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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202051

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202051

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantGASIMOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 25 mars 2022, M. C, représenté par Me Airiau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, entretemps, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

-la décision attaquée a été prise par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la préfète du Bas-Rhin n'a pas saisi pour avis la commission du titre de séjour ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

-la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mars 2022 et 3 février 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel,

- et les observations de Me Airiau, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant kosovar né le 19 avril 2002, est entré en France selon ses dires le 28 février 2012 avec ses parents, ses frères et sa sœur. Actuellement incarcéré au centre de détention d'Oermingen, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 26 mars 2021. Par un arrêté du 22 mars 2022 dont le requérant sollicite l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le magistrat désigné par le président du tribunal, statuant suivant la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a par un jugement du 25 mars 2022, annulé les décisions par lesquelles la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour. Ainsi, dans la présente requête, seules demeurent à juger les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 11 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que le tribunal l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative: / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance; (). ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-21 du même code : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France selon ses dires en février 2012, à l'âge de neuf ans, avec ses parents et sa fratrie, a été scolarisé à l'école primaire à Strasbourg d'avril 2012 à juillet 2013, puis au collège à Strasbourg de septembre 2013 à juillet 2018. Il a ensuite effectué une formation proposée dans le cadre d'un contrat du parcours d'accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie d'août 2019 à août 2020. Il ressort également d'une attestation du 30 mars 2021 d'un responsable d'unité éducative en milieu ouvert de Strasbourg Sud de la protection judiciaire de la jeunesse que le requérant est suivi par ce service depuis février 2017. Il a ensuite été écroué le 19 janvier 2021 à la maison d'arrêt de Strasbourg puis au centre de détention d'Oermingen. La circonstance, relevée dans la décision attaquée, que les bulletins scolaires versés dans son dossier administratif ne permettraient pas d'établir le sérieux et l'assiduité de sa scolarité n'est pas de nature à remettre en cause la continuité de la présence du requérant sur le territoire français entre février 2012 et sa majorité acquise en avril 2020. D'autre part, la préfète du Bas-Rhin ne conteste pas la continuité de sa présence en France à compter de sa majorité. La circonstance que les condamnations prononcées à son encontre lui ont valu d'être écroué à partir du 19 janvier 2021 n'est pas de nature à remettre en cause le caractère habituel de sa résidence en France. Ainsi, M. B justifie résider habituellement en France depuis qu'il a neuf ans. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B, né le 19 avril 2002, a présenté sa demande de titre de séjour le 26 mars 2021, soit dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé remplissait les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Bas-Rhin était tenue de saisir de son cas la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence constitue une menace à l'ordre public. Faute d'avoir été précédée de cette consultation, le refus de titre de séjour opposé à M. B est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et est, ainsi, entaché d'illégalité.

5. Il résulte tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 mars 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 4, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 22 mars 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Airiau et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Colmar.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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