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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203136

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203136

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHARRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2022 et le 24 juin 2022, M. A B, représenté par Me Charret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre d'identité ;

3°) de statuer ce que de droit quant aux dépens.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur un jugement non avenu pour refuser la délivrance du titre d'identité sollicité en méconnaissance des dispositions de l'article 478 du code de procédure civile ;

- si l'administration entendait réitérer la citation primitive devant le tribunal judiciaire de Metz, il serait en mesure de démontrer le mal-fondé des affirmations du ministère public ;

- il n'a pas commis de fraude.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable compte tenu de l'imprécisions des conclusions formulées dans la requête ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 février 2021, M. B a sollicité le renouvellement de sa carte nationale d'identité. Par une lettre du 15 mars 2022, le préfet de la Moselle a rejeté sa demande au motif qu'il avait perdu la nationalité française. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision préfectorale du 15 mars 2022.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 478 du code de procédure civile : " Le jugement rendu par défaut ou le jugement réputé contradictoire au seul motif qu'il est susceptible d'appel est non avenu s'il n'a pas été notifié dans les six mois de sa date. La procédure peut être reprise après réitération de la citation primitive. ".

5. Si M. B se prévaut de la caducité du jugement du 3 juin 2014 par lequel le tribunal de grande instance de Bordeaux a annulé la reconnaissance de paternité dont il avait bénéficié jusqu'à cette date et constaté son extranéité, faute d'une notification dans un délai de six mois, il n'établit pas cette caducité faute de produire une décision du juge judiciaire la constatant alors, d'une part, qu'il ne conteste pas avoir finalement eu connaissance dudit jugement, joint à ses écritures, et qu'il n'appartient pas, d'autre part, au juge administratif d'apprécier les modalités selon lesquelles un jugement rendu par les juridictions judiciaires est signifié aux personnes concernées. Dans ces circonstances, en se bornant à contester les conditions de notification du jugement rendu par le tribunal de grande instance de Bordeaux, le requérant n'établit pas que la décision attaquée, en tant qu'elle se fonde sur ce jugement, serait entachée d'une erreur de droit.

6. En deuxième lieu, en l'absence de réitération de la citation primitive devant le tribunal judiciaire de Metz, le moyen tiré de ce que si l'administration entendait réitérer la citation primitive devant le tribunal judiciaire de Metz, il serait en mesure de démontrer le mal-fondé des affirmations du ministère public, est inopérant.

7. En troisième lieu, dès lors que la décision en litige est exclusivement fondée sur le motif tiré de l'absence de nationalité française du requérant, il ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas commis de fraude.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la requête ne peuvent qu'être rejetées. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à cet égard par M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Gros, premier conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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