mercredi 6 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars 2022 et le 11 mai 2023, la société EARL A Gustave et fils et M. B A, représentés par Me Llorens, demande au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'organiser une mission de médiation portant sur le différend les opposant à la commune de Riquewihr et de désigner à cette fin, une ou plusieurs personnes en charge de cette mission ;
2°) d'annuler la décision du 7 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Riquewihr a refusé de leur délivrer une autorisation d'occupation du domaine public, ensemble la décision explicite de rejet de leur recours gracieux ;
3°) d'enjoindre à la commune de Riquewihr de leur délivrer l'autorisation demandée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Riquewihr la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision du 7 septembre 2021 n'est pas motivée en droit et est insuffisamment motivée en fait ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreurs de droit et d'appréciation ; le refus de leur accorder l'autorisation d'occuper le domaine public ne résulte pas d'un motif d'intérêt général tiré de l'affectation et de la conservation du domaine ; en tout état de cause, un tel motif serait entaché d'inexactitude matérielle ;
- elles portent atteinte au principe d'égalité.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2022 et le 30 mai 2023, la commune de Riquewihr, représentée par Me Gillig, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société EURL A Gustave et Fils la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société EARL A Gustave et fils et M. B A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques,
- le code général des collectivités territoriales,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, désigné M. Bouzar, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de la première chambre.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jordan-Selva,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Canal, substituant Me Llorens, représentant la société Earl A Gustave et fils et M. B A et de Me Waltuch, substituant Me Gillig, représentant la commune de Riquewihr.
Considérant ce qui suit :
1. La société A Gustave et fils est une exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) qui produit du vin et dispose d'un caveau sis 14 rue du Général de Gaulle à Riquewihr. Elle a présenté le 30 juin 2021 auprès du maire de la commune de Riquewihr une demande d'autorisation d'occupation du domaine public afin de disposer de mange-debout devant son établissement. Par une décision du 7 septembre 2021, le maire de la commune de Riquewihr a rejeté sa demande. Par courrier réceptionné en mairie le 2 novembre 2021, l'EARL A Gustave et fils a formé un recours gracieux pour contester cette décision. Par la présente requête, la société EARL A Gustave et fils et son gérant, M. B A, demandent l'annulation de la décision du 7 septembre 2021, ensemble la décision du 11 janvier 2022 portant rejet du recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins de médiation :
2. Aux termes de l'article L. 213-7 du code de justice administrative : " Lorsqu'un tribunal administratif ou une cour administrative d'appel est saisi d'un litige, le président de la formation de jugement peut, après avoir obtenu l'accord des parties, ordonner une médiation pour tenter de parvenir à un accord entre celles-ci. ".
3. Si les requérants sollicitent l'organisation d'une médiation, la commune de Riquewihr, qui n'a pas répondu à cette demande dans ses observations en défense, doit être regardée comme n'ayant pas entendu y donner suite. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées aux fins de médiation, laquelle requiert l'accord des parties.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 7 septembre 2021 :
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 () ".
5. La décision par laquelle l'autorité gestionnaire du domaine public rejette une demande de délivrance d'une autorisation unilatérale d'occupation du domaine public constitue un refus d'autorisation au sens du 7° de l'article L. 211-2 précité du code des relations entre le public et l'administration et doit par suite être motivée en application de ces dispositions.
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 7 septembre 2021 ne mentionne notamment ni les dispositions des articles L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ou L. 2121-1 et R. 2122-4 du code général de la propriété des personnes publiques, ni plus généralement, aucun des textes législatifs et réglementaires qui en constituent le fondement en droit. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en droit de cette décision doit être accueilli.
7. Lorsqu'une décision administrative prise illégalement donne lieu à un recours administratif ne constituant pas un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux et que l'autorité saisie de ce recours prend légalement une décision expresse par laquelle elle maintient la mesure contestée, la décision initiale ne se trouve pas régularisée. La décision prise sur le recours administratif a seulement pour effet de permettre l'application de la mesure à compter de la date à laquelle cette décision entre en vigueur.
8. Ainsi, la décision du 11 janvier 2022 ne peut avoir eu pour effet de régulariser la décision du 7 septembre 2021.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision du 7 septembre 2021, que les requérants sont fondés à en demander l'annulation.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 11 janvier 2022 :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous () ".
11. Il appartient à l'autorité chargée de la gestion du domaine public de fixer, tant dans l'intérêt dudit domaine et de son affectation que dans l'intérêt général, les conditions auxquelles elle entend subordonner les permissions d'occupation. L'autorité chargée de la gestion du domaine public peut autoriser une personne privée à occuper une dépendance de ce domaine en vue d'y exercer une activité économique, à la condition que cette occupation soit compatible avec l'affectation et la conservation du domaine. Les autorisations privatives d'occupation de ce domaine ne constituent pas un droit pour les demandeurs ou leur titulaire.
12. Pour refuser d'accorder à la société A Gustave et fils l'autorisation d'installer des mange-debout sur le domaine public devant son commerce, le maire de Riquewihr s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'installation d'un tel dispositif serait constitutive d'une gêne à la circulation des piétons et des automobiles des riverains sur la voie principale de la commune, eu égard au contexte particulier de forte affluence et à la densité des piétons constatée en centre-ville en raison de l'importante attractivité touristique du village. La commune de Riquewihr fait valoir que la généralisation d'un tel dispositif au bénéfice de l'ensemble des cavistes, au nombre d'une vingtaine dans la commune dont cinq sur la seule rue du général de Gaulle, serait constitutive d'un trouble à la circulation publique.
13. D'une part, les motifs ainsi pris en compte par le maire pour rejeter la demande de la société A Gustave et fils révèlent l'examen de la compatibilité du projet avec l'affectation et la conservation du domaine public. Le moyen tiré de ce que le maire aurait commis une erreur de droit en se fondant sur des motifs étrangers à l'intérêt du domaine doit dès lors être écarté.
14. D'autre part, nonobstant la faible emprise au sol qu'aurait le dispositif que les requérants envisagent d'installer devant leur établissement, le maire de Riquewihr n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant en compte le risque de créer un précédent au bénéfice de l'ensemble des cavistes du village et en affirmant sa volonté de ne pas les autoriser à occuper le domaine public aux fins de dégustation au droit de leurs commerces.
15. En second lieu, les requérants se prévalent d'une méconnaissance du principe d'égalité au motif, d'une part, que la société EARL A Gustave et fils est titulaire, comme les restaurateurs, d'une licence IV et que, d'autre part, des cavistes exerçant à Riquewihr ont obtenu l'autorisation de placer des tables et des chaises ou des tonneaux devant leur commerce. Toutefois, la seule circonstance que la société requérante soit titulaire d'une licence IV ne permet pas de considérer qu'elle serait placée dans une situation identique à celle des restaurateurs. Par ailleurs, la commune fait valoir en défense sans être sérieusement contredite que le caviste cité par les requérants est propriétaire de la parcelle localisée devant l'entrée de son commerce et n'a bénéficié d'aucune autorisation d'occupation du domaine public à des fins privatives. Par suite, alors que les cavistes sont dans une situation différente de celle des restaurateurs, le maire a pu refuser de délivrer l'autorisation sollicitée, sans méconnaître le principe d'égalité, au motif tiré de l'atteinte en résultant pour la circulation publique.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de la décision du 7 septembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
17. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions des requérants aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 septembre 2021 du maire de la commune de Riquewihr est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société EARL A Gustave et fils, à M. B A et à la commune de Riquewihr.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bouzar, premier conseiller, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.
La rapporteure,Le premier conseiller,
faisant fonction de président
S. JORDAN-SELVA
M. BOUZAR
Le greffier,
P. SOUHAIT
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026