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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202448

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202448

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSELARL CABINET KIRMEN & LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, M. B A, représenté par Me Lefebvre, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2) d'annuler les décisions de retrait de points consécutifs aux infractions commises les 07 août 2018 à 01h55 ( 1 point), 29 septembre 2018 à 16h05 (4 points), 12 janvier 2021 à 19h05 (4 points), 27 mars 2021 à 20h57 (3 points) ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire ;

4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, au titre de frais exposés et non compris dans les dépens.

M. A soutient que :

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- il n'a pas reçu notification des décisions de retrait de points ;

- la réalité des infractions des 07 août 2018 à 01h55, 29 septembre 2018 à 16h05, 12 janvier 2021 à 19h05, 23 mars 2021 à 20h57 n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions de M. A dirigées contre la décision " 48SI " du 28 décembre 2021 en tant qu'elle invalide son permis de conduire et contre le retrait de points consécutif à l'infraction du 27 mars 2021, et à titre subsidiaire, au rejet des surplus de ses conclusions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de la route ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le non-lieu à statuer soulevé en défense par le ministre de l'intérieur :

1. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, édité le 17 juin 2022 et versé au dossier par l'administration que le ministre de l'intérieur a, postérieurement à l'introduction de la requête, supprimé les mentions afférentes à l'infraction commise le 27 mars 2021. Le titre de conduite de M. A est donc doté, à cette date, d'un solde positif de trois points sur douze et est valide. Dans ces conditions, le ministre doit être réputé avoir rapporté la décision " 48SI " du 28 décembre 2021 portant invalidation du permis de conduire de M. A. Il s'ensuit que les conclusions susvisées à fin d'annulation de la décision " 48SI " portant invalidation du permis de conduire de l'intéressé et contre le retrait de points consécutif à l'infraction commise le 27 mars 2021 sont devenues sans objet et qu'il n'y a plus d'y statuer.

Sur le défaut de notification des décisions de retrait de points :

2. Aux termes des dispositions de l'article L .223-3 du code de la route : " Le retrait de point est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. M. A soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul but de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectué par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis de conduire a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevé une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en connaitre la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 07 août 2018 :

5. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, que le requérant a payé l'amende forfaitaire afférente à l'infraction commise le 07 août 2018 relevé par radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)". Ainsi, M. A a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de l'infraction susmentionné doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 12 janvier 2021 :

7. Il résulte des articles R.49-1, et A.37-15 à A.37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction est verbalisée au moyen d'un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende, le montant de l'amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, reprises à l'article R.223-3 du même code. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de M. A, que l'infraction commise le 12 janvier 2021 a été verbalisée après interception du véhicule au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, et que l'amende forfaitaire correspondante a été acquittée le 02 mars 2021. Ainsi, cette amende ayant été acquittée de façon différée, M. A a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ledit paiement. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont cet avis de contravention est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que le requérant ne produit pas l'avis de contravention qu'il a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant retrait de points consécutive à cette infraction serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 29 septembre 2018 :

9. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction commise le 29 septembre 2018 a donné lieu à une condamnation pénale par jugement du tribunal de police de Metz en date du 16 novembre 2018 devenue définitive. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéfice, à l'occasion de cette infraction, de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L.222-3 et R.222-3 du code de la route ". Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions commises les 07 août 2018, 29 septembre 2018 et 12 janvier 2021 :

10. Aux termes des dispositions de l'article L.223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entrainant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou une condamnation définitive ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité d'une infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L.223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entrainé l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. D'une part, il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, régulièrement produit par le ministre de l'intérieur dans le cadre de la présente instance que le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires à la suite des infractions commises les 07 août 2018 et 12 janvier 2021. D'autre part, en ce qui concerne l'infraction du 29 septembre 2018, il ressort des pièces du dossier qu'elle a donné lieu à une condamnation pénale par jugement du tribunal de police de Metz en date du 16 novembre 2018 et que cette condamnation est définitive. Dès lors, la réalité de cette infraction doit être regardée comme établie.

12. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.223-1 du code de la route relatif à l'établissement de la réalité des infractions ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de la décision du 28 décembre 2021 et de la décision de retrait de points consécutif à l'infraction commise le 27 mars 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

H. CLa greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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