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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202663

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202663

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL BENOIT - LALLIARD - ROUANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2022, la société CMI Maintenance Est, représentée par Me. Rouanet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et de la solidarité du Grand Est a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant total de 12 250 euros, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux présenté le 21 décembre 2021 ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision du 22 octobre 2021 en réduisant l'amende à un montant proportionné ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les manquements ne justifiaient pas qu'une amende soit prononcée à son encontre ;

- le montant de la sanction est disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weisse-Marchal, rapporteure,

- les conclusions de Mme Devys, rapporteure publique ;

- les observations de M. A, représentant la DREETS Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. La société CMI Maintenance Est est spécialisée dans la réparation de machines et d'équipements mécaniques sur sites sidérurgiques et nucléaires. Elle intervient régulièrement sur le site de la société ArcelorMittal à Florange. Lors d'un contrôle du bungalow et des locaux " en dur " mis à disposition des salariés de l'entreprise sur ce site le 3 février 2020, les agents de contrôle de l'inspection du travail ont constaté plusieurs manquements aux obligations de l'employeur relatives aux installations sanitaires. Par une décision du 22 octobre 2021, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est a infligé à la société CMI Maintenance Est une amende d'un montant total de 12 250 euros. Le 21 décembre 2021, la société a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, lequel a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société demande au tribunal d'annuler la décision du 22 octobre 2021 et la décision implicite rejetant son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail, dans leur rédaction applicable depuis le 12 août 2018 : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : () 5° Aux dispositions prises pour l'application des obligations de l'employeur relatives aux installations sanitaires, à la restauration et à l'hébergement prévues au chapitre VIII du titre II du livre II de la quatrième partie, ainsi qu'aux mesures relatives aux prescriptions techniques de protection durant l'exécution des travaux de bâtiment et génie civil prévues au chapitre IV du titre III du livre V de la même partie pour ce qui concerne l'hygiène et l'hébergement ". Aux termes de l'article L. 8115-4 du même code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ". Par ailleurs, selon les dispositions l'article L. 8115-3 de ce code, le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement.

3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8115-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision. Par ailleurs, les amendes financières, présentant le caractère de sanctions administratives, instituées par l'article L. 8115-1 du code du travail, dont le montant doit être fixé, en vertu de l'article L. 8115-4, en prenant en compte " les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur ainsi que ses ressources et ses charges ", peuvent être contestées, ainsi que le rappelle l'article L. 8115-6, devant le juge administratif, lequel exerce un entier contrôle sur tous les éléments de droit et de fait qui lui sont soumis. Enfin, le montant des amendes n'étant encadré que par un plafond, le juge dispose du pouvoir de moduler ce montant.

Sur le principe de l'amende administrative :

4. Aux termes de l'article R. 4228-3 du code du travail : " Le sol et les parois des locaux affectés aux vestiaires collectifs et lavabos sont tels qu'ils permettent un nettoyage efficace. Ces locaux sont tenus en état constant de propreté ". Aux termes de l'article R. 4228-6 du code du travail : " Les vestiaires collectifs sont pourvus d'un nombre suffisant de sièges et d'armoires individuelles ininflammables. Ces armoires permettent de suspendre deux vêtements de ville. Lorsque les vêtements de travail sont susceptibles d'être souillés de matières dangereuses, salissantes ou malodorantes, les armoires comprennent un compartiment réservé à ces vêtements. Les armoires individuelles sont munies d'une serrure ou d'un cadenas ". Aux termes de l'article R. 4228-7 du même code : " Les lavabos sont à eau potable. L'eau est à température réglable et est distribuée à raison d'un lavabo pour dix travailleurs au plus () ". Par ailleurs, aux termes des articles R. 4228-8 et R. 4228-9 du code du travail : " Dans les établissements où sont réalisés certains travaux insalubres et salissants, des douches sont mises à la disposition des travailleurs () " et " le sol et les parois du local affecté aux douches sont tels qu'ils permettent un nettoyage efficace. Le local est tenu en état constant de propreté. La température de l'eau des douches est réglable (). Enfin, aux termes de l'article R. 4228-11 du code du travail : " Après chaque repas, l'employeur veille au nettoyage du local de restauration ou de l'emplacement permettant de se restaurer et des équipements qui y sont installés ". Et aux termes de l'article R. 4228-13 du même code : " Le sol et les parois des cabinets d'aisance sont en matériaux imperméables permettant un nettoyage efficace. L'employeur fait procéder au nettoyage et à la désinfection des cabinets d'aisance et des urinoirs au moins une fois par jour ".

