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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203097

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203097

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAMBROSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 10 mai 2022 sous le numéro 2203097,

Mme A B, représentée par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 7 février et 17 mars 2022 par lesquelles l'institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) lui réclame un indu de 1 439,67 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les actes des 7 février et 17 mars 2022 sont entachés d'un vice d'incompétence, leur signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article 12 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article 12 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dans le calcul des sommes réclamées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que d'une part, une lettre informant un agent de l'émission à venir d'un titre de perception est une mesure préparatoire de ce titre qui n'est pas susceptible de recours, d'autre part le rejet du recours formé contre une décision insusceptible de recours est lui-même insusceptible de recours ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 septembre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2023 sous le numéro 2300075,

Mme A B, représentée par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 5 mai 2022 pour un montant de 1 439,67 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de perception contesté méconnaît les dispositions de l'article 24 du décret du

7 novembre 2012, en ce qu'il n'énonce pas clairement les bases de liquidation ;

- il est entaché d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de l'acte du

7 février 2022 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans le calcul des sommes réclamées ;

- le bien-fondé du montant des sommes réclamées n'est pas établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2023.

Par un courrier du 30 mai 2024, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions à fin d'annulation du titre de perception du 5 mai 2022, en tant qu'elles concernent le recouvrement d'un indu de rémunération correspondant à des indemnités journalières de sécurité sociale. (Tribunal des conflits, décision 3699 du 2 mars 2009).

Par un mémoire enregistré le 30 mai 2024, Mme B a présenté des observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard,

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée à temps partiel à compter du 1er janvier 2021 par la direction générale Grand Est de l'institut national de la statistique et des études économiques, en qualité d'agent de catégorie C pour exercer les fonctions d'enquêtrice, suivant un contrat à durée déterminée conclu le 3 décembre 2020 et prolongé par un avenant du 11 mars 2021. Elle a été placée en arrêt de travail pour maladie du 27 au 30 août 2021, puis du 14 octobre 2021 au

16 janvier 2022. Elle a démissionné le 11 mars 2022. Le 7 février 2022, elle a reçu un courrier de son employeur l'informant de l'émission à venir d'un titre de perception pour un montant de 1 439,67 euros représentant un trop-perçu de rémunération pendant son congé maladie. Le

14 mars 2022, Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de ce courrier du 7 février 2022. L'administration a rejeté son recours le 17 mars 2022. Le 5 mai 2022, un titre de perception d'un montant de 1 439,67 euros a été émis à l'encontre de l'intéressée.

2. Les requêtes n° 2203097 et 2300075 concernent la situation de Mme B. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la fin de non-recevoir de la requête n° 2203097 opposée en défense :

3. Le courrier, par lequel l'INSEE- Centre statistique de Metz du 7 février 2022 a informé la requérante de l'obligation de rembourser une somme indument payée de 1 439,67 euros et de l'émission à venir d'un titre de perception, est une mesure préparatoire qui n'est pas susceptible de recours, alors même que les délais et voies de recours y étaient mentionnés. De même, le rejet du recours formé par la requérante contre cet acte ne faisant pas grief, est lui-même insusceptible de recours. Il y a lieu, par suite, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et de déclarer les conclusions aux fins d'annulation des décisions des 7 février et 17 mars 2022 irrecevables.

Sur la compétence du tribunal administratif :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° À l'application des législations et réglementations de sécurité sociale () ". Par ailleurs, l'article L. 142-8 du même code précise que : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 / () ". Il résulte de ces dispositions que seules les juridictions judiciaires sont compétentes pour connaître des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation relative à la sécurité sociale, sauf en ce qui concerne les litiges appartenant, par leur nature, à un autre contentieux. En ce qui concerne les agents de l'État et des collectivités publiques, le critère de la compétence des organismes du contentieux de la sécurité sociale est lié, non à la qualité des personnes en cause, mais à la nature même du différend.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 323-11 du code de la sécurité sociale : " () / La caisse primaire de l'assurance maladie n'est pas fondée à suspendre le service de l'indemnité journalière lorsque l'employeur maintient à l'assuré, en cas de maladie, tout ou partie de son salaire ou des avantages en nature, soit en vertu d'un contrat individuel ou collectif de travail, soit en vertu des usages, soit de sa propre initiative. / Toutefois, lorsque le salaire est maintenu en totalité, l'employeur est subrogé de plein droit à l'assuré, quelles que soient les clauses du contrat, dans les droits de celui-ci aux indemnités journalières qui lui sont dues. / Lorsque, en vertu d'un contrat individuel ou collectif de travail, le salaire est maintenu en totalité ou en partie sous déduction des indemnités journalières, l'employeur qui paie tout ou partie du salaire pendant la période de maladie sans opérer cette déduction est subrogé de plein droit à l'assuré dans ses droits aux indemnités journalières pour la période considérée, à condition que le salaire maintenu au cours de cette période soit au moins égal au montant des indemnités dues pour la même période. / Dans les autres cas, l'employeur est seulement fondé à poursuivre auprès de l'assuré le recouvrement de la somme correspondant aux indemnités journalières, dans la limite du salaire maintenu pendant la même période. / () ".

