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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202764

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202764

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 25 avril 2022 et 1er février 2023, Mme D B, Mme A B E et Mme C B, représentées par

Me Picoche, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le maire de la commune de Wildenstein ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société SFR et portant sur l'installation d'un pylône de téléphonie mobile ;

2°) de mettre à la charge de la société SFR et de la commune de Wildenstein le versement d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive ;

- elles justifient d'un intérêt à agir ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles R. 431-36 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article AP11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin ;

- il méconnaît les dispositions de l'article NP12 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er août 2022 et 11 octobre 2023, la société française du radiotéléphone (SFR), représentée par Me Bidault, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge solidaire de Mmes B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, la commune de Wildenstein, représentée par la SCP Racine, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mmes B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérantes ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,

- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Juliac-Degrelle, avocat des requérantes.

Considérant ce qui suit :

1. La société française du radiotéléphone (SFR) a déposé en mairie de Wildenstein, le 5 janvier 2022, une déclaration préalable en vue d'installer un pylône de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieudit " Kleinruntzmatt ", à Wildenstein. Par un arrêté du 4 février 2022, le maire de la commune de Wildenstein ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, les requérantes demandent au tribunal d'annuler cet arrêté du 4 février 2022.

Sur la légalité de l'arrêté du 4 février 2022 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / () / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 (). / Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public () le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de son article R. 431-10 : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. Il ressort du dossier de déclaration préalable que celui-ci comporte des photographies du site sur lequel sera implantée l'installation en litige ainsi que des documents d'insertion graphique de cette dernière, permettant d'en apprécier son insertion tant dans son environnement proche que dans son environnement lointain. Contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces photographies et documents d'insertion n'auraient pas permis au service instructeur de se prononcer en toute connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 431-10 et R. 431-36 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article NP11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de Saint-Amarin, dont les exigences reprennent les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et ne sont pas moindres à celles-ci : " Aspect extérieur / L'autorisation d'urbanisme peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de celle-ci, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. S'il n'est pas contesté que le site sur lequel sera érigée la construction en litige se trouve au sein du site inscrit du massif des Vosges, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'il se trouve non loin de la partie urbanisée du territoire de la commune de Wildenstein. Par ailleurs, et contrairement à ce qu'a pu estimer l'architecte des bâtiments de France dans son avis du 25 janvier 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, entouré pour partie d'une importante végétation et dont la structure en treillis permet d'en limiter l'impact visuel, porterait atteinte à l'intérêt des lieux et serait de nature à nuire à la préservation des paysages, notamment au regard de la partie supérieure de l'antenne dépassant la frondaison des arbres. Par suite, et eu égard à la nature du contrôle limité exercé par le juge en la matière, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées.

7. En troisième lieu, aux termes de l'annexe 4 bis-1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes de la vallée de Saint-Amarin, à laquelle renvoie l'article NP12 du même règlement : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des occupations et utilisations du sol doit être assuré en dehors des voies publiques sur des espaces aménagés et/ou mutualisés. () ". Il ressort du tableau mentionné à cette annexe que pour les constructions et installations nécessaires au service public ou d'intérêt collectif éloignées d'au moins 300 mètres d'une gare, au moins une place de stationnement pour les cycles doit être prévue.

8. Les requérantes font grief au projet en litige de ne comporter aucune place de stationnement pour vélo. Toutefois, si le projet en litige constitue une installation nécessaire à un service public ou d'intérêt collectif au sens de l'annexe 4 bis précitée, il n'est pas sérieusement contestable que compte-tenu de sa nature et de son emplacement, il ne crée aucun besoin particulier en termes de stationnement. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées en tant que le projet ne prévoit la création d'aucune place de stationnement pour les cycles.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Aux termes de l'article L. 122-3 de ce code : " Les installations et ouvrages nécessaires () à l'établissement de réseaux de communications électroniques ouverts au public () ne sont pas soumis aux dispositions de la présente section si leur localisation dans ces espaces correspond à une nécessité technique impérative ou, dans le cas des communications électroniques, est nécessaire pour améliorer la couverture du territoire ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la zone d'implantation du projet en litige a été identifiée, par arrêté du 27 mai 2020, comme faisant partie des zones à couvrir par les opérateurs de radiocommunications mobiles, ces derniers étant ainsi tenus de fournir des services de radiotéléphonie mobile et d'accès mobile à très haut débit. Il ressort, en outre, des données produites par SFR, et notamment des cartes de couverture au sein de la zone considérée, non sérieusement remises en cause par les requérantes, que le territoire de la commune de Wildenstein dispose d'un accès insuffisant au réseau de la 4G et inexistant à celui de la 5G. Ces mêmes cartes permettent, par ailleurs, d'établir de manière suffisamment probante que la couverture du territoire par la 4G se trouvera améliorée du fait de l'implantation de l'antenne-relais en litige. Par suite, dès lors que la localisation de l'installation projetée est nécessaire pour améliorer la couverture du territoire au sens des dispositions de l'article L.122-3 précité, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que les dispositions précitées des articles L. 122-5 et L. 122-3 du code de l'urbanisme ont été méconnues.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation des requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Wildenstein et de la société SFR qui ne sont qui pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement des sommes que les requérantes demandent au titre des frais liés au litige.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérantes, sur le fondement de ces mêmes dispositions, le versement, respectivement à la commune de Wildenstein et de la société SFR, d'une somme globale de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mmes B est rejetée.

Article 2 : Mmes B verseront à la commune de Wildenstein une somme globale de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mmes B verseront à la société SFR une somme globale de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Mme A B E, à Mme C B, à la société SFR et à la commune de Wildenstein.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Eymaron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La rapporteure,

A.-L. EYMARON

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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