mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2202954 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GRIMALDI MOLINA ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 mai, 21 juillet et 14 septembre 2022 , le syndicat Force Ouvrière de la collectivité européenne d'Alsace, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 avril 2022 par laquelle la collectivité européenne d'Alsace a refusé de verser rétroactivement au 1er août 2018 aux agents des routes affectés au centre d'entretien et d'intervention et assurant le remplacement des agents pilotes de bac la sujétion " certificat nécessaire à la navigation des bacs sur le Rhin " ;
2°) d'enjoindre à la collectivité européenne d'Alsace de verser aux agents des routes affectés en centres d'entretien et d'intervention et assurant le remplacement des agents pilotes de bac la sujétion " certificat nécessaire à la navigation des bacs sur le Rhin " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la collectivité européenne d'Alsace la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Le syndicat soutient que :
- les délibérations instituant la sujétion dont bénéficient les pilotes de bacs des unités Bacs Rhénans au titre du " certificat de capacité de conduite de bateaux de commerce, restreinte aux bacs " n'excluent pas les pilotes de bacs affectés dans les centres d'entretien et d'intervention qui justifient des mêmes certificats de capacité ou patentes que leurs collègues en fonction dans les unités de Bacs rhénans ;
- les décisions contestées méconnaissent le principe d'égalité de traitement et de non-discrimination entre les pilotes de bacs affectés au sein des unités Bacs rhénans et ceux affectés dans les centres d'entretien et d'intervention.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, la collectivité européenne d'Alsace, représentée par son président, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Biget, rapporteur public,
- et les observations de Mr Odermatt, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière de la collectivité européenne d'Alsace, et de Me Yankova, représentant la collectivité européenne d'Alsace.
Considérant ce qui suit :
1. La collectivité européenne d'Alsace (CEA), qui exploite et entretient en régie directe les trois bacs rhénans de Drusenheim, Rhinau et Seltz, verse aux pilotes de bacs affectés au sein des unités Bacs Rhénans des services routiers de Sélestat et de Haguenau une sujétion " certificat nécessaire à la navigation des bacs sur le Rhin ". Par un courrier du 9 mars 2022 complété par un courriel du 12 avril 2022, le syndicat Force Ouvrière des personnels de la collectivité européenne d'Alsace (ci-après FOCeA) a demandé le versement rétroactif au 1er janvier 2021 puis au 1er août 2018 de cette sujétion aux agents routiers des centres d'entretien et d'intervention habilités à conduire des bacs, qui effectuent ponctuellement des missions de remplacement des pilotes de bac des unités Bacs Rhénans absents ou indisponibles. Par une décision en date du 28 avril 2022, le président de la CEA a refusé de faire droit aux demandes du syndicat FOCeA qui sollicite, par la présente requête, l'annulation de cette décision.
2. Le syndicat requérant considère que les agents des routes amenés ponctuellement à conduire des bacs ont droit au versement de la sujétion en cause dès lors qu'ils sont détenteurs du certificat de capacité à la conduite de bateaux de commerce restreinte aux bacs qui en conditionne seul le bénéfice. Il estime qu'à défaut, ces agents des routes, confrontés aux mêmes contraintes et responsabilités que les pilotes de bac des unités Bac Rhénans dans leur mission de remplacement seraient traités de manière discriminatoire.
3. Aux termes de l'article L. 714-4 du code général de la fonction publique : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires de leurs agents, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat ". Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : / 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; / 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; / 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 qui permettent à une collectivité territoriale de mettre en place pour ses agents le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel institué par le décret du 20 mai 2014, qu'il revient à l'assemblée délibérante de cette collectivité de fixer elle-même la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités bénéficiant aux fonctionnaires de la collectivité, sans que le régime ainsi institué puisse être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat d'un grade et d'un corps équivalents au grade et au cadre d'emplois de ces fonctionnaires territoriaux et sans que la collectivité soit tenue de faire bénéficier ses fonctionnaires de régimes indemnitaires identiques à ceux des fonctionnaires de l'Etat.
