mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203107 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | GAUDRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer sans délai une attestation de demande d'asile valable à compter du 6 janvier 2022, d'enregistrer sans délai sa demande d'asile et de lui délivrer un formulaire de demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de condamner l'État aux dépens de l'instance ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur les moyens communs à toutes les décisions en litige :
- elles ne sont pas motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
Sur le refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile :
- il méconnaît les dispositions des articles L. 541-1, L. 521-7 et L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il ne tient pas compte de sa situation de particulière vulnérabilité.
Sur le refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale :
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une lettre du 27 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de Mme B dès lors que les décisions par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile et d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale sont confirmatives de l'arrêté du 20 décembre 2021, prononçant son transfert aux autorités allemandes.
Par un mémoire, enregistré le 7 mars 2023, Mme B a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public.
Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.
Une note en délibéré, présentée par la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a été enregistrée le 25 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante nigériane née le 28 août 1986, a déposé une demande d'asile au guichet unique de la préfecture du Bas-Rhin le 6 décembre 2021. Par deux arrêtés du 20 décembre 2021, la préfète du Bas-Rhin a prononcé son transfert aux autorités allemandes et l'a assignée à résidence. Par des courriels des 2 et 5 mai 2022, Mme B, par l'intermédiaire de son conseil, a sollicité de la préfète du Bas-Rhin l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et le renouvellement de son attestation de demande d'asile. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions implicites nées du silence gardé sur ces demandes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (). ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
3. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les autorités allemandes ont expressément accepté de reprendre en charge Mme B le 9 décembre 2021. L'intéressée a ainsi fait l'objet d'un arrêté de transfert du 20 décembre 2021 qui lui a été notifié le 1er février 2022 et qui est devenu définitif faute d'avoir été contesté. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a été déclarée en fuite le 24 janvier 2022, prolongeant ainsi le délai d'exécution de son transfert jusqu'au 9 juin 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 24 décembre 2021, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté de transfert, le tribunal pour enfants de C a placé la fille mineure de Mme B auprès des services de l'aide sociale à l'enfance de la collectivité européenne d'Alsace et a accordé à la requérante un droit de visite médiatisé. Cette circonstance de fait nouvelle était de nature à changer l'appréciation portée initialement par la préfète du Bas-Rhin, lorsqu'elle a prononcé le transfert de Mme B aux autorités allemandes, sur l'application des dispositions précitées de l'article 17.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il en résulte que les décisions implicites par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a refusé d'enregistrer la demande d'asile de Mme B en procédure normale et de renouveler son attestation de demandeur d'asile à la suite des deux demandes présentées en ce sens les 2 et 5 mai 2022 ne sont pas confirmatives de l'arrêté de transfert du 20 décembre 2021.
5. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, les décisions en litige ont pour effet de maintenir la requérante dans une situation irrégulière en France, de séparer la requérante de sa fille mineure en cas d'exécution de la décision de transfert prise à son encontre et d'entraver l'exercice du droit de visite médiatisé qui lui a été accordé par le tribunal pour enfants de C. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, le refus d'enregistrer la demande d'asile de Mme B en procédure normale méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de la requérante et le refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions implicites en litige doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
8. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, que la préfète du Bas-Rhin enregistre la demande d'asile de Mme B en procédure normale et lui délivre une attestation de demande d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État une somme en application des dispositions susmentionnées.
Sur les dépens de l'instance :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : Les décisions implicites par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a refusé d'enregistrer la demande d'asile de Mme B en procédure normale et de renouveler son attestation de demande d'asile sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer la demande d'asile de Mme B en procédure normale et lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Gaudron et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de C.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Duez-Gündel, conseiller,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
Le rapporteur,
C. D
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026