mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2202793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI MOLINA ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 avril 2022, M. B A, représenté par la SELARL Grimaldi-Molina et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier régional (CHR) de Metz-Thionville a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 11 juin 2021 dont il a été victime, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la directrice générale du CHR de Metz-Thionville de réexaminer sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de cet accident, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CHR de Metz-Thionville une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 8 novembre 2021 est insuffisamment motivée ;
- la directrice du CHR de Metz-Thionville s'est crue liée par l'avis de la commission de réforme ;
- le médecin du travail n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme ;
- le médecin du travail n'a pas remis de rapport écrit à la commission de réforme ;
- la commission de réforme était irrégulièrement composée ;
- la décision du 8 novembre 2021 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la présomption posée par l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le CHR de Metz-Thionville conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.
Par une lettre du 17 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de la tardiveté de la requête dès lors qu'en l'absence de production à l'instance de l'accusé de réception du courrier du 10 janvier 2022 portant recours gracieux dirigé contre la décision du 8 novembre 2021, il n'est pas établi que ce recours gracieux a prorogé les délais de recours contentieux contre la décision du 8 novembre 2021.
Des pièces, présentées pour M. A en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées le 18 janvier 2023 et communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duez-Gündel,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerce les fonctions d'ouvrier principal de deuxième classe au centre hospitalier régional (CHR) de Metz-Thionville. Le 11 juin 2021, il a été victime d'un infarctus sur son lieu de travail. Par une décision du 8 novembre 2021, la directrice générale du CHR de Metz-Thionville a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident. M. A a formé un recours gracieux contre cette décision. Du silence gardé sur ce recours est née une décision implicite de rejet. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 8 novembre 2021, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 9 du décret susvisé du 19 avril 1988, dans sa version applicable au litige : " Le médecin du travail attaché à l'établissement auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission départementale de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 23,32 et 35-7. / Le fonctionnaire intéressé et l'autorité compétente de l'établissement peuvent faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical et la commission de réforme. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 15 de l'arrêté susvisé du 4 août 2004 : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. Lorsque la commission statue sur le cas d'un sapeur-pompier professionnel, son secrétariat informe le médecin de sapeurs-pompiers désigné par le préfet sur proposition du directeur départemental des services d'incendie et de secours. Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous. ". En outre, le premier alinéa de l'article 21 du même arrêté dispose que : " La commission de réforme donne son avis sur l'imputabilité au service ou à l'un des actes de dévouement prévus aux articles 31 et 36 du décret du 26 décembre 2003 susvisé de l'infirmité pouvant donner droit aux différents avantages énumérés à l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisé et aux articles 41 et 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. ". Enfin, aux termes de l'article 41 de la loi susvisée du 9 janvier 1986, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 42. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite , à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. (). ".
3. Si M. A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, qui ne sont pas applicables aux agents de la fonction publique hospitalière, il doit cependant être regardé comme invoquant la violation des dispositions similaires de l'article 9 du décret du 19 avril 1988 et des articles 15 et 21 de l'arrêté du 4 août 2004 citées au point précédent.
4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le médecin du travail a été informé, en application des dispositions de l'article 9 du décret du 19 avril 1988 et de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004, de la tenue de la séance de la commission de réforme du 14 octobre 2021. Si le CHR de Metz-Thionville fait valoir que la décision en litige vise un courriel du 8 octobre 2021 par lequel le secrétariat de la commission de réforme aurait procédé à l'information du médecin du travail, cette seule mention, en l'absence de production à l'instance dudit courriel, n'est pas suffisante pour établir le respect de l'obligation procédurale susmentionnée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le médecin du travail aurait remis un rapport écrit à la commission de réforme conformément aux dispositions précitées des articles 15 et 21 de l'arrêté du 4 août 2004. Or ces carences ont privé M. A de la garantie attachée à la possibilité, pour le médecin du travail, de demander la communication du dossier de l'intéressé, de procéder à un examen médical, de présenter des observations écrites ou encore d'assister à la réunion de la commission de réforme. Contrairement à ce que fait valoir le CHR de Metz-Thionville, les motifs de l'avis de la commission de réforme, qui s'est prononcée en défaveur de la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 11 juin 2021, comportent une appréciation médicale ainsi qu'une appréciation liée aux conditions de travail du requérant au regard desquelles l'absence d'information et de rapport écrit du médecin du travail a effectivement privé M. A d'une garantie. Il s'ensuit que la décision du 8 octobre 2021 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2021 ainsi que, par voie de conséquence, de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".
8. Eu égard aux motifs du présent jugement, son exécution implique seulement le réexamen de la demande de reconnaissance de l'imputabilité de l'accident au service formée par M. A le 19 juillet 2021. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la directrice générale du CHR de Metz-Thionville de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du CHR de Metz-Thionville une somme au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : La décision du 8 novembre 2021 par laquelle la directrice générale du CHR de Metz-Thionville a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par M. A le 11 juin 2021, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au CHR de Metz-Thionville de réexaminer la demande de reconnaissance d'accident de service formée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier régional de Metz-Thionville.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Duez-Gündel, conseiller
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
Le rapporteur,
C. DUEZ-GÜNDEL
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026