5. Par une délibération du 25 juin 2018, le conseil départemental du Bas-Rhin, actuelle collectivité européenne d'Alsace, a décidé de moduler l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) en instaurant de nouvelles indemnités de sujétions afin de valoriser l'expérience professionnelle de ses agents, mais aussi de tenir compte des facteurs de pénibilité et des contraintes des postes occupés ainsi que de l'engagement, l'investissement individuel et l'esprit d'équipe. Ainsi, pour reconnaître et valoriser le niveau de responsabilité supplémentaire ou de certification des pilotes de bacs habilités à conduire les bacs rhénans, a été instituée une sujétion particulière " patentes (niveau 4) nécessaires à la navigation des bacs sur le Rhin " dont le montant, initialement de 120 euros, complète et donc s'ajoute au montant de la part fonction de l'IFSE déterminé par le groupe de fonctions en catégorie C auquel est rattaché le métier de ces agents. Par deux délibérations en date des 31 décembre 2020 et 1er janvier 2022, le libellé de cette sujétion a été modifié en " certificat de capacité à la conduite de bateaux de commerces, restreinte aux bacs " et son montant revalorisé à 150 euros par mois.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des annexes 3 des délibérations susmentionnées et des fiches de postes produites, d'une part, que les métiers de " pilotes de bac " au sein des unités Bac Rhénans correspondant au poste d'agent d'exploitation bac rhénan et d' " agents d'exploitation " affectés au sein des centre d'entretien et d'intervention appartiennent à deux groupes de fonction différents dans le cadre d'emploi de la catégorie C de la collectivité. D'autre part, l'activité " conduite du bac ", qui n'est pas la seule mission dévolue aux pilotes de bacs en charge également de l'accueil et du placement des usagers sur le bac, de l'organisation de la sortie du bac en fin de traversée, de l'entretien courant du bac et de l'entretien des accès au bac, est réservée aux seuls " agents ayant les habilitations nécessaires ", et donc détenteur du certificat de capacité à la conduite des bateaux de commerce restreinte aux bacs.
7. Ainsi, en instituant la sujétion particulière " certificat de capacité à la conduite de bateaux de commerce, restreinte aux bacs ", la CEA a entendu tenir compte, dans le montant de l'IFSE allouée au groupe de fonction 2 auquel appartient le métier de " pilote de bac ", des contraintes et responsabilités spécifiques auxquelles étaient soumis les agents exerçant ce métier assurant en sus la conduite des bacs à titre permanent. Dès lors, les annexes 3 des délibérations du 25 juin 2018, 30 novembre 2020 et du 6 décembre 2021, en attribuant la sujétion en cause à " tous les agents des bacs patentés " (2018) ou " à tous les pilotes des bacs disposant du certificat de capacité à la conduite de bateaux de commerces, restreinte aux bacs ", réservent le bénéfice de cette sujétion spécifique aux seuls agents d'exploitation bac rhénan habilités à conduire un bac assujettis à des contraintes et responsabilités supplémentaires par rapport à leurs collègues n'étant pas habilités à le faire. L'allocation de la sujétion spécifique " certificat de capacité à la conduite de bateaux de commerce restreinte aux bacs " suppose, par conséquent, nécessairement que l'agent habilité à conduire un bac effectue à titre habituel cette mission dans la cadre du métier de pilote de bac et soit, par conséquent, un agent d'exploitation affecté aux unités Bacs rhénans. Il s'ensuit que le syndicat requérant n'est pas fondé à soutenir que les délibérations instituant la sujétion en cause n'excluent pas de son bénéfice les agents routiers des centres d'entretien et d'intervention, qui remplacent les pilotes de bac des unités Bacs Rhénans absents ou indisponibles.
8. En second lieu, les agents routiers habilités à conduire les bacs, qui assument cette mission très occasionnellement dans le cadre uniquement de remplacements, ne sont soumis que sporadiquement aux contraintes et responsabilités s'y rattachant, contrairement aux agents d'exploitation des bacs qui, exerçant cette activité à titre habituel, subissent en permanence ces contraintes et responsabilités. Par suite, le syndicat requérant n'est pas non plus fondé à soutenir que les décisions contestées méconnaissent le principe d'égalité de traitement et de non-discrimination entre les agents conduisant des bacs affectés au sein des unités Bacs rhénans et ceux affectés dans les centres d'entretien et d'intervention.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du syndicat Force Ouvrière de la collectivité européenne d'Alsace dirigées contre la décision attaquée ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au syndicat Force Ouvrière des personnes de la collectivité européenne d'Alsace et à la collectivité européenne d'Alsace.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laubriat , président,
Mme Weisse Marchal, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024 .
La rapporteure,
C.A
Le président,
A. Laubriat La greffière,
B. Delage
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2202954
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026