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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203011

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203011

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 26 avril 2022, sous le n° 2203011, M. D F, représenté par Me Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros hors taxe en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de l'intérêt de sa fille mineure ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation et celle de sa fille mineure au regard des dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. F n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée 26 avril 2022 sous le n° 2203012, Mme B C épouse F, représentée par Elsaesser, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros hors taxe en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle se prévaut des mêmes moyens que ceux exposés sous la requête numéro 2203011.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme F n'est fondé.

M. et Mme F ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2203011 et 2203012, présentées pour M. et Mme F, sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers au regard de leur droit au séjour et posent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. M. et Mme F ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 11 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Strasbourg. Par suite, les conclusions des requérants tendant à ce que le tribunal leur accorde le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'étendue des litiges :

4. Par un jugement n° 2202631, 2202632 du 4 mai 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a renvoyé les conclusions de M. et Mme F présentées contre la décision du 29 novembre 2021 de la préfète du Bas-Rhin portant refus de titre de séjour devant une formation collégiale du tribunal administratif, puis a rejeté le surplus des conclusions des requêtes. Dans ces conditions, ne restent en litige que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 29 mai 2021 portant refus de titre de séjour.

Sur la légalité des refus de délivrance de titres de séjour :

5. En premier lieu, alors que la préfète du Bas-Rhin n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée de M. et Mme F, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces des dossiers que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants, notamment au regard de la présence en France de leur fille mineure. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. et Mme F sont entrés en France en décembre 2018, avec leur fille cadette alors âgée de 7 ans. Ils se prévalent de ce que résident également sur le territoire leur fille et leur fils aînés, âgés de 22 et 20 ans à la date des décisions attaquées, sous couvert, respectivement, d'un titre de séjour en qualité d'étudiante et d'un titre de séjour en qualité d'étranger confié à l'aide sociale à l'enfance avant sa majorité. Toutefois, si les deux aînés sont en situation régulière sur le territoire français, ils étaient majeurs à la date des décisions attaquées et sont en outre entrés sur le territoire français deux ans avant leurs parents. Par ailleurs, si M. et Mme F font valoir que leur fille cadette est scolarisée en France et bénéficie de l'influence positive de sa fratrie, ils n'apportent aucun élément permettant de démontrer que cette scolarisation, très récente à la date de la décision attaquée, ne pourrait pas se poursuivre dans leur pays d'origine ni n'établissent que la contribution des aînés à l'éducation et au développement de leur jeune sœur lui serait indispensable. Par ailleurs, ni la promesse d'embauche dont se prévaut M. F, ni la circonstance que Mme F, qui exerçait la profession d'infirmière en Albanie, pourrait, eu égard à la pénurie de soignants dans la région Grand Est, y trouver du travail, ne suffisent à démontrer une atteinte à leur droit à une vie privée et familiale sur le territoire français. Enfin, si M. F se prévaut de ce que sa sœur, qui réside régulièrement en France, aurait besoin de sa présence dans le cadre de la procédure de divorce qu'elle a initiée, cette circonstance, à la supposer établie, ne saurait davantage suffire à justifier un droit au séjour. Dans ces conditions, M. et Mme F ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle des requérants et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

10. M. et Mme F font valoir les mêmes considérations que celles rappelées au point 8, lesquelles ne présentent pas un caractère humanitaire, ni ne font ressortir un motif exceptionnel de nature à justifier leur admission au séjour. Dès lors, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation et de celle de leur fille cadette au regard des dispositions précitées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme F doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire de M. et Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Mme B C épouse F, à Me Elsaesser et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

M. Therre premier conseiller,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

La rapporteure,

L. E

La présidente,

J. Bonifacj

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2203011, 220301

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