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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202919

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202919

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202919
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGORGOL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, Mme A F C, représentée par Me Gorgol, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 13 décembre 2021 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour et à défaut, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et les entiers frais et dépens.

Elle soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la décision litigieuse est contraire aux dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision contestée est contraire aux dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 2 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport G D E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A F C, ressortissante vietnamienne née le 24 mars 1969, a épousé M. B C, ressortissant français le 23 décembre 2017 à Hanoï au Vietnam. Après avoir vécu quelque mois au Vietnam, le couple s'installe en Espagne en 2018. Le fils handicapé G C les y rejoint le 31 mai 2019. Toute la famille arrive en France à partir du 27 juin 2021. Le 29 juillet 2021, Mme C fait une demande de titre de séjour pour vie privée et familiale en qualité de conjoint d'un ressortissant français à la préfecture de la Moselle. Cette demande lui est refusée par une décision en date du 13 décembre 2021. Mme C demande au tribunal administratif de céans d'annuler cette décision.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C et son fils handicapé, tous deux de nationalité vietnamienne, sont entrés en France le 27 juin 2021 munis chacun d'une carte de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne en cours de validité délivrée par les autorités espagnoles après qu'ils se sont installés en Espagne avec le mari de la requérante, un ressortissant français avec lequel elle s'est mariée au Vietnam le 23 décembre 2017. Il ressort également des pièces du dossier que le mariage de M. et Mme C a été retranscrit à l'état civil français et qu'ils justifient de la réalité d'une vie commune depuis près de cinq ans. Ainsi, Mme C, qui s'occupe notamment de son fils handicapé, doit être regardée comme ayant établi de manière durable et stable le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, elle est fondée à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'une carte de séjour temporaire à Mme C. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Moselle de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Il résulte des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gorgol, avocat G C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gorgol de la somme de 800 (huit cents) euros hors taxes.

D E C I D E :

Article 1 : La décision par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gorgol, avocat G C, une somme de 800 (huit cents) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F C, à Me Gorgol et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lusset, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

C. E

Le président,

A. Lusset

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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