mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2202225 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8e chambre |
| Avocat requérant | MENGUS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril 2022 et 11 avril 2024, M. C A, représenté par Me Mengus, demande au tribunal :
1°)d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°)d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer, d'une part, un titre de séjour, dans un délai de quinze jours suivant notification du jugement à venir, sous astreinte de
100 euros par jour de retard et, d'autre part, dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour, un récépissé l'autorisant à travailler, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe Michel, rapporteur ;
- les observations de Me Mengus, avocate, représentant M. A :
- les observations orales de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né en 1991, est entré irrégulièrement en France le 26 mars 2018, selon ses déclarations. Il a présenté le 4 février 2020, une demande d'asile qui a été rejetée le 31 juillet 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le 29 décembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du
24 juin 2021, la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 1er octobre 2021, M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande l'annulation de la décision du 28 février 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à cette demande.
2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin ne se serait pas livrée à un examen préalable de la situation personnelle de M. A avant de refuser de l'admettre au séjour ou aurait méconnu l'étendue de sa compétence. Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète pouvait, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur de fait, rappeler sa décision du 24 juin 2021 rejetant une première demande de délivrance d'un titre de séjour et la mesure d'éloignement dont ce refus était assorti. Enfin, la décision attaquée n'ayant ni pour objet, ni pour effet de déterminer un pays de renvoi, la préfète du Bas-Rhin n'était pas tenue d'examiner les craintes invoquées par M. A en cas de retour dans son pays d'origine.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,
L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. Ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne garantissent à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, M. A se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français et de sa relation avec une compatriote, titulaire d'une carte de séjour temporaire. Toutefois, à supposer même que le requérant soit présent en France depuis 2018, il n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour et il ne s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français qu'en s'abstenant de déférer à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 24 juin 2021. Si M. A invoque son mariage le 17 juillet 2020 à Strasbourg avec Mme B, relation de laquelle sont issus deux enfants, nés en 2019 et 2020, sa vie commune avec son épouse n'est pas établie par les éléments produits à l'instance. Le nom de M. A n'apparaît que sur quelques-unes des nombreuses pièces produites à l'instance concernant le logement ou les droits sociaux de Mme B. Si l'acte de naissance du 6 septembre 2019 et le courrier d'une compagnie d'assurance, en date du 29 septembre 2023, mentionnent une adresse commune à Mme B et M. A, il résulte des attestations de demande d'asile de ce dernier et de l'attestation de versement du 6 janvier 2023, qu'il déclarait à l'OFII entre 2020 et 2023 une adresse différente de celle de Mme B. Par ailleurs, M. A n'apporte aucun élément précis ou probant de nature à établir l'intensité de ses liens avec ses enfants, qui résident avec leur mère. Il ne fait état d'aucune tentative d'insertion dans la société française alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans au moins. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. A, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision a été prise et n'a, par suite, méconnu ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
6. Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que M. A ne fait état d'aucune circonstance de nature à caractériser un motif exceptionnel ou des considérations humanitaires au sens des dispositions précitées. Il s'ensuit, dans les circonstances de l'espèce, que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut pas être accueilli.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A n'établit pas avoir établi avec ses enfants des relations suffisamment intenses, ni participer à leur entretien et à leur éducation. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à invoquer les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 28 février 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Baptiste Sibileau président,
Mme Sarah Fuchs Uhl, conseillère,
M. Christophe Michel, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. Michel
Le président,
J.-B. Sibileau
La greffière,
S. Bilger-Martinez
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
C. Bohn
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026