6. Il résulte de l'instruction que le titre de perception litigieux a été émis pour obtenir la récupération d'un trop-perçu de traitement, d'un trop perçu de jours de carence, ainsi que d'un trop-perçu d'indemnités journalières versées à la requérante pendant sa période de congé maladie, en application des dispositions de l'article R. 323-11 du code de la sécurité sociale. Ainsi, l'action de Mme B tendant à l'annulation de ce titre de perception et de la décision de rejet de sa réclamation est, en partie, fondée sur les droits qu'elle estime tenir de sa qualité d'assurée sociale, contestation qui relève par nature de la compétence des juridictions judiciaires. Dès lors, les conclusions de sa requête, en tant qu'elles concernent la récupération d'un indu correspondant à des indemnités journalières de sécurité sociale doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

7. Le tribunal demeure en revanche compétent pour connaître du litige portant sur le titre de perception attaqué en tant qu'il concerne la récupération d'indus perçus au titre du traitement brut et d'un décompte de jours de carence.

Sur les conclusions à fins d'annulation du titre de perception :

8. En premier lieu, aux termes du second alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration qui met en recouvrement un état exécutoire doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

9. En l'espèce, le titre de perception émis le 5 mai 2022 comporte en objet la mention " Indu sur rémunération issu de paye de janvier 2022 cf détail infra " et précise, dans l'encadré intitulé " détail de la somme à payer ", les éléments de rémunération indument perçus sur les paies de janvier 2022, décembre, novembre et octobre 2021 ainsi qu'au titre des journées de carence des 27 août et 14 octobre 2021. Il est par ailleurs constant que la requérante a reçu d'une part, une lettre d'information datée du 7 février 2022 mentionnant le montant total des sommes dues, identique à celui figurant dans le titre de perception, et détaillant le motif des indus réclamés, d'autre part un courrier électronique du centre de services ressources humaines de l'Insee en date du 18 février 2022 rappelant ses droits à traitement pendant un congé de maladie. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la requérante a été mise en mesure de déterminer l'objet et la nature de la créance, et a reçu une information suffisante, et par suite régulière, sur les bases et les éléments de calcul de sa dette. Le moyen tiré de l'insuffisante indication des bases et éléments de calcul du titre de perception manque en fait et doit dès lors être écarté.

10. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement soutenir que le titre de perception est entaché d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité du courrier du 7 février 2022, dès lors que cet acte est une mesure préparatoire qui n'a aucun caractère décisoire. Par suite, ce moyen, inopérant, doit être rejeté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " La réglementation du régime général de sécurité sociale ainsi que celle relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles sont applicables, sauf dispositions contraires, aux agents contractuels visés à l'article 1er du présent décret. (). Les prestations en espèces versées par les caisses de sécurité sociale en matière de maladie, maternité, paternité, adoption, invalidité, accidents du travail et maladies professionnelles ainsi que les pensions de vieillesse allouées en cas d'inaptitude au travail sont déduites du plein ou du demi-traitement maintenu par l'administration durant les congés prévus aux articles 12 à 15. () ". Et aux termes de l'article 12 de ce même décret : " L'agent non titulaire en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, pendant une période de douze mois consécutifs si son utilisation est continue ou au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs si son utilisation est discontinue, de congés de maladie dans les limites suivantes : / Après quatre mois de services : / - un mois à plein traitement ; / - un mois à demi-traitement ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 115 de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 : " I. - Les agents publics civils et les militaires en congé de maladie et les salariés en congé de maladie pour lesquels l'indemnisation de ce congé n'est pas assurée par un régime obligatoire de sécurité sociale ou est assurée par un régime spécial de sécurité sociale mentionné à l'article L. 711-1 du code de la sécurité sociale ne bénéficient du maintien de leur traitement ou de leur rémunération, ou du versement de prestations en espèces par l'employeur qu'à compter du deuxième jour de ce congé. () ".

12. En l'espèce, il est constant que Mme B a été placée en congé de maladie du 27 au 30 août 2021, puis du 14 octobre 2021 au 16 janvier 2022. Il n'est pas contesté que la requérante, qui comptait plus de quatre mois de service et moins de deux ans d'ancienneté à la date de ses congés de maladie, pouvait bénéficier, en application des dispositions légales précitées, d'un plein traitement pendant les trente premiers jours d'arrêt maladie, soit du 27 au 30 août 2021 et du 14 octobre au 9 novembre 2021, puis d'un demi-traitement du 10 novembre au

9 décembre 2021, et n'avait plus aucun droit à traitement entre les 10 décembre 2021 et

16 janvier 2022. Or, il résulte de l'instruction que l'INSEE lui a indument versé d'une part, un plein traitement sur une période de vingt jours, entre les 10 et 30 novembre 2021, alors qu'elle n'aurait dû percevoir qu'un demi-traitement, soit un trop-perçu de 321,24 euros, d'autre part un demi-traitement sur une période de 21 jours, entre les 10 et 31 décembre 2021, alors qu'elle n'aurait dû percevoir aucun traitement, soit un trop-perçu de 388,27 euros. Par ailleurs,

Mme B ne conteste pas être redevable des traitements qui lui ont été versés durant les deux jours de carence des 27 août et 14 octobre 2021. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception litigieux est entaché d'erreur d'appréciation en tant qu'il met à sa charge la somme de 709,61 euros correspondant à un trop-perçu de traitement et la somme de 39,63 euros correspondant à un trop-perçu de jours de carence.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation du titre de perception émis à son encontre le 5 mai 2022 en tant qu'il met à sa charge un trop-perçu de rémunération et un trop-perçu de jours de carence. Par suite, les conclusions à fin d'annulation du titre de perception et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais des instances :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante aux présentes instances, les sommes que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le titre exécutoire du 5 mai 2022 en tant qu'elles portent sur un indu de rémunération correspondant à des indemnités journalières de sécurité sociale sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Copie en sera adressée à l'institut national de la statistique et des études économiques.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La rapporteure,

C. VICARD

La présidente,

A. DULMET

Le greffier,

P. SOUHAIT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2203097, 2300075

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