5. Pour infliger à la société CMI Maintenance Est la sanction en litige, la DREETS Grand Est a considéré que cette société avait manqué à ses obligations en l'absence de nettoyage des sols et des parois des vestiaires, des lavabos et des douches, en l'absence de cadenas et de sièges dans les vestiaires, en l'absence de moyens de nettoyage et de séchage près des lavabos, en l'absence de papier hygiénique et en l'absence de nettoyage quotidien des cabinets d'aisance tels que prévus par les dispositions précitées du code du travail.

6. Si la société requérante reconnaît les manquements qui lui sont reprochés, elle estime qu'elle n'aurait pas dû être sanctionnée ou, tout du moins, qu'elle aurait dû se voir infliger une amende bien moindre, dès lors que les manquements relevés à la suite du contrôle du 3 février 2020 ont été définitivement solutionnés dès le mois de mars suivant. Elle considère avoir immédiatement réagi, tout d'abord, par une remise en état complète du bungalow avec changement du système de fermeture, installation d'une serrure et fourniture d'une clé à chacun des salariés ainsi que, notamment, l'installation de chaises et d'armoires individuelles équipées de cadenas, puis dans un deuxième temps en nettoyant et désinfectant des locaux " en dur " mis à la disposition de ses salariés par la société ArcelorMittal pour ne plus avoir à recourir à un bungalow sur le site, en attendant de pouvoir, dans un troisième temps, entreprendre les travaux d'agrandissement et de réaménagement programmés mais retardés par la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19.

7. Il résulte toutefois de l'instruction que l'inspection du travail avait eu connaissance de la vétusté du bungalow mis à la disposition des salariés de la société requérante sur le site d'ArcelorMittal de Florange lors de la réunion ordinaire de la commission santé, sécurité et conditions de travail du comité social économique du 24 octobre 2019. A cette occasion, l'inspection du travail avait pu prendre connaissance de photos prises le 8 octobre précédant par des membres de la commission en visite sur le site. Par un courrier du 4 novembre 2019, elle a invité la société CMI Maintenance Est à veiller " à ce que les salariés puissent travailler et assurer leur propreté individuelle dans des conditions normales au regard des dispositions réglementaires ". Pourtant lors du contrôle sur place du 3 février 2020, les agents de contrôle ont constaté qu'aucune mesure corrective n'avait été prise à titre provisoire dans l'attente de mise en place d'une solution pérenne. Ainsi l'entreprise n'a corrigé la situation qu'après le contrôle du 3 février 2020, soit plus de trois mois après avoir été avertie de l'état du bungalow et des problèmes d'hygiène rencontrés, et alors que cinq de ses salariés y travaillaient quotidiennement et qu'elle avait les moyens d'y remédier immédiatement. Dans ces circonstances et eu égard à leur gravité, la société CMI Maintenance Est ne peut utilement soutenir que les manquements qui lui ont été reprochés ne justifiaient pas qu'une amende administrative lui soit infligée. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur le montant de l'amende administrative :

8. Selon les dispositions précitées de l'article L. 8115-4 du code du travail, pour déterminer le montant de l'amende qu'elle peut prononcer, l'autorité administrative doit prendre en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges.

9. Les manquements sanctionnés portent sur des obligations visant à garantir la sécurité et la santé des salariés. Il résulte de l'instruction que cinq salariés travaillaient quotidiennement sur le site et étaient amenés à faire des tâches salissantes. Or l'entreprise a tardé à prendre des mesures correctives alors qu'elle aurait pu mettre en place certaines des mesures adoptées au lendemain du contrôle du 3 février 2020 immédiatement après avoir été informée de la situation fin 2019. En outre, le montant total de l'amende prononcée à son encontre correspond à 10 % du montant maximal total encouru de 120 000 euros. Dans ces conditions, la société CMI Maintenance Est n'est pas fondée à soutenir que le montant de l'amende qui lui a été infligée pour sanctionner les manquements constatés est disproportionnée. Il s'ensuit que le moyen doit également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation ou la réformation des décisions attaquées. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS CMI Maintenance Est et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion. Copier en sera transmise à la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

C.Weisse-Marchal

Le président,

A. Laubriat La greffière,

A. Picot

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière, 1

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