante à bénéficier d'une attestation de demande d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais de l'instance :

14. Il y a lieu, sous réserve que Me Gaudron, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gaudron de la somme de 1 000 euros hors taxes.

15. Il n'est justifié dans l'instance d'aucun dépens, les conclusions de Mme A tendant à ce que ceux-ci soient mis à la charge de l'Etat doivent par conséquent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Bas-Rhin du 3 juin 2021 refusant à Mme A le renouvellement de son attestation de demande d'asile est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros hors taxes à Me Gaudron, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gaudron renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète du Bas-Rhin et à Me Gaudron.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES Le greffier,

N. EL ABBOUDI

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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