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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202526

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202526

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSELARL CARLA MESSI AVOCATS ET CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 avril et 10 juin 2022, M. C B, représenté par Me Messi, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 12 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que l'ensemble des retraits de points y ayant concouru ;

2) d'annuler les décisions de retraits de points intervenues à la suite des infractions commises les 03 avril 2020 (un point), 16 mai 2020 (un point), 27 avril 2020 (un point), 21 novembre 2020 (quatre points), 31 août 2020 (deux points), 21 janvier 2021 (un point), 17 janvier 2021(un point) et 27 mars 2021 (un point) ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points irrégulièrement retirés sur son permis de conduire ;

4) de mettre à la charge de l'Etat les entiers frais et dépens.

M. B soutient que :

­ il n'a pas reçu notification des décisions de retrait de points ;

­ il n'a pas reçu de lettre référencée " 48N " l'informant que le solde de points sur son permis de conduire était inférieur ou égal à trois points ;

­ il n'a pas reçu de lettre référencée " 48M " l'informant que son capital de points était devenu inférieur à six points ;

­ il n'a pas reçu de lettre référencée " 48SI " constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

­ il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route en ce qui concerne les infractions commises les 03 avril 2020, 16 mai 2020, 27 avril 2020, 21 novembre 2020, 31 août 2020, 21 janvier 2021, 17 janvier 2021 et 27 mars 2021 ;

­ les décisions de retrait de points auraient été enregistrées tardivement dans son dossier de permis de conduire.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du Code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique ont été entendus :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de M. B, représenté par Demaretz, substituant Me Messi.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48SI " du 12 août 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation de cette décision, ainsi que les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur lui a retiré les points affectés à son titre de conduite à la suite des infractions commises les 03 avril 2020, 16 mai 2020, 27 avril 2020, 21novembre 2020, 31 août 2020, 21 janvier 2021, 17 janvier 2021 et 27 mars 2021.

2. Aux termes des dispositions de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'alinéa 5 de l'article R.223-3 du code de la route dispose que : " Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception ".

3. En vertu des dispositions de l'article R.421-1 du code de justice administrative, le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de la notification qui doit lui être faite.

4. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que l'intéressé a régulièrement reçu notification de la décision. Cette preuve peut résulter des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit à défaut, d'une attestation postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière, le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication de la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n' a pu être remis.

5. En l'espèce, le ministre produit la photocopie de l'avis de réception postal et du pli afférent à la décision " 48SI " dont il se prévaut. Il ressort des mentions portées sur ledit avis que le pli dont il s'agit, envoyé par le " B.N.D.C ", Bureau national des droits à conduire, a été adressé à M. B, en recommandé avec accusé de réception n°2C15540505380, et a été présenté le 12 août 2021 à la même adresse que celle figurant dans les écritures de l'intéressé, comme en atteste la mention " avisé " ainsi que la date manuscrite. Or, cette mention implique nécessairement que M. B était absent de son domicile lors du passage du facteur et que l'avis de passage l'informant d'un pli recommandé et de la possibilité de le retirer à La Poste dans un délai de quinze jours a été déposé dans sa boite aux lettres. En outre, le pli et l'accusé de réception portant la mention " non réclamé ", ce qui révèle que M. B s'est abstenu d'aller retirer ledit pli au bureau de poste dont il relevait. Le relevé d'information intégral produit par le ministre, édité le 04 mai 2022, confirme à cet égard la notification de la décision 48SI à la date du 12 août 2021 et le dépôt d'un avis de passage par la mention " A/P ". Si le requérant fait valoir qu'il n'a jamais eu notification de ladite décision, il ne fait toutefois état d'aucune circonstance ayant fait obstacle à ce qu'il ait pris connaissance en temps utile du contenu de l'envoi recommandé qui lui était adressé.

6. Il résulte de ce qui précède que la distribution par pli recommandé à l'adresse de M. B, le 12 août 2021, de la décision " 48SI " lui notifiant le dernier retrait de points, récapitulant les retraits de points antérieurs et invalidant son titre de conduite, vaut notification de ces décisions et a fait courir le délai de recours contentieux contre chacune d'entre elles même si le pli n'a pas été retiré par l'intéressé. En conséquence, la requête susvisée, enregistrée au greffe du tribunal de Strasbourg le 14 avril 2022, soit après l'expiration du délai de deux mois fixé par les dispositions susmentionnées de l'article R.421-1 du code de justice administrative, est tardive. Par suite, elle est entachée d'une irrecevabilité manifeste et doit être rejetée pour ce motif, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.

Le magistrat désigné,

H. ALa greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2202526

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