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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202507

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202507

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL GF - DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 11 avril 2022, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application des articles R. 351-3 et R. 312-14 du code de justice administrative, le dossier de la requête des sociétés Yvelin et Axa France IARD.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2022 et le 15 septembre 2023, les sociétés Yvelin et Axa France IARD, représentées par Me Boizard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n°2008-622 du 7 mai 2008 par lequel l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a mis à la charge de la société Yvelin la somme de 1 400 euros correspondant à un remboursement de frais d'expertise ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- aucun délai de prescription ne peut être opposé dès lors que le cabinet Yvelin n'est pas l'assureur du centre hospitalier de Forbach ;

- il n'est pas démontré que l'ONIAM est subrogé dans les droits de la victime pour recouvrer les frais d'expertise ;

- le titre contesté n'indique pas les bases de liquidation ;

- il a été émis à tort à l'encontre de la société Yvelin et non de la compagnie Axa, assureur du centre hospitalier de Forbach ;

- la preuve des responsabilités pour faute et sans faute du centre hospitalier n'est pas rapportée ;

- les conclusions reconventionnelles de l'ONIAM sont irrecevables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par la SELARL GF - de la Grange et Fitoussi avocats, conclut au rejet de la requête.

Il demande en outre :

- à titre subsidiaire, de condamner les sociétés requérantes au paiement de la somme de 1 400 euros en remboursement des frais d'expertise ;

- en toute hypothèse, de condamner les sociétés requérantes au paiement des intérêts au taux légal à compter du 30 septembre 2019 et à la capitalisation des intérêts ;

- de mettre à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par les sociétés Yvelin et AXA France Iard n'est fondé.

Par lettre du 31 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :

- de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation du titre de recette du 7 mai 2008, de telles conclusions ayant été introduites au-delà du délai de recours contentieux ;

- de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation du titre de recette du 7 mai 2008, de telles conclusions ayant été introduites au-delà du délai raisonnable d'un an à compter duquel la société Yvelin a eu connaissance de cette décision ;

- de l'irrecevabilité des conclusions de la société Axa France IARD en l'absence d'intérêt à agir ;

- de l'irrecevabilité des conclusions de l'ONIAM tendant à la condamnation des sociétés requérantes au paiement des intérêts sur les sommes dues, dès lors que l'ONIAM peut directement recouvrer les intérêts dus au titre de ses pouvoirs propres.

Par un mémoire, enregistré le 2 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales a présenté ses observations sur les moyens relevés d'office.

Par ordonnance du 1er septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 septembre 2023 à 12 heures 00.

Un mémoire, présenté pour l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, a été enregistré le 18 septembre 2023 à 10 heures 57 et n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Varin, représentant les sociétés Yvelin et Axa France IARD.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 mars 2001, Mme C B, alors âgée de cinquante ans, a présenté des métrorragies génitales. Le 23 avril 2002, elle a fait l'objet d'une hystérectomie totale réalisée par un médecin du centre hospitalier Marie-Madeleine de Forbach. Le 7 mai 2002, il a été constaté une fistule recto vaginale justifiant une prise en charge en urgence au centre hospitalier Marie-Madeleine de Forbach puis un transfert aux hôpitaux universitaires de Strasbourg où elle est décédée le 8 mai 2002. Le 2 mars 2006, la fille de Madame B, Mme A, a saisi la commission de consultation et d'indemnisation (CCI) de Lorraine d'une demande d'indemnisation. Par avis du 16 janvier 2007 la CCI a estimé que la responsabilité pour faute du centre hospitalier Marie-Madeleine de Forbach était engagée et que Mme A avait droit au remboursement des préjudices d'ordre économique et moral personnellement subis en raison du décès de sa mère. L'assureur du centre hospitalier Marie-Madeline de Forbach a refusé de faire une offre d'indemnisation. L'ONIAM a donc indemnisé Mme A à la place du centre hospitalier. Il a émis, le 7 mai 2008, le titre exécutoire n°2008-622 à l'encontre de la société Yvelin, courtier en assurance, pour un montant de 1 400 euros pour paiement des frais exposés dans le cadre de l'expertise amiable. Par leur requête, les sociétés Yvelins et Axa France IARD concluent à l'annulation de ce titre de recette.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la société Yvelin :

2. Aux termes de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique dans sa version alors applicable : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, (), l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. () / (), l'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. (). ".

3. En application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. Il résulte de l'instruction que le titre de recette contesté du 7 mai 2008, qui est assorti de la mention des voies et délais de recours, a été reçu le 30 septembre 2019 par la société Yvelin. La société requérante disposait ainsi d'un délai de deux mois à compter de cette date pour introduire un recours. Dès lors que les conclusions de la société Yvelin à fin d'annulation de ce titre de recette n'ont été enregistrées que le 25 février 2020 par le tribunal judiciaire de Bobigny, elles sont tardives et doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la société Axa France IARD :

5. Il résulte de l'instruction que le titre recette contesté du 7 mai 2008 n'identifie comme débiteur de la créance de l'ONIAM en litige que la seule société Yvelin. Par suite, la société Axa France IARD ne justifie d'aucun intérêt à agir et ses conclusions à fin d'annulation dudit titre ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions de l'ONIAM tendant en toute hypothèse au paiement des intérêts avec capitalisation :

6. Aux termes de l'article 28 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " L'ordre de recouvrer fonde l'action de recouvrement. Il a force exécutoire dans les conditions prévues par l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales. / Le comptable public muni d'un titre exécutoire peut poursuivre l'exécution forcée de la créance correspondante auprès du redevable, dans les conditions propres à chaque mesure d'exécution. / Le cas échéant, il peut également poursuivre l'exécution forcée de la créance sur la base de l'un ou l'autre des titres exécutoires énumérés par l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution. ". Aux termes de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique : " L'établissement public est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. ".

7. Il résulte des dispositions précitées que dans le cadre de ses pouvoirs propres l'ONIAM peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur. Il s'ensuit que l'ONIAM n'est pas recevable à demander au juge le paiement des intérêts moratoires dus de plein droit et dont le recouvrement pourra être assuré par le comptable public.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les sociétés Yvelin et Axa France IARD au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés Yvelin et Axa France IARD la somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'ONIAM et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des sociétés Yvelin et Axa France IARD est rejetée.

Article 2 : Les sociétés Yvelin et Axa France IARD verseront à l'ONIAM la somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de l'ONIAM est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Yvelin en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le rapporteur,

T. GROS

Le président,

C. CARRIERLe greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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