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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201600

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201600

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BERARD - JEMOLI - SANTELLI - BURKATZKI - BIZZARRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2022, des pièces complémentaires enregistrées le 22 mars 2022 et un mémoire du 6 mai 2022, M. B C, représenté par Me Burkatzki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021, par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- la décision de refus de séjour est entachée de vices de procédure :

* elle ne prend pas en compte la demande de titre de séjour présentée par le requérant eu égard à l'état de santé de son fils ;

* elle a été édictée sur le fondement d'un avis du collège des médecins de l'OFII obsolète, l'état de santé de son fils s'étant aggravé ;

* l'avis du collège des médecins de l'OFII n'a pas été communiqué ;

* la procédure tenant à la composition du collège de médecins de l'OFII est irrégulière ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 542-1 à L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de la famille C.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 et 12 mai 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mars 2022 du tribunal judiciaire de Strasbourg.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Merri, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant géorgien né le 10 mai 1976, est entré en France le 27 mai 2017, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 juillet 2018, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 février 2019. Le 17 avril 2019, il a sollicité son admission au séjour en se prévalant de l'état de santé de son fils A. Le 18 octobre suivant, il a fait valoir son propre état de santé à l'appui de sa demande de régularisation. Par un arrêté

du 22 décembre 2021, la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention

" vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès la réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Il ressort de l'arrêté litigieux du 22 décembre 2021 que, pour rejeter la demande présentée par M. C en vue de son admission au séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale a estimé, au vu de l'avis émis le 5 août 2019 par le collège de médecins de l'OFII, que l'état de santé du fils du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ce dernier peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un certificat médical du responsable de l'unité audiophonologie de l'hôpital de Hautepierre, assurant la prise en charge du jeune A C, établi antérieurement à la décision en litige, que la surdité de ce dernier s'est aggravée, étant désormais totale à gauche, ayant conduit, le 22 juillet 2021, à la pose d'implant cochléaire à droite. Il n'est pas contesté que la mise en place de cet implant nécessite des séances de réglage et de rééducation, outre une prise en charge médico-éducative spécifique, et que le risque principal d'une absence de prise en charge médicale adaptée consisterait en une privation du langage oral. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le fils de M. C est atteint d'une maladie évolutive, que son état de santé, dont l'aggravation a rendu nécessaire une intervention chirurgicale, nécessite des soins dont le défaut pourrait, à moyen terme, se traduire par une impossibilité à s'exprimer et, par conséquent, par une altération significative d'une fonction importante. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le requérant doit être regardé comme apportant suffisamment d'éléments, non sérieusement contestés par la préfète, pour écarter la présomption née de l'avis du collège de médecins de l'OFII susmentionné. Par suite, il est fondé à soutenir que, dès lors que l'état de santé de son fils n'a fait l'objet d'aucun nouvel examen depuis août 2019, soit plus de deux ans avant la décision en litige, cette dernière décision est entachée de défaut d'examen sérieux de sa situation.

6. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a rejeté la demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade est illégale et doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions distinctes du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de titre de séjour présentée par M. C soit réexaminée par la préfète du Bas-Rhin. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Burkatzki, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 décembre 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de procéder à un nouvel examen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Burkatzki, avocat de M. C, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Burkatzki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète du Bas-Rhin et à Me Burkatzki.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Merri, première conseillère.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

D. MERRI

Le président,

F. SILVESTRE-TOUSSAINT-FORTESA

La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Marie-Claude SCHMIDT

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