jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203162 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELAFA CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, Mme E A, représentée par la S.E.L.A.F.A Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception émis le 18 septembre 2020 par la direction départementale des finances publiques de la Moselle pour le recouvrement d'une somme de 5 068,42 euros au titre d'un indu de rémunération et de précomptes d'indemnités journalières de la sécurité sociale ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours préalable formé le 15 septembre 2022 ;
3°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme réclamée ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre de perception en litige est entaché d'un vice d'incompétence, son auteur ne justifiant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- il est entaché d'un vice de forme, en ce qu'il ne comporte pas la signature de son auteur ni aucune indication permettant de l'identifier, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le bien-fondé de la créance n'est pas établi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le recteur de l'académie de
Nancy-Metz conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le juge administratif est incompétent pour connaître de la créance relative aux indemnités journalières de la sécurité sociale ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vicard,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A a été recrutée par le ministère de l'éducation nationale en qualité d'accompagnante d'élèves en situation de handicap, d'abord sous contrat à durée déterminée, puis sous contrat à durée indéterminée à compter du 23 février 2021. Elle a été placée en congé de grave maladie du 23 août 2019 au 6 juillet 2020. Le 18 septembre 2020, un titre de perception a été émis à son encontre pour un montant de 5 068,42 euros en recouvrement d'un indu de rémunérations et de précomptes d'indemnités journalières de la sécurité sociale. Par un courrier du 13 septembre 2021, réceptionné le 15 septembre suivant, Mme A a contesté ce titre de perception. Une décision implicite de rejet de son recours préalable est née du silence gardé par l'administration. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis le 18 septembre 2020, ensemble la décision implicite de rejet de son recours administratif et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme réclamée.
Sur la compétence du tribunal administratif :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° À l'application des législations et réglementations de sécurité sociale () ". Par ailleurs, l'article L. 142-8 du même code précise que : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 / () ". Il résulte de ces dispositions que seules les juridictions judiciaires sont compétentes pour connaître des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation relative à la sécurité sociale, sauf en ce qui concerne les litiges appartenant, par leur nature, à un autre contentieux. En ce qui concerne les agents de l'État et des collectivités publiques, le critère de la compétence des organismes du contentieux de la sécurité sociale est lié, non à la qualité des personnes en cause, mais à la nature même du différend.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 323-11 du code de la sécurité sociale : " () / La caisse primaire de l'assurance maladie n'est pas fondée à suspendre le service de l'indemnité journalière lorsque l'employeur maintient à l'assuré, en cas de maladie, tout ou partie de son salaire ou des avantages en nature, soit en vertu d'un contrat individuel ou collectif de travail, soit en vertu des usages, soit de sa propre initiative. / Toutefois, lorsque le salaire est maintenu en totalité, l'employeur est subrogé de plein droit à l'assuré, quelles que soient les clauses du contrat, dans les droits de celui-ci aux indemnités journalières qui lui sont dues. / Lorsque, en vertu d'un contrat individuel ou collectif de travail, le salaire est maintenu en totalité ou en partie sous déduction des indemnités journalières, l'employeur qui paie tout ou partie du salaire pendant la période de maladie sans opérer cette déduction est subrogé de plein droit à l'assuré dans ses droits aux indemnités journalières pour la période considérée, à condition que le salaire maintenu au cours de cette période soit au moins égal au montant des indemnités dues pour la même période. / Dans les autres cas, l'employeur est seulement fondé à poursuivre auprès de l'assuré le recouvrement de la somme correspondant aux indemnités journalières, dans la limite du salaire maintenu pendant la même période. / () ".
4. Il résulte de l'instruction que le titre de perception litigieux a été émis pour obtenir la récupération d'un trop-perçu de traitement, d'un trop perçu de jours de carence, ainsi que d'un reste à recouvrer sur indemnités journalières en application des dispositions de l'article R. 323-11 du code de la sécurité sociale. Ainsi, l'action de Mme A tendant à l'annulation de ce titre de perception et de la décision implicite de rejet de son recours administratif est, en partie, fondée sur les droits qu'elle estime tenir de sa qualité d'assurée sociale, contestation qui relève par nature de la compétence des juridictions judiciaires. Dès lors, les conclusions de sa requête, en tant qu'elles concernent la récupération des indemnités journalières de sécurité sociale pour un montant de 4 085,39 euros, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
5. Le tribunal demeure en revanche compétent pour connaître du litige portant sur le titre de perception attaqué en tant qu'il concerne la récupération d'indus perçus au titre du traitement brut et d'un décompte de jours de carence pour un montant de 983,03 euros.
Sur les conclusions à fins de décharge des sommes réclamées en tant qu'elles concernent un indu de rémunération pendant les congés de maladie et les jours de carence et une reprise de l'indemnité différentielle du SMIC :
6. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
7. Aux termes de l'article 2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État : " La réglementation du régime général de sécurité sociale ainsi que celle relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles sont applicables, sauf dispositions contraires, aux agents contractuels visés à l'article 1er du présent décret. (). Les prestations en espèces versées par les caisses de sécurité sociale en matière de maladie, maternité, paternité, adoption, invalidité, accidents du travail et maladies professionnelles ainsi que les pensions de vieillesse allouées en cas d'inaptitude au travail sont déduites du plein ou du demi-traitement maintenu par l'administration durant les congés prévus aux articles 12 à 15. () ". Et aux termes de l'article 12 de ce même décret : " L'agent non titulaire en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, pendant une période de douze mois consécutifs si son utilisation est continue ou au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs si son utilisation est discontinue, de congés de maladie dans les limites suivantes : / Après quatre mois de services : / - un mois à plein traitement ; / - un mois à demi-traitement ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 115 de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 : " I. - Les agents publics civils et les militaires en congé de maladie et les salariés en congé de maladie pour lesquels l'indemnisation de ce congé n'est pas assurée par un régime obligatoire de sécurité sociale ou est assurée par un régime spécial de sécurité sociale mentionné à l'article L. 711-1 du code de la sécurité sociale ne bénéficient du maintien de leur traitement ou de leur rémunération, ou du versement de prestations en espèces par l'employeur qu'à compter du deuxième jour de ce congé. () ".
8. Il résulte de l'instruction que l'administration a indument versé à Mme A un plein traitement entre les 20 et 31 janvier 2019, le 30 septembre 2019 et entre les 1er et 21 février 2020, alors qu'elle n'aurait dû percevoir qu'un demi-traitement, soit un trop-perçu de 848,59 euros. Par ailleurs, Mme A ne conteste pas être redevable des traitements qui lui ont été versés durant les trois jours de carence des 7 janvier, 3 février et 30 septembre 2019, soit un trop-perçu de 112,08 euros, ni être redevable d'une reprise de l'indemnité différentielle du SMIC à hauteur de 22,36 euros. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le bien-fondé de la créance n'est pas établi et que le titre de perception litigieux, en tant qu'il met à sa charge un trop-perçu de rémunération, un trop-perçu de jours de carence, et une reprise de l'indemnité différentielle du SMIC pour un montant total de 983,03 euros est entaché d'illégalité. Par suite, ses conclusions à fins de décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fins d'annulation du titre de perception en tant qu'elles concernent la récupération d'indus perçus au titre du traitement brut, d'un décompte de jours de carence et d'une reprise de l'indemnité différentielle du SMIC :
9. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de
celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'État en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'État ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
10. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'État doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
11. Le titre de perception en litige, qui n'est pas signé, indique que son auteure est Mme F C, " responsable BOP 139, 140 et 141 ". L'état récapitulatif des créances, émis le même jour et revêtu de la formule exécutoire, comporte la signature de Mme B D, cheffe de la division des affaires financières de l'académie. Dès lors que le titre de perception ne comporte pas les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire, la requérante est fondée, quand bien même ces deux personnes bénéficiaient d'une délégation de signature, à soutenir que le titre de perception du 18 septembre 2020, en tant qu'il concerne la récupération d'indus perçus au titre du traitement brut, d'un décompte de jours de carence et d'une reprise de l'indemnité différentielle du SMIC, est irrégulier et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
12. Il y a lieu d'annuler la décision implicite de rejet du recours administratif par voie de conséquence de l'annulation du titre de perception.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros qu'il versera à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le titre de perception du
18 septembre 2020 en tant qu'elles portent sur le recouvrement d'indemnités journalières de sécurité sociale d'un montant de 4 085,39 euros sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le titre de perception du 18 septembre 2020, ensemble la décision implicite de rejet du recours administratif, en tant qu'ils portent sur un trop-perçu de rémunérations pendant les congés de maladie et les jours de carence ainsi que sur une reprise de l'indemnité différentielle du SMIC d'un montant de 983,03 euros sont annulés.
Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nancy-Metz.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
C. VICARD
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
C. LAMOOT
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026