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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201468

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201468

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantALEXANDRE - LÉVY - KAHN - BRAUN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 1er mars 2022 et 7 octobre 2022, M. C B, représenté par la Selarl Divalex conseils, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2019 par laquelle la commune de Rosteig a décidé de préempter la parcelle cadastrée section 3 n° 390/341, située au lieudit " Riehfeld " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rosteig le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme sont méconnues dès lors qu'il n'est pas établi que la préemption serait justifiée par l'existence d'un projet particulier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, M. D A et Mme E A doivent être regardés comme concluant au rejet de la requête.

Ils font valoir que :

- ils ont procédé à la vente de leur parcelle à la commune ;

- la parcelle objet de la préemption contestée n'est ni exploitable ni constructible.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, la commune de Rosteig, représentée par Me Alexandre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2023.

Par un courrier du 25 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité de la requête, celle-ci ayant été introduite au-delà du délai raisonnable d'un an dont disposait M. B pour contester la décision de préemption en litige, dont il doit être regardé comme ayant eu connaissance au plus tard le 29 juin 2020, date à laquelle il a adressé un recours gracieux à la commune de Rosteig à ce titre.

Un mémoire en réponse à ce moyen soulevé d'office a été présenté par M. B le 8 avril 2024 et communiqué le 9 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,

- et les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est porté acquéreur de la parcelle cadastrée section 3 n° 390/341. Par une délibération du 20 septembre 2019, le conseil municipal de la commune de Rosteig a décidé de préempter la parcelle cadastrée section 3 n° 390/341. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". L'acquéreur évincé étant au nombre des personnes, destinataires de la décision de préemption, auxquelles cette décision doit être notifiée, il résulte de ces dispositions que ce délai ne lui est pas opposable si elle ne lui a pas été notifiée avec l'indication des voies et délais de recours.

3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En de telles hypothèses, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 7 juillet 2020 adressé à M. B, la commune de Rosteig énumère les raisons pour lesquelles elle a estimé qu'il était justifié de faire usage du droit de préemption sur la parcelle cadastrée section 3 n° 390/341. Ce courrier du 7 juillet 2020 précise, en outre, qu'il fait suite à un courrier adressé à la commune par M. B, le 29 juin 2020. Dans ces circonstances, et eu égard à la nature de la réponse apportée à M. B à son courrier, il peut être établi que ce dernier a eu connaissance de la décision de préempter la parcelle en litige au plus tard à la date du 29 juin 2020. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée, enregistrées au greffe du tribunal le 1er mars 2022, ont dès lors été présentées au-delà du délai raisonnable d'un an, qui est opposable à l'acquéreur évincé par une décision de préemption. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées d'office les parties, elles sont, pour ce motif, tardives.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Rosteig qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. B demande au titre des frais liés au litige.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B le versement de la somme que la commune de Rosteig sollicite sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Rosteig en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. C B, à M. D A, à Mme E A et à la commune de Rosteig.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Malgras, première conseillère,

Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

A.-L. EYMARON

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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