jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP WELSCH & KESSLER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mars 2022, 24 avril 2023 et 7 novembre 2023 sous le n° 2201796, Mme C E, représentée par la SCP Welsch-Kessler et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Rosheim ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. B D portant sur la réalisation d'une piscine ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune les dépens et les frais de l'instance.
Elle soutient que :
- la requête n'est pas tardive ;
- elle justifie d'un intérêt à agir ;
- elle satisfait aux exigences des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- les dispositions des articles 7UA et 13UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rosheim ont été méconnues.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mai 2022 et 23 octobre 2023, la commune de Rosheim, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- Mme E ne justifie pas de son intérêt à agir ;
- il n'est pas justifié du respect des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, Mme A E et
M. B D, représentés par Me Lang, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est tardive ;
- Mme E ne justifie pas de son intérêt à agir ;
- il n'est pas justifié du respect des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.
Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites, à la demande du tribunal, par la commune de Trémery, les 2 et 4 avril 2024, et ont été communiquées le 16 avril 2024.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mars 2022, 24 avril 2023 et 23 octobre 2023 sous le n° 2201798, Mme C E, représentée par la SCP Welsch-Kessler et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Rosheim ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. B D portant sur la réhabilitation de la terrasse existante et la pose d'une pergola ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune les dépens et les frais de l'instance.
Elle soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- elle justifie d'un intérêt à agir ;
- elle satisfait aux conditions des dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- les travaux réalisés l'ont été sans autorisation d'urbanisme ;
- le projet ne satisfait pas aux dispositions des articles R. 431-21 et R. 451-2 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet et méconnaît ainsi les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 13UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rosheim ;
- le projet aurait dû faire l'objet d'un permis de construire, en application des dispositions de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, Mme A E et
M. B D, représentés par Me Lang, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- il n'est pas justifié de ce qu'il est satisfait aux exigences des dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- Mme E ne justifie pas de son intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, la commune de Rosheim, représentée par la Selarl Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- Mme C E ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2023.
Sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été produites, à la demande du tribunal, par la commune de Trémery, les 2, 3 et 4 avril 2024, et ont été communiquées le 16 avril 2024.
Par un courrier du 30 avril 2024, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce qu'il était susceptible de surseoir à statuer au motif que la décision attaquée est susceptible de méconnaître les dispositions de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme, faute pour le projet d'avoir fait l'objet d'une autorisation de démolir, celles de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme, faute pour ce même projet d'avoir fait l'objet d'un permis de construire, et celles de l'article 13UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rosheim, en tant qu'elles prévoient le regroupement des surfaces perméables dont la superficie est inférieure ou égale à un are.
Par un mémoire, enregistré le 3 mai 2024, M. D a présenté ses observations en réponse à ce courrier du 30 avril 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Duband, avocat de Mme E,
- les observations de Me Vienne, avocat de la commune de Rosheim.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 février 2021, M. D a déposé un dossier de déclaration préalable portant sur la réalisation d'une piscine sur un terrain situé 4, rue des Chartreux à Rosheim. Il a, le 7 septembre 2021, déposé une seconde déclaration préalable portant sur la réhabilitation d'une terrasse existante et la pose d'une pergola, sur le même terrain. Ces deux déclarations préalables ont fait l'objet d'arrêtés de non-opposition du maire de Rosheim, respectivement datés du 19 mars 2021 et du 17 septembre 2021. Mme C E a, par courrier du 17 novembre 2021, formé un recours gracieux à l'encontre de ces deux arrêtés, qui a été implicitement rejeté par le maire de Rosheim. Par les requêtes n° 2201796 et n° 2201798, qui ont fait l'objet d'une instruction commune et qu'il convient de joindre pour y statuer par un même jugement, Mme E demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 19 mars 2021 et 17 septembre 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur la requête n° 2201796 :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R 424-15. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention () de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. ". Aux termes de l'article A. 424-16 du code de l'urbanisme : " Le panneau prévu à l'article A. 424-1 indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, la date et le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : a) Si le projet prévoit des constructions, la superficie du plancher hors œuvre nette autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel () ". L'article A. 424-17 du même code prévoit que : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : " Droit de recours : " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (article. R. 600-2 du code de l'urbanisme). Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (article R. 600-1 du code de l'urbanisme). " Enfin, l'article A. 424-18 du même code indique que : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier ".
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la photographie versée à l'instance par le pétitionnaire et non sérieusement remise en cause par la requérante, que le panneau d'affichage de la non-opposition à la déclaration préalable en litige a été affiché à compter du 27 mars 2021. Aucun élément du dossier n'est de nature à faire douter de ce que cet affichage a été continu pendant une période d'au moins deux mois à compter de cette date. Par ailleurs, si Mme E soutient que le panneau ne comportait pas les mentions prévues par les dispositions précitées, et notamment celles relatives aux voies et délais de recours et permettant d'apprécier la nature et la consistance du projet, il n'est pas sérieusement contesté que la photographie du panneau d'affichage qu'elle produit à l'instance consiste en une vue tronquée de celui-ci. La photographie produite en défense, datée du 27 mars 2021, permet, quant à elle, d'établir, sans que cela soit sérieusement remis en cause par Mme E, que le panneau d'affichage comportait les mentions relatives au délai de recours et indiquait la nature du projet, précisant notamment qu'il ne créait pas de surface de plancher. Alors que le panneau d'affichage précisait que l'autorisation d'urbanisme était délivrée par la mairie de Rosheim, la circonstance que l'adresse exacte de cette dernière n'ait pas été renseignée ne suffit pas à établir une méconnaissance des dispositions précitées. Dans ces circonstances, le délai de recours contentieux de deux mois a commencé à courir à l'égard de Mme E au plus tard le 27 mars 2021 et il était en conséquence expiré le 17 novembre 2021, date à laquelle elle a formé un recours gracieux. La fin de non-recevoir soulevée en défense et tirée de la tardiveté de la requête 2201796 dirigée contre l'arrêté du 19 mars 2021 doit ainsi être accueillie. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E sont irrecevables et doivent, en conséquence, être rejetées.
Sur la requête n° 2201798 :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir soulevées en défense :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a notifié son recours gracieux au pétitionnaire, le 19 novembre 2021. La notification de son recours contentieux a également été régulièrement transmise à la commune de Rosheim et au pétitionnaire, respectivement les 21 et 22 mars 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Rosheim et tirée de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du même code : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant () ".
7. La requérante, qui produit un extrait du livre foncier portant sur les parcelles cadastrées section 4 n°s 162 et 84, justifie être propriétaire des parcelles situées à proximité du projet contesté. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense et tirée de ce qu'elle ne satisfait pas aux dispositions précitées de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme doit être écartée.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du même code : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
10. Ainsi qu'il a été indiqué précédemment, Mme E justifie être propriétaire des parcelles cadastrées section 4 n°s 162 et 84. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est, contrairement à ce qui est soutenu, visible depuis la maison d'habitation de Mme E, située sur la parcelle cadastrée section 4 n° 162, la circonstance qu'il ne soit pas démontré que la parcelle cadastrée section 4 n° 84, jouxtant immédiatement le terrain d'assiette du projet et consistant en une vaste étendue goudronnée, constituerait un lieu de vie pour la requérante, ne suffit pas à remettre en cause l'intérêt à agir dont elle dispose. Par suite, eu égard à la vue directe sur la terrasse surélevée depuis la maison de la requérante, la fin de non-recevoir soulevée en défense et tirée du défaut d'intérêt à agir doit être écartée.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 17 septembre 2021 :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme : " Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction relève d'une protection particulière définie par décret en Conseil d'Etat ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir. ". Aux termes de l'article R. 421-27 de ce code : " Doivent être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction située dans une commune ou une partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instituer le permis de démolir ". L'article R. 421-28 du même code prévoit que : " Doivent en outre être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction : () / b) Située dans les abords des monuments historiques définis à l'article L. 621-30 du code du patrimoine ou inscrite au titre des monuments historiques ; (). ".
12. Par ailleurs, aux termes de l'article L.421-51 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition. ". Aux termes de l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement ". Aux termes de l'article R. 431-36 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; () Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés () aux articles R. 431-21. () ".
13. Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que lorsque des travaux soumis à déclaration préalable nécessitent une démolition, le pétitionnaire peut présenter un dossier de déclaration préalable valant demande de permis de démolir. Toutefois, eu égard à l'objet et à la portée du permis de démolir, la décision statuant sur la déclaration préalable ne peut valoir autorisation de démolir que si le dossier de déclaration mentionne explicitement que le pétitionnaire entend solliciter cette autorisation. Est par elle-même sans incidence la circonstance que les plans joints à la déclaration montrent que la réalisation de la construction implique la démolition de bâtiments existants.
14. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies de l'état de la construction antérieurement au projet versé au dossier, que les travaux en litige ont nécessité la démolition de la terrasse bétonnée qui existait précédemment ainsi que du passage et de l'escalier extérieur y conduisant. Eu égard à leurs caractéristiques, l'ensemble de ces aménagements constituait des constructions au sens des dispositions précitées de l'article R. 421-28 du code de l'urbanisme. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment de l'avis rendu par l'architecte des bâtiments de France, le 16 septembre 2021, que le projet se situe dans les abords de plusieurs monuments historiques. Par suite, et ainsi que le soutient Mme E, le projet de M. D devait, conformément aux dispositions de l'article R. 421-28 du code de l'urbanisme, faire l'objet d'un permis de démolir.
15. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas du formulaire cerfa de déclaration préalable, que M. D a sollicité une autorisation de démolir. S'il indique, dans le descriptif des travaux joint au dossier de déclaration préalable, avoir procédé à la démolition des constructions existantes, il ne peut pour autant en être déduit qu'une telle mention des travaux de démolition visaient à en obtenir la régularisation et que sa demande de déclaration préalable valait également demande de permis de démolir.
16. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que la décision attaquée est illégale, faute pour M. D d'avoir sollicité une autorisation de démolition.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rosheim : " Espaces libres et plantations / 1. Les espaces libres de toute construction devront être aménagés et entretenus. / Au moins 20 % de la parcelle devra être maintenu en espace perméable. Ces surfaces devront être regroupées si elles sont inférieures ou égales à un are. ".
18. Il ressort des pièces du dossier qu'eu égard à la superficie totale de la parcelle en litige, au moins 94,40 mètres carrés de sa surface devront être maintenus en espace perméable. A supposer que la superficie de la parcelle dont le caractère perméable est effectivement préservé soit, ainsi que le fait valoir la défense, d'au moins 94,40 mètres carrés, il n'est pas sérieusement contesté, au vu des pièces du dossier, qu'elle n'excède pas 100 mètres carrés. Or, les dispositions précitées de l'article 13UA du règlement du plan local d'urbanisme imposent que si la superficie des surfaces perméables est inférieure ou égale à un are, elles doivent être regroupées, ce qui n'est, en l'espèce, pas le cas. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que les dispositions précitées de l'article 13UA du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rosheim ont été méconnues.
19. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : () b) Dans les zones urbaines d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à quarante mètres carrés ; toutefois, demeurent soumis à permis de construire les travaux ayant pour effet la création de plus de vingt mètres carrés et d'au plus quarante mètres carrés de surface de plancher ou d'emprise au sol, lorsque leur réalisation aurait pour effet de porter la surface ou l'emprise totale de la construction au-delà de l'un des seuils fixés à l'article R. 431-2 () ". Aux termes de l'article R.431-2 du même code : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; b) Une construction à usage agricole ou les constructions nécessaires au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole dont à la fois la surface de plancher et l'emprise au sol au sens de l'article R. 420-1 n'excèdent pas huit cents mètres carrés ; c) Des serres de production dont le pied-droit a une hauteur inférieure à quatre mètres et dont à la fois la surface de plancher et l'emprise au sol au sens de l'article R.420-1 n'excèdent pas deux mille mètres carrés. (). Les demandeurs d'un permis de construire sont tenus de recourir à un architecte pour les projets de travaux sur construction existante conduisant soit la surface de plancher, soit l'emprise au sol de l'ensemble à dépasser l'un des plafonds fixés par le présent article ".
20. Il ressort des pièces du dossier que le projet, situé en zone urbaine du plan local d'urbanisme, consiste en l'ajout d'une terrasse extérieure, dont la surface d'emprise au sol est de 25,96 mètres carrés, auxquels s'ajoutent 8,82 mètres et 10,29 mètres carrés d'emprise au sol, liés respectivement au passage ainsi qu'à l'escalier surélevé menant à la cette terrasse. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, il n'est ainsi pas sérieusement contestable, au vu des éléments figurant dans les plans joints au dossier de déclaration préalable, que le projet contesté emporte création de plus de 40 mètres carrés d'emprise au sol. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que le projet en litige devait, en vertu des dispositions précitées de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme, faire l'objet d'un permis de construire et non d'une simple déclaration préalable.
21. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision du 17 septembre 2021.
22. Eu égard aux irrégularités relevées, affectant pour partie la nature juridique de l'autorisation d'urbanisme délivrée dès lors que le projet nécessite l'obtention d'un permis de démolir et d'un permis de construire, il n'y a pas lieu de mettre en œuvre le dispositif de régularisation institué par l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Rosheim ne s'est pas opposé à la déclaration préalable portant sur la réhabilitation d'une terrasse existante et la pose d'une pergola.
Sur les frais de l'instance :
24. La requérante demande, dans le cadre de l'instance n° 2201798, que soit mis à la charge de la commune de Rosheim les dépens et les frais de l'instance. Ses conclusions ne sont cependant pas chiffrées. Par suite, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Rosheim le versement à Mme E d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
25. Mme E n'étant pas, dans le cadre de l'instance n° 2201798, la partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge, sur le fondement des mêmes dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement des sommes sollicitées par la commune de Rosheim et M. D et Mme A E. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas davantage lieu de mettre à la charge de Mme E le versement de la somme sollicitée par la commune de Rosheim et M. D et Mme A E dans le cadre de l'instance
n° 2201796.
D E C I D E :
Article 1 : La requête n° 2201796 est rejetée.
Article 2 : L'arrêté du 17 septembre 2021 est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties dans les instances n° 2201796 et
n° 2201798 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Mme A E, à M. B D et à la commune de Rosheim.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Faessel, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
A.-L. EYMARON
Le président,
X. FAESSEL
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
2, 2201798
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026