lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHEBBALE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mars 2022 et le 28 mars 2024, M. C A, représenté par Me Chebbale, agissant au nom de sa fille mineure B D C, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, statuant sur recours administratif obligatoire, refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à sa fille mineure ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer sans délai le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et notamment l'allocation pour demandeur d'asile du 13 octobre 2021 au 31 mai 2022, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- l'entretien de vulnérabilité n'a pas été réalisé ;
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- la décision ne tient pas compte des éléments de vulnérabilité de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est incompatible avec les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Le directeur général de l'OFII fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le codes relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- et les observations de Me Chebbale, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né en 1976, a sollicité en 2021 la reconnaissance du statut de réfugié pour sa fille mineure, B D C, née en 2012 et entrée en France le 17 janvier 2015 accompagnée de sa mère. Cette demande a été enregistrée le 13 octobre 2021 en procédure accélérée. M. A a sollicité le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 18 novembre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de faire droit à cette demande au motif que la demande d'asile présentée au nom de l'intéressée n'a pas été présentée dans le délai de cent-vingt jours suivant son entrée en France le 17 janvier 2015. Le 13 décembre 2021, M. A a exercé un recours contre cette décision, transmis le 15 décembre 2021 par courriel à l'OFII. Par la présente requête, M. A, agissant au nom de sa fille mineure, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle directeur général de l'OFII a, sur recours administratif obligatoire, refusé d'accorder à sa fille mineure le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () ".
3. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier qu'un entretien d'évaluation de vulnérabilité a été réalisé le 13 octobre 2021. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. (). / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
5. Si M. A soutient que la décision attaquée n'est pas motivée, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité auprès de l'OFII la communication des motifs de cette décision. Par conséquent, son moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que des éléments particuliers de vulnérabilité n'auraient pas été pris en considération.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 ", ce dernier article prévoyant un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée en France du demandeur d'asile. La fille du requérant étant entrée en France le 17 janvier 2015, il y a lieu cependant de se référer non pas à ce délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 mais au délai de cent-vingt jours prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du code alors applicable, dès lors qu'en vertu du III de l'article 71 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, le nouveau délai de quatre-vingt-dix jours institué par cette loi ne s'applique qu'aux demandeurs d'asile entrés sur le territoire français après le 1er janvier 2019.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a fait application des anciennes dispositions du 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait à tort appliqué les dispositions de l'article L. 531-27 de ce code. De plus, il n'est pas fondé à soutenir que l'OFII ne saurait reprocher à sa fille, alors âgée de deux ans, de n'avoir pas présenté de demande d'asile dans un délai de cent-vingt-jours à compter de son entrée en France, dès lors qu'il appartenait à ses parents, qui agissent au nom de leurs enfants mineurs, de s'assurer des conditions de présentation de leurs demandes d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 553-1 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII a proposé au requérant les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de sa fille et qu'il les a acceptées. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'OFII ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, refuser de lui verser l'allocation de demandeur d'asile.
11. En sixième lieu, ainsi qu'exposé précédemment, l'OFII a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif uniquement que la demande d'asile présentée au nom de la fille de M. A l'a été plus de cent-vingt-jours après son entrée en France. La décision attaquée ne repose pas sur un autre motif tiré de ce qu'elle serait entrée irrégulièrement en France ou s'y serait maintenue irrégulièrement. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que, sa fille étant mineure, ce dernier motif ne pouvait à bon droit lui être opposé.
12. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".
14. Il ne ressort d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'État ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.
15. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
16. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour objet ou pour effet d'exposer le requérant et sa famille aux traitements et peines prohibés par les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été adoptée sans qu'ait être pris en compte l'intérêt supérieur de la fille de M. A.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, agissant au nom de sa fille mineure, doit être rejetée, y compris ses conclusions d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et aux dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Chebbale et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2201488
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026