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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202642

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202642

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 19 avril 2022 et 15 février 2023, M. A B, représenté par Me Keller, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 21 février 2022 par la commune de Terville pour avoir recouvrement d'un montant de 35 300 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la somme réclamée du montant de la somme correspondant au 32 jours de congés qu'il n'a pas pris ;

3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme réclamée ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Terville la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre exécutoire n'indique pas les bases de liquidation ;

- il ne relève pas de l'article 49 bis du décret n° 88-145 du 15 février 1988 car il a été recruté à titre temporaire par contrat à durée déterminée et a démissionné avant la fin de son contrat ;

- le remboursement n'est pas dû à la commune de Terville mais à la communauté d'agglomération Portes de France-Thionville ;

- la commune de Terville ne participant pas financièrement au fonctionnement du service juridique dans lequel il était affecté, elle ne peut réclamer un quelconque remboursement ;

- la créance n'est pas exigible.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 novembre 2022 et 20 mars 2023, la commune de Terville, représentée par Me Couronne, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weisse-Marchal, rapporteure,

- les conclusions de M. Biget, rapporteur public,

- et les observations de Me Hassan, substituant Me Keller, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention du 11 février 2021, M. A B, agent contractuel qui exerçait en qualité de juriste et directeur, et la commune de Terville ont convenu d'une rupture conventionnelle. Par un contrat en date du 7 juin 2021, M. B a été recruté en qualité d'attaché territorial contractuel pour assurer les fonctions de juriste au sein du service commun Affaires juridiques de la communauté d'agglomération Portes de France-Thionville, dont est membre la commune de Terville, du 18 mai 2021 au 17 mai 2022. Le maire de Terville a émis le 21 février 2022 un titre exécutoire d'un montant de 35 300 euros pour avoir remboursement de l'indemnité de rupture conventionnelle. M. B demande l'annulation de ce titre exécutoire.

Sur la légalité du titre exécutoire :

2. D'une part, aux termes de l'article 72 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique : " I.- () l'autorité territoriale et le fonctionnaire mentionné à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée () peuvent convenir en commun des conditions de la cessation définitive des fonctions, qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire. La rupture conventionnelle, exclusive des cas mentionnés à l'article 24 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée, ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties. / La rupture conventionnelle résulte d'une convention signée par les deux parties. La convention de rupture définit les conditions de celle-ci, notamment le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, qui ne peut pas être inférieur à un montant fixé par décret. () Le fonctionnaire mentionné à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée qui, dans les six années suivant la rupture conventionnelle, est recruté en tant qu'agent public pour occuper un emploi au sein de la collectivité territoriale avec laquelle il est convenu d'une rupture conventionnelle ou auprès de tout établissement public en relevant ou auquel appartient la collectivité territoriale est tenu de rembourser à cette collectivité ou cet établissement, au plus tard dans les deux ans qui suivent le recrutement, les sommes perçues au titre de l'indemnité de rupture conventionnelle. () ". D'autre part, aux termes de l'article 49 bis du décret n° 88-145 dans sa version applicable au litige : " L'autorité territoriale et l'agent recruté par contrat à durée indéterminée de droit public peuvent convenir des conditions de la rupture du contrat qui les lie, en application du III de l'article 72 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique. La rupture conventionnelle résulte d'une convention signée par les deux parties. La convention de rupture définit les conditions de celle-ci, notamment le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle dans des limites déterminées par décret. La rupture conventionnelle ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties ".

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :

3. Aux termes de l'article 24 du décret n° 2012-1246 : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ".

4. En vertu de ces dispositions, une collectivité ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur. La seule référence dans un titre de perception à l'intitulé d'un litige et d'une décision administrative ne peut constituer l'indication des bases de liquidation d'une créance au sens de l'article précité si aucun document explicitant le contenu de ces mentions n'est joint à ce titre ou n'a été porté antérieurement à la connaissance du débiteur.

5. En l'espèce, le titre exécutoire, qui mentionne avoir été émis pour le remboursement de la somme versée pour rupture conventionnelle, n'avait pas à indiquer les bases de liquidation dans la mesure où la somme demandée ne procède d'aucun calcul mais correspond à l'euro près au montant de l'indemnité de rupture conventionnelle perçue par M. B, défini d'un commun accord par la convention. Au demeurant, il est constant que l'intéressé a été informé par un courrier en date du 21 octobre 2021 auquel il a répondu le 28 octobre suivant, que la commune de Terville envisageait de recouvrer la totalité de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, dont le montant est rappelé, en application des dispositions de l'article 49 decies du décret n° 88-145 du 15 février 1988. Dans un second courrier de relance du maire de Terville daté du 8 février 2022, il est écrit : " par conséquent, il ressort de ce qui précède que le remboursement de la somme de 35 300 euros est bien dû au bénéfice de la commune de Terville. Je vous informe que je vais émettre dans les prochains jours un titre de recette afin de garantir le remboursement de cette somme ". Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du titre de perception en litige ne saurait être accueilli.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre exécutoire :

6. L'article 49 decies décret n° 88-145 dispose : " Les agents qui, dans les six années suivant la rupture conventionnelle, sont recrutés en tant qu'agent public pour occuper un emploi au sein de la même collectivité territoriale ou d'un établissement public en relevant ou auquel appartient la collectivité territoriale, sont tenus de rembourser à la collectivité ou l'établissement public, au plus tard dans les deux ans qui suivent leur recrutement, les sommes perçues au titre de l'indemnité spécifique de la rupture conventionnelle. Préalablement à leur recrutement, les candidats retenus pour occuper, en qualité d'agent public, un emploi dans une collectivité territoriale adressent à l'autorité territoriale une attestation sur l'honneur qu'ils n'ont pas bénéficié, durant les six années précédant le recrutement, d'une indemnité spécifique de rupture conventionnelle, de cette collectivité, d'un établissement public en relevant ou auquel elle appartient ".

7. En premier lieu, M. B soutient que ces dispositions doivent être interprétées à la lumière de celles de l'article 49 bis précité qui réservent le bénéfice d'une rupture conventionnelle à " l'agent recruté par contrat à durée indéterminée de droit public ". Il en déduit que le remboursement de l'indemnité spécifique accordée dans le cadre d'une rupture conventionnelle ne peut être exigé que si l'agent concerné est recruté pour occuper un nouvel emploi à durée indéterminée. Toutefois, dès lors que les dispositions susmentionnées s'appliquent aux agents recrutés dans les six années suivant la rupture conventionnelle sans distinguer selon que ce recrutement est effectué par contrat à durée déterminée ou indéterminée, l'obligation de remboursement de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle s'applique indépendamment de la modalité retenue pour recruter l'agent public sur un emploi. Lorsque le recrutement est effectué par un contrat à durée déterminée, même de courte durée, le remboursement de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle est ainsi dû si l'agent satisfait aux critères fixés au premier alinéa de l'article 49 decies du décret n° 88-145. Il s'ensuit que le moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, le requérant affirme que le remboursement serait dû non à son ancien employeur, la commune de Terville, mais à l'administration de recrutement, la communauté d'agglomération Portes de France-Thionville, dès lors que le candidat retenu pour un emploi en qualité d'agent public dans une collectivité territoriale doit adresser à cette collectivité une attestation sur l'honneur indiquant qu'il n'a pas bénéficié, durant les six années précédant ce recrutement, d'une indemnité spécifique de rupture conventionnelle de cette collectivité ou d'un établissement public en relevant ou auquel elle appartient. Il ressort toutefois de la logique du dispositif de l'article 49 decies du décret n° 88-145 comme de la lettre de cet article qu'il doit être interprété dans le sens où c'est la collectivité qui a versé l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle qui doit être remboursée. Il s'ensuit que le moyen doit également être écarté.

9. En troisième lieu, M. B estime que " la commune de Terville ne participant aucunement, financièrement parlant, au fonctionnement du service juridique dans lequel (il) était affecté, elle ne saurait venir réclamer un quelconque remboursement ". Toutefois, selon les termes dénués de toute ambiguïté de l'article 49 decies précité, il suffit que l'agent, dans les six années suivant la rupture conventionnelle, soit recruté en tant qu'agent public pour occuper un emploi " au sein de la même collectivité territoriale ou d'un établissement public en relevant ou auquel appartient la collectivité territoriale " pour être tenu de rembourser l'indemnité conventionnelle dont il a bénéficié. Il ressort par ailleurs de la fiche signalétique BANATIC de la communauté d'agglomération Portes de France-Thionville que la commune de Terville est une des treize communes qui en sont membres. Par suite, ce moyen ne saurait davantage prospérer et doit, par suite, être aussi écarté.

10. En quatrième lieu et dernier, le requérant fait valoir que la créance n'était pas encore exigible à la date de l'émission du titre de perception. Il soutient qu'en vertu des dispositions de l'article 49 decies du décret n° 88-145, l'agent serait tenu de rembourser l'indemnité de rupture conventionnelle " au plus tard dans les deux ans qui suivent le recrutement ". Dans ces conditions, ayant été recruté le 7 juin 2021, il ne serait tenu de rembourser l'indemnité de rupture conventionnelle qui lui a été versée qu'à compter du 7 juin 2023. Toutefois, l'article 49 decies du décret n° 88-145 prévoit seulement que le remboursement doit être intégralement fait " au plus tard dans les deux ans qui suivent le recrutement ". Il ne saurait, par conséquent, être interprété comme rendant la créance exigible à la fin de ces deux ans. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées.

Sur la réduction du montant de la somme réclamée :

12. M. B, qui soutient avoir droit au paiement de 32 jours de congés annuels non pris, demande à ce que le montant de la somme réclamée soit déduit du montant de l'indemnité compensatrice correspondant à ces jours de congés non pris.

13. Aux termes de l'article 5 du décret n° 88- 145 dans sa version applicable au litige : " L'agent contractuel en activité a droit, dans les conditions prévues par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires. A la fin d'un contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice. ".

14. Le requérant n'établit pas n'avoir pas pris les 20 jours du solde de ses congés annuels 2020 et 2021 ainsi que les 12 jours déposés en 2020 sur un compte épargne temps. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à demander la déduction du montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle de la somme correspondant au 32 jours de congés qu'il n'aurait pas soldés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins de décharge de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Terville qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Terville.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal première conseillère,

M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

La rapporteure,

C. Weisse-Marchal

Le président,

A. Laubriat La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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