lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8e chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2022, Mme D A épouse C, représentée par Me Roussel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Haut-Rhin sur la demande qu'elle lui a adressée le 31 mai 2021 et tendant à autoriser le regroupement familial au bénéfice de ses deux enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de faire droit à sa demande de regroupement familial , subsidiairement, d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement présent.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une incompétence de l'auteurde l'acte ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Sibileau, vice-président a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A épouse C, ressortissante camerounaise née le 27 avril 1987, est entrée en France le 19 juillet 2015. Depuis le 19 décembre 2017, elle bénéficie d'un titre de séjour parent d'enfant français. Elle déclare avoir adressé une première demande de regroupement familial à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en août 2020 restée sans réponse. Après avoir obtenu des juridictions de son pays la garde exclusive de ses deux filles vivant au Cameroun, la requérante a fait venir ces dernières en France le 27 décembre 2020 sous couvert d'un visa C valable du 18 décembre 2020 au 16 janvier 2021. Le 21 janvier 2021, le préfet du Haut-Rhin a réceptionné la demande de regroupement familial sur place formée par Mme A au bénéfice de ses deux filles. Dans le silence de l'administration est née une décision implicite de rejet dont l'intéressée demande l'annulation.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin a reçu le 21 janvier 2021 la demande de regroupement familial formée par Mme A dont il n'est pas contesté qu'elle ait été complète. Par conséquent dans le silence de l'administration est née le 21 juillet 2021 une décision implicite de rejet. Le courrier du 27 mai 2021, réceptionné par le préfet le 31 mai 2021 par lequel l'intéressée s'enquière de l'instruction de sa demande ne peut être qualifié de recours administratif. Par suite, dans le silence de l'administration une décision implicite de rejet s'est formée le 21 juillet 2021. Mme A doit être vue comme en demandant l'annulation.
Sur la légalité de la décision contestée :
4. En premier lieu, la décision attaquée étant une décision implicite de rejet, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte est inopérant. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. " Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : () 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ".
7. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Suivant un principe de droit international bien établi, les États ont le droit, sans préjudice des engagements découlant pour eux de traités, de contrôler l'entrée et le séjour des non-nationaux sur leur sol. La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas le droit pour un étranger d'entrer ou de résider dans un pays particulier De surcroît, en matière d'immigration, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne saurait s'interpréter comme comportant pour un État l'obligation générale de respecter le choix, par les couples mariés, de leur pays de résidence et de permettre le regroupement familial sur le territoire de ce pays.
9. Mme A soutient continuer de vouloir vivre sur le territoire national avec son époux, de nationalité française et avoir été admise à l'école d'aides-soignantes, que ses filles arrivées en décembre 2020, qu'elles n'ont pu quitter le territoire en raison de l'épidémie de covid-19 et qu'elles sont désormais scolarisées en France. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a sollicité le regroupement familial au bénéfice de ses filles que dès lors qu'elles étaient présentes sur le territoire français, qu'il n'est pas établi que la cellule familiale ne puisse se reconstituer dans le pays d'origine de l'intéressée qui, de surcroît ne pouvait ignorer la précarité de leur situation administrative. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision litigieuse n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, le préfet du Haut-Rhin n'a ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse C, à Me Roussel et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Sibileau, président de chambre,
- Mme Fuchs Uhl, conseillère,
- M. B, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
J.-B. SIBILEAU
L'assesseure la plus ancienne,
S. FUCHS UHL La greffière,
S. BILGER-MARTINEZ
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Bilger-Martinez